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Histoires d'info. Non, récompenser les fonctionnaires les plus méritants n'est pas une idée de droite

Les fonctionnaires refusent d'être rémunérés au mérite. Ils le font savoir par des manifestations dans la rue mardi. Cette idée du gouvernement d'Emmanuel Macron ne date pas d'hier.

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franceinfoThomas SnégaroffRadio France

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Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique, lors d\'un discours à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), le 4 décembre 1946.
Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique, lors d'un discours à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), le 4 décembre 1946. (AFP)

Manifestations partout en France des fonctionnaire mardi 10 octobre. Ils protestent notamment contre la volonté du gouvernement de les rémunérer au mérite.

Récompenser les fonctionnaires les plus méritants, instinctivement on se dit que c'est une idée de droite et d’ailleurs c’était dans l’air du temps lors de la brève parenthèse libérale de 1986-1988, Jacques Chirac l’avait même promis en arrivant à Matignon. Mais il s’est heurté à un front commun des syndicats dans ce qu’ils considéraient être une entaille grave dans le statut des fonctionnaires votée en 1946. En 1988, André Bergeron, le mythique patron de F.O. pose un autre argument qui est aujourd’hui très en vogue au sein des organisations syndicales toujours très hostiles à l’individualisation des salaires des fonctionnaires : "C'est la mode de maintenant. On parle en effet de rémunérer les gens à titre individuel au mérite. Seulement, on ne parviendra jamais à fabriquer les instruments de mesure à ce point précis qu'ils évitent l'arbitraire. C'est un point important." Refuser l’arbitraire, voilà l’argument.

Récompenser les fonctionnaires les plus méritants, c’est au départ une idée de gauche

Et même bien à gauche. On est au lendemain du vote du statut des fonctionnaires, en octobre 1946, statut toujours en vigueur aujourd’hui mais que certains considèrent comme obsolètes. C’est Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique qui l’a fait voter et qui l’explique à ses administrés dans sa ville de Choisy-le-Roi, l’évolution de la carrière au mérite (ce qui dépasse le strict cadre des salaires), non seulement il n’y est pas hostile mais il défend le principe : "L'avancement de grade se fera exclusivement au choix. Il s'agit, je l'ai proclamé devant l'assemblée et je le dis devant le peuple, il s'agit de faire monter dans les plus hautes échelles les bons fonctionnaires, fillles du peuple et d'empécher qu'elles soient maintenues, les teckels dans la haute administration."

Ceci est largement resté un vœu pieu, le passage d’un grade à l’autre étant très difficile et rare. Mais l’idée posée par Thorez est forte : promouvoir un traitement différencié des fonctionnaires en fonction de leur mérite doit permettre de bousculer l’ordre établi (et bourgeois), comme quoi, ce n’est pas nécessairement une idée de droite.

Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique, lors d\'un discours à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), le 4 décembre 1946.
Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique, lors d'un discours à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), le 4 décembre 1946. (AFP)