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Quand Technikart se moque de Guéret

Le magazine branché, parisien, consacre un article "sarcastique" à la Creuse. Les habitants de Guéret s'insurgent.

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Jean LeymarieRadio France

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L'article s'intitule "La bouse ou la vie". Il commence ainsi : "Enterrée dans le Limousin, Guéret est une ville quasi morte (...) il y a des ploucs, des viocs, des bovins en surnombre et des jeunes qui, malgré tout, n'ont pas toujours mauvais goût". Le reportage décrit le quotidien de ces jeunes, à Guéret. Technikart en interviewe plusieurs. Le magazine présente les deux bars où ils se retrouvent : sinistres, selon le journal. A Guéret, seuls deux lieux sortent du lot : un cinéma, le Sénéchal, qui diffuse des films d'art et essai, et la nouvelle médiathèque, à côté du lycée. Pour le reste, c'est un "désert culturel". Pour faire la fête, pour trouver un bon livre ou de la bonne musique, il faut aller jusqu'à Limoges, à 90 kilomètres.  

C'est surtout le ton qui provoque la polémique. Le reporter de Technikart, Alexandre Majirus, décrit ce qu'il appelle une "ambiance bourbier", une "vie sociale un brin consanguine puisqu'une personne sur deux connaît votre mère". Dans son article, la place du marché devient "un parking où zonent quelques bouseux en casquette-survêt'-banane tchatchant probablement de la mobylette à Greg".

Quand l'article paraît, le mois dernier, la réaction est immédiate. Des habitants de la Creuse s'insurgent. Ils écrivent au magazine. Ils sont furieux. Une page est créée sur Facebook : "Les Creusois contre Technikart". L'affaire prend de l'ampleur. Dans le numéro qui vient de paraître, le magazine publie quelques un des courriers qu'il a reçus : "pour rien au monde, je n'échangerais ma vie paisible en Creuse contre la survie à Paris" ; "à Guéret, il se passe bien plus de choses intéressantes que dans la crasse parisienne". Certains messages sont beaucoup plus violents. D'autres ressemblent à des menaces : "Une plainte ou une balle".

Technikart s'insurge à son tour. Le magazine dénonce un "lynchage aveugle", un "océan de protestation haineuse". Il explique qu'il a voulu faire du second degré, qu'il est "sarcastique" mais que son reportage est honnête.

Pourtant, le journal finit par présenter ses excuses : "pardon, sincèrement, à ceux que nous avons choqués". D'ailleurs, une solution est peut-être en vue. Le maire de la ville invite les journalistes parisiens à venir rencontrer les habitants à la fin du mois de juin. L'équipe de Technikart serait prête à faire le voyage jusqu'à Guéret.

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