L'interview éco, France info

Raymond Soubie : "La CGT prend date pour le futur"

Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, était l'invité de l'interview éco lundi, pour évaluer les chances de la CGT à mobiliser les Français-es contre la réforme du code du travail. 

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franceinfoJean LeymarieRadio France

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La CGT arrêtera-t-elle la réforme du Code du travail ? Pour Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo et grand spécialiste des syndicats et du patronat, il y a peu de chance qu'elle y arrive. Invité de l’interview éco sur franceinfo lundi 11 septembre, il a expliqué que la CGT voulait se protéger "pour ne pas se faire capter le fonds de commerce des contestations fondamentales" par la France Insoumise, qui organise une manifestation le 23 septembre.

franceinfo : demain, dans la rue, la CGT va essayer de bloquer cette nouvelle réforme du droit du travail. Peut-elle y arriver ?

Raymond Soubie : Elle ne peut sûrement pas y arriver dès demain, d'abord parce que c'est une manifestation qu'elle organise seule, sans aucune autre organisation syndicale, donc elle est un peu isolée. Bien sûr, il y a les syndicats FSU et SUD et les syndicats étudiants de l'UNEF, mais ça n'est pas une très forte coalition qui appelle au mouvement de demain. Dans l'histoire de la CGT, à chaque fois qu'elle est contre un texte d'une telle importance, elle appelle à une manifestation. Ce sont des hommes d'honneur, car c'est une question de rite. La CGT pense qu'il peut y avoir des réactions de l'opinion, qui n'est pas très favorable déjà : selon un sondage, 57% des Français sont contre les ordonnances, mais pas au point de manifester. Il ne va pas se passer grand-chose à mon avis sinon que ce rituel. En revanche, la CGT prend date, et puis elle doit aussi se protéger pour ne pas se faire capter le fonds de commerce des contestations fondamentales, avant la manifestation du 23 septembre organisée par Jean-Luc Mélenchon.

Emmanuel Macron a déclaré qu'il ne céderait rien "aux fainéants", le soutenez-vous là-dessus ?

Les mots sont un peu violents ! Ce n'est pas extrêmement gentil pour tous ses prédécesseurs, quels qu'ils soient. Emmanuel Macron a une vraie volonté de réforme, et c'est très bien, mais je pense que nous sommes un pays sensible, dans lequel les mécontentements peuvent monter, même de manière sourde. Il faut un peu éviter les mots qui ont des effets seconds, qui ne sont pas forcément très bons.

Il risque d'avoir une image de quelqu'un qui, au fond, est tellement sûr de mener des réformes qu'il faut, qu'il ne prend pas garde aux gens qui sont sur les bas-côtés. Or, ces gens-là peuvent être agacés. Je ne suis pas certain que ça apporte au bon déroulement des réformes que de tenir un tel langage.

La réforme du code du travail va-t-elle créer de l'emploi ?

Je crois que la réforme sur les ordonnances ne va pas bouleverser le marché du travail. Elle ne va pas créer un effet mirifique sur l'emploi. Les ordonnances peuvent avoir un effet positif si elles aboutissent à faire penser aux chefs d'entreprise qu'on peut embaucher plus facilement, sans avoir de risques, s'il y a un retournement de la conjoncture.

Au fond, le coeur du sujet est là. Mais il y a un autre volet à cette réforme : la formation. On donne plus de flexibilité aux employeurs, mais il faut aussi donner plus de sécurité aux salariés, et c'est la réforme de la formation qui a pour but de doter les salariés d'un système qui permette constamment d'améliorer leurs compétences, et donc de mieux affronter les aléas de la vie professionnelle.