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Wikipédia bannit le ministère de l'Intérieur pour "foutage de gueule"

Selon le Canard Enchaîné, l’encyclopédie collaborative en ligne a interdit pour un an l’accès à leur plateforme au ministère de l'Intérieur.

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En quinze ans, le rêve d'une encyclopédie collaborative en ligne créée par les seuls internautes, modifiable par tous et disponible gratuitement, est devenu réalité. Désormais, Wikipédia France, c'est 1,6 million d'articles au total, juste derrière la version anglaise. En 2016, on compte plus de 95.000 contributeurs dont 600 nouveaux chaque mois.

Le principe est simple comme bonjour : n'importe qui peut modifier un article, si et seulement si l'information est "sourcée", c'est-à-dire si elle s'appuie sur un livre ou un article par exemple. Sur ce principe, Wikipédia est devenu le dixième site le plus consulté par les Français : 900 millions de pages vues et 16 millions de visiteurs uniques par mois. Bref, une success-story. Le portrait-robot du contributeur ? Un homme à plus de 80%, et un trentenaire diplômé. Mais si un logiciel automatique élimine 98 % des grossièretés et autres insultes, c'est un humain qui a le dernier mot en cas de contribution mal intentionnée.

Justement, le Canard Enchaîné rapporte cette révélation pour le moins étonnante : le 18 décembre dernier, l'adresse IP 212.234.218.196 s'est retrouvée bloquée pour une année entière par Wikipedia. Le motif : "l'attitude non collaborative", "le passage en force" et le "foutage de gueule" de ses contributeurs. En clair, toute personne se connectant avec ce numéro d'identification se trouvera dans l'incapacité de modifier les contenus de l'encyclopédie. Et bien, cette adresse IP appartient au ministère de l'Intérieur, rien que ça.

Il faut dire que, comme le souligne l'hebdomadaire, "les sauvageons de la Place Beauvau se sont déchaînés" dernièrement. Le 21 août dernier, l'un d'eux a même effacé une partie de la fiche de présentation de l'encyclopédie avant d'écrire "sale batar" (sic). Le 9 décembre encore, le ministère fait l'objet d'un signalement pour "vandalisme répété" . En guise d'ultime avertissement, ce message adressé par des gestionnaires du site : "Veuillez cesser immédiatement toute dégradation de Wikipedia. Au prochain acte de vandalisme, vous serez interdits en écriture." Et bien, c'est chose faite.

Le ministère de l’Intérieur va lancer une enquête interne pour retrouver le fonctionnaire qui a procédé à ces modifications. "Nous avons pris contact avec Wikimédia pour obtenir des renseignements sur les pages trollées. Nous allons mener les démarches nécessaires pour identifier l’auteur et conduire ce que l’autorité administrative va décider ", a expliqué à France Info un fonctionnaire du ministère.

En 2013, Beauvau avait déjà été épinglé. Le ministère avait tenté à six reprises et en l’espace d’une demi-heure, de modifier la fiche du préfet de police de l’époque, Bernard Boucault. Le but : effacer toutes traces de ses démêlés avec les opposants au mariage pour tous.

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