Info culture, France info

Edouard Louis, la littérature qui fait mal

Deux ans après le succès fulgurant de son premier roman "En finir avec Eddy Belleguele", Edouard Louis publie "Une histoire de la violence" au Seuil. A 23 ans seulement, il confirme être un grand écrivain.

--'--
--'--
Radio France

Mis à jour le
publié le

(Edouard Louis publie "Une histoire de la violence", son deuxième roman © MaxPPP)

A la fin de son livre, Edouard Louis cite longuement Imre Kertész dans Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas . L’écrivain hongrois, rescapé des camps nazis écrit : La vérité est ce qui me consume . Ce feu sacré de la littérature a touché Edouard Louis.

 

Aucun doute, il impose sa marque, son style, lui qui a conquis plus de 300.000 lecteurs en France et à l'étranger avec son premier roman, le récit de son enfance dans le Nord, celle d'un jeune homosexuel dans un univers pauvre et violent, sauvé par le lycée et les études.

 

Son parcours est encore au cœur de son deuxième livre

 

Un soir de Noël, Edouard rentre chez lui à Paris après un réveillon avec des amis, il croise Réda place de la République, le bel inconnu le suit dans son studio, les deux garçons font l'amour, puis Edouard découvre que Réda lui a volé son téléphone, la suite est un déchainement de violence, coups, viol, fuite, traumatisme.

 

Avec une maîtrise parfaite, Edouard Louis croise alors plusieurs récits de ce drame: le sien, celui des médecins, des policiers et celui de sa sœur, restée dans ce Nord familial. Et c'est ce qui est le plus réussi dans ce roman, encore plus que dans Eddy Bellegueule , la façon dont Edouard Louis restitue cette langue populaire. L’auteur, parfois mal compris, accusé à tort de se venger de ses origines, fait entendre les mots de son enfance, ceux des exclus, de ce sous-prolétariat si souvent absent de la littérature. Il ne juge pas, il ausculte et le lecteur est invité à observer, sans a priori.

 

"Histoire de la violence ", ce pourrait être le titre d'un essai de sociologie

 

Discipline qu'Edouard Louis défend avec ferveur, alors qu'elle est attaquée violemment aujourd'hui. Comme si vouloir comprendre était excuser, absurde polémique. Il est marqué par la pensée de Pierre Bourdieu, sociologue du déterminisme social. Edouard Louis n'est pas dans l'autofiction, la façon dont il restitue les langages de ses personnages, illustre le racisme ordinaire des policiers, l'agresseur est kabyle, l'homophobie ordinaire, les propres contradictions du narrateur, qui voudrait  ne garder de ce réveillon cauchemardesque que l’illusion d’une belle rencontre. La littérature puissante d’Edouard Louis vient épauler la sociologie.

 Une histoire de la violence d'Edouard Louis aux éditions du Seuil.

(Edouard Louis publie "Une histoire de la violence", son deuxième roman © MaxPPP)