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La mort d'un homme, guillotiné, raconté par une magistrate

Le 9 septembre 1977, la juge d'instruction Monique Mabelly assiste à la prison des Baumettes à l'exécution d'Hamida Djandoubi, un tunisien de 31 ans reconnu coupable de torture et meurtre par préméditation. Elle ne le sait évidemment pas à ce moment là mais cet homme sera le dernier condamné à mort exécuté en France.

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Monique Mabelly a
été réquisitionnée pour assister à cette exécution. Elle consigne alors tout
par écrit. Un texte publié pour la première fois par le Monde, en cette journée
internationale contre la peine de mort.

Cela se passe à la

prison des Baumettes à Marseille, à l'aube.

La magistrate
raconte : " une voiture de police vient me chercher à 4h et quart.
Pendant le trajet, nous ne prononçons pas un mot
 ".

On ouvre
la porte de la cellule. Personne ne parle...
 " Le cortège d'une trentaine
de personne, personnel de la prison, personnalité, ressort, avec le condamné,
dans le couloir. "On assied
le condamné à une chaise. Il a les mains entravées derrière le dos par des
menottes. Un gardien lui donne un cigarette. Il commence à fumer sans dire un
mot. Il est jeune, les cheveux très noirs, bien coiffés. Le visage est assez
beau mais le teint est livide...
"

Il demande qu'on
lui enlève ses menottes. Le bourreau s'exécute en prononçant ces mots, " qui
donnent le frisson
 " dit notre témoin : " vous voyez, vous êtes
libre
! "

Le condamné réclame
une autre cigarette. Fume lentement... " C'est à ce moment que je vois
qu'il commence vraiment à réaliser que c'est fini, que c'est la que sa vie, que
les instants qui lui restent à vivre dureront tant que durera cette cigarette "

Alors le condamné

cherche à gagner du temps!

Il sait
qu'il ne peut rien faire d'autre que de retarder la fin de quelques minutes
 ",
raconte la magistrate. On a servi un demi-verre du rhum au prisonnier. " Il
boit lentement, par petites gorgées
 ". Il réclame une autre cigarette.
Mais le bourreau, qui commence à s'impatienter, s'interpose : " On a
déjà été très bienveillants avec lui, très humains, maintenant il faut en finir

"

 

Il s'est écoulé
vingt minutes depuis que le condamné est assis sur sa chaise.

La
dernière cigarette est refusée, et, pour en finir, on le presse de terminer son
verre. Il boit la dernière gorgée. Aussitôt, l'un des aides du bourreau
sort  une paire de ciseaux de la poche de
sa veste et commence à découper le col de la chemise bleue du condamné. Le
bourreau fait signe que l'échancrure n'est pas assez large. Alors, l'aide donne
deux grands coups de ciseaux dans le dos de la chemise et, pour simplifier,
dénude tout le haut du dos
 ".

On met le condamné debout. Les gardiens ouvrent une porte dans le
couloir. " La guillotine apparaît, face à la porte. A côté, ouvert, un
panier en osier brun. Tout va très vite. J'entends un bruit sourd. Je me
retourne – du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge –, le corps a basculé
dans le panier. En une seconde, une vie a été tranchée
 "

 

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