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Que devient Eric Gold, après sa lettre ouverte contre le FN ?

En mai 2017, le maire adjoint de Saint-Priest-Bramefand, un village du Puy-de-Dôme, écoeuré par les 28 % qu'obtient Marine Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle, Éric Gold publie une lettre ouverte sur Facebook.

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franceinfoSébastien BaerRadio France

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Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefand (Puy-de-Dôme). 
Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefand (Puy-de-Dôme).  (SÉBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

4 mai 2017. À Saint-Priest-Bramefand, un village du Puy-de-Dôme de 950 habitants, Marine Le Pen est arrivée en tête du premier tour de la présidentielle, avec 28 % des suffrages. Écoeuré par la progression du Front national dans sa commune, le maire adjoint, divers gauche, publie une lettre ouverte sur Facebook. Dans son message, il interpelle un par un ses administrés. On peut lire notamment : "À toi Pierrick qui pense qu'on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement rappeler que la derniere fois que quelqu'un s'est fait molester à Saint-Priest, tu n'étais pas né. À toi Olivia qui met en avant que les logements sont réservés aux autres, je te rappelle que tu habites un logement social à Saint-Priest."

En l'espace de quelques heures, la lettre ouverte de l'élu est partagée des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. L'initiative n'est pas du goût de tous. Même s'il reçoit des messages de félicitations, Éric Gold est victime d'insultes et même de menaces de mort. Trois mois après cet épisode, le maire adjoint a encore du mal à comprendre la violence des réactions. "Le but était de faire une lettre sur : 'c'est quoi le rôle de l'élu et c'est quoi le vivre ensemble'. Donc ce n'était pas du tout une lettre anti-FN" précise Éric Gold qui ajoute, "l'idée était de montrer aux gens que localement, il y avait une contradiction entre ce qu'ils vivaient au jour le jour et le vote FN. D'ailleurs, après ma lettre, j'ai été obligé de demander aux gendarmes quelles étaient les trois ou quatre faits divers importants et il a fallu remonter à deux ans. Globalement, il ne se passe rien ici. Franchement, un vote FN pour vouloir changer le monde... au contraire, il ne faut pas que le monde change ici. J'ai voulu montrer aussi que tout les gens qui se plaignaient et qui étaient frustrés étaient aussi quelquefois les premiers bénéficiaires du système", ajoute l'élu.

Les autres élus discrets

Éric Gold a tenté de mobiliser les maires des communes alentours pour les faire participer à sa lettre ouverte. En vain. De la même façon, Éric Gold n'a reçu que peu de soutien de la part de ses collègues. Ce qui lui fait nourrir un brin de déception : "Finalement, j'ai dénoncé ce que eux dénoncent en permanence. Certains nous on dit 'bah moi ça me gêne parce que les 25 ou 30 % qui votent pour le FN, c'est des gens qui localement sont plutôt de mon côté, donc je ne veux pas me les mettre à dos.' Je me suis rendu compte qu'il y avait la forme et le fond" explique l'élu qui dit ne pas avoir craint de se mettre à dos les électeurs frontistes de sa commune. "Le rôle de l'élu c'est aussi de tirer les gens vers le haut, d'amener les gens à réfléchir, on n'est pas là pour faire plaisir. Je pense que le rôle de l'élu n'est pas simplement de boucher des nids de poules sur les routes, il y a aussi ce rôle de pédagogie à avoir", justifie-t-il.

Dépassé par les réseaux sociaux

Éric Gold le reconnaît. Il n'avait pas mesuré la portée des réseaux sociaux. "Je ne maîtrise pas les réseaux sociaux. Et puis moi j'ai l'habitude de communiquer les petites fêtes de village, j'ai mesuré un peu tardivement le nombre de partages qu'il y avait donc après j'ai enlevé ce que j'avais publié pour ne pas créer de polémique, mais c'était déjà diffusé à des milliers d'exemplaires", explique Éric Gold. Et si c'était à refaire ? "Le courrier, je continue à l'assumer complètement, dans sa globalité". Dès lors, pourquoi l'avoir retiré ? "Je voulais une portée locale. Je ne suis pas là pour expliquer à la France entière ce qu'il faut faire. Donc ce n'était certainement pas le meilleur mode de communication sur les réseaux sociaux, donc je le ferais différemment, je l'enverrais directement à la population, à chaque famille du coin mais je ne le diffuserais pas à grande échelle."

Ses relations avec les administrés n'ont pas changé

D'après l'élu, les relations avec les habitants du village n'ont guère changé après cet épisode. "Ce sont pour la plupart des gens avec qui j'étais à l'école, c'est des gens du coin. Moi, quelque part, je veux les protéger ces gens-là, contrairement à l'impression qui a pu être donnée par le courrier. Ce que je juge d'eux c'est qu'ils ne sont pas cohérents entre ce qu'on vit nous ici, et leur vote FN, explique-t-il. Après je ne critique pas les expériences de vie qu'ils ont pu avoir. Ils ont eu des expériences différentes qui les amènent à plus de frustration et ça je peux l'admettre. Mais ces gens là je continue à les fréquenter dans les fêtes du village, je les vois quasiment tous les jours et j'entretiens exactement les mêmes relations qu'avant.

Effet de pédagogie

On notera qu'au deuxième tour de la présidentielle, les habitants de Saint-Priest-Bramefant ont moins voté pour le FN qu'au premier tour puisque Emmanuel Macron a recueilli plus de 60% des suffrages et que Marine Le Pen a obtenu moins de 40 %. Est-ce le résultat de la lettre d'Eric Gold ? "Certains m'ont dit  que ça les avait fait réfléchir. Et rien que ça c'est déjà un grand pas. J'ai une personne qui m'a avoué avoir voté FN au premier tour et qui m'a avoué s'être abstenue au second tour. Parce que justement, il était mal à l'aise par rapport au courrier que j'avais fait passer. Il s'est reconnu comme un Emile, comme une Olivia, comme beaucoup. " 

Visiblement, l'élu est parvenu à faire passer son message, au moins auprès d'une partie de la population. Car en juin dernier, au premier tour des législatives, le candidat du Front national n'a recueilli que 53 voix dans le village, 100 de moins que Marine Le Pen à la présidentielle.

 

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefand (Puy-de-Dôme). 
Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefand (Puy-de-Dôme).  (SÉBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)