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Histoires d'Info. Watergate-Trumpgate : est-ce la même chose ?

Les révélations se succèdent aux Etats-Unis et la position de Donald Trump devient chaque jour plus inconfortable. Peut-on comparer cette affaire à celle du Watergate en 1974 ?

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franceinfoThomas SnégaroffRadio France

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Le président des USA, Donald Trump, à la Maison-Blanche à Washington, le 16 mai 2017.
Le président des USA, Donald Trump, à la Maison-Blanche à Washington, le 16 mai 2017. (MICHAEL REYNOLDS / DPA)

La tentation est grande de dresser un parallèle entre le scandale du Watergate, qui avait conduit à la démission de Richard Nixon en août 1974, et l'affaire qui secoue en ce moment Donald Trump et la Maison Blanche. Quels points communs et quelles différences peut-on trouver entre ces deux affaires ?

Pour la première ressemblance, comparons une archive d'hier et une d'aujourd'hui. 21 octobre 1973 :  "Il est courageux mais quelquefois illusoire de s'attaquer à plus fort que soi si l'on est intègre, et même dans son droit. C'est ce que doit se dire aujourd'hui le procureur spécial Archibald Cox, qui était chargé du scandale du Watergate aux Etats-Unis et qui a été démis hier soir de ses fonctions par le président Nixon." 10 mai 2017 :  "Et aux Etats-Unis maintenant, la surprise du jour de Donald Trump : le patron du FBI est limogé. James Comey, viré à la surprise générale, à commencer par la sienne : personne n'avait été prévenu. Une décision du président américain qui déclenche une tempête à Washington sur fond d'enquête ultrasensible." 

Nixon, comme Trump, ont obtenu ce qu'ils cherchaient 

Un président qui vire celui dont l'enquête le dérange, c'est donc arrivé dans les deux affaires, Watergate et Trumpgate. Archibald Cox, procureur spécial indépendant, enquêtait sur l'implication possible du président Nixon dans l'espionnage du Parti démocrate à l'hôtel Watergate en 1972. Nixon demanda alors au procureur général (équivalent du ministre de la Justice) Elliot Richardson, puis au sous-procureur général William Ruckelshaus, de procéder au renvoi de Cox : les deux hommes refusèrent et démissionnèrent en signe de protestation. Cela n'empêcha pas Nixon d'obtenir ce qu'il souhaitait.

De son côté, James Comey, directeur du FBI, conduisait une enquête sur l'implication russe dans la campagne présidentielle de 2016 et, plus particulièrement, sur les liens spécifiques avec l'équipe de Donald Trump. Le 9 mai dernier, une simple lettre du président américain aura suffi pour l'évincer.

Au-delà, ces deux affaires ont aussi le point commun de toucher des présidents déjà affaiblis. On évoquait beaucoup, à l'époque, l'instabilité mentale de Nixon : rumeurs de folie, dépression, même d'alcoolisme. De multiples scandales le touchaient également : son vice-président, Spiro Agnew, avait dû démissionner en octobre 1973 après une affaire de corruption et Nixon devait, lui, près d'un demi-million de dollars au fisc.

Enfin, troisième point commun, Nixon est tombé pour entrave à la justice et pour abus de pouvoir, ce que prouveront largement ses propres enregistrements dans le Bureau ovale. C'est ici Claude Brovelli qui l'explique :  "Le samedi 27 juillet, des millions d'Américains assistent en direct au vote des 38 membres de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants. Par 27 voix pour, contre 11, le président Nixon est inculpé d'entrave à la justice. » C'est ce dont on soupçonne aujourd'hui Trump.

Trump apparaît moins fragile que ne l'était Nixon

Il existe aussi des différences. La première, bien sûr, c'est qu'il n'y a pas pour le moment de preuves irréfutable contre Trump, pas d'enregistrement. Comey affirme dans un mémo que Trump lui aurait dit : "J'espère que vous laisserez tomber cela". C'est parole contre parole.

Lettre du Congress Uniter States, écrite par Jason Chaffetz.
Lettre du Congress Uniter States, écrite par Jason Chaffetz. (Non défini)

Autre différence, Nixon était davantage en position de faiblesse puisqu'il n'avait la majorité ni à la Chambre des représentants, ni au Sénat. C'est le cas pour Trump, ce qui rend une éventuelle procédure de destitution plus difficile à faire aboutir : il faudrait pour cela le vote d'au moins deux tiers des sénateurs. Le chemin est encore long mais on connaît désormais la route.

Le président des USA, Donald Trump, à la Maison-Blanche à Washington, le 16 mai 2017.
Le président des USA, Donald Trump, à la Maison-Blanche à Washington, le 16 mai 2017. (MICHAEL REYNOLDS / DPA)