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Histoires d'info. Sangatte et Calais, coincés entre le cauchemar de la guerre et le rêve de l'Angleterre

Avant Calais, il y avait eu Sangatte. Et dans les deux camps, pour les réfugiés, la fuite et le rêve.

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Des migrants discutent au lendemain de la décision de fermer le centre le 30 décembre 2002. Photo prise le 3 décembre 2002.
Des migrants discutent au lendemain de la décision de fermer le centre le 30 décembre 2002. Photo prise le 3 décembre 2002. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Parce que cette question est à la fois géopolitique et géographique, je vous propose de revenir d’abord en août 1961. Il y est question de tunnel et surtout de pont : "Un pont sur la Manche, voici bien la nouvelle sensationnelle de ces vacances. Encore convient-il de ne pas s'affoler et de savoir attendre. Quoiqu'il en soit, le pont tel qu'il est conçu, 33 kilomètres, admettra trains et voitures. 6 000 à l'heure, précise-t-on. Et c'est ainsi qu'à Sangatte, le non moins fameux projet de tunnel sous la Manche en restera au point où il en est toujours : un trou muré."

Sangatte et Calais, les territoires de la métropole les plus proches des côtes britanniques, 35 km seulement, un eldorado pour de nombreux migrants…
Et ironie de l’histoire, en septembre 1999, le premier centre de réfugiés ouvert par la Croix-Rouge à Sangatte est un hangar appartenant à Eurotunnel.
Les réfugiés arrivent essentiellement d’Irak, et surtout d’Afghanistan et du Kosovo, alors en guerre.

Et de fait, le centre de Sangatte va grossir jusqu’à accueillir 1 800 personnes en novembre 2002, date à laquelle, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur décide la fermeture du camp avant son démantèlement. Il est ici face à une habitante de Sangatte qui s’inquiète du sort des réfugiés.

"Nous les Sangattois, nous sommes quand même des êtres humains, ce sont des êtres humains, on a mal au cœur pour ces gens, on ne sait pas quoi faire.

–Bien sûr, mais la solution je vous l'ai donnée, elle n'est pas de rester à Sangatte.

–Mais vous allez les mettre où ?

–Chez eux.

–Vous pensez honnêtement qu'ils ont envie de retourner chez eux ?

–Madame, l'avenir d'un Afghan, c'est de participer à la reconstruction de l'Afghanistan."

Une aide au retour de 2 000 euros pour les Afghans est même proposée.
Mais seuls 15 la demanderont.  Les réfugiés évacués de Sangatte se retrouveront dans différents campements dans la région, toujours proches de l’eldorado britannique, et notamment l'un d'eux coincé entre la rocade et le port où se formait il y a plus de dix ans la première "Jungle de Calais".

Des migrants discutent au lendemain de la décision de fermer le centre le 30 décembre 2002. Photo prise le 3 décembre 2002.
Des migrants discutent au lendemain de la décision de fermer le centre le 30 décembre 2002. Photo prise le 3 décembre 2002. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)