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2 septembre 1914 : le gouvernement quitte Paris en catimini

La gare d'Auteuil, dans le XVIème arrondissement de Paris, a vu passer des passagers de marque dans la nuit du 2 septembre 1914 : rien de moins que le président de la République, Raymond Poincaré et le gouvernement au grand complet, emmené par le président du Conseil, René Viviani. Ils ont décidé de s'éloigner de la capitale, menacée par l'avancée des troupes allemandes.

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Grégoire LecalotRadio France

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Battue partout, l'armée française achève sa grande retraite. Notre
reporter, Grégory Philipps, a pu être informé de ce départ en catimini.

Inquiétude, incompréhension, tels sont les sentiments qui habitent les parisiens après un mois de guerre. Elle devait être courte. Elle semble en effet en prendre le chemin, mais aux dépends de la France. L'optimisme n'est plus de mise au sein de l'état-major, et le général Joffre a renoncé à son plan XVII, étrillé par les défaites de la bataille des frontières.

Oubliées, les éphémères prises de Sarrebourg et de Mulhouse , très vite reprises par les Allemands. Des cavaliers ennemis ont été vus aux environ de Senlis, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. En dépit de la pression russe, stoppée par Hindenbourg à Tannenberg, le plan Schlieffen semble sur le point de fonctionner. Son principe ? Le coup de faucille : on attire les Français vers l'est, et on les coupe de leurs bases par un grand mouvement circulaire via la Belgique - tant pis pour sa neutralité - en contournant Paris par l'ouest et le sud. Les forces allemandes ont eu du mal, mais elles sont passées en Belgique.

Paris est maintenant survolé par des avions , les Taube, qui lâchent des bombes, premiers pas du bombardement aérien. Il y a des morts. La capitale se met en état de défense. Elle ferme la plupart des portes de ses remparts, encore debout à cette époque. Des arbres abattus bloquent les accès. La ville-lumière n'est plus qu'un souvenir : toutes doivent s'éteindre dans un rayon de 2 km autour de la tour Eiffel. Le vieux général Gallieni organise la résistance à outrance. Les ponts devront être détruits ainsi que de nombreux monuments, des usines, des entrepôts. Si la ville tombe, les Allemands triompheront sur des ruines.

Les réfugiés du nord et de l'est arrivent dans cette capitale apeurée . Ils racontent les atrocités, dont beaucoup de viols, de destructions, commis par des troupes allemandes pressées d'obtenir la soumission des civils. Face à cela, de nombreux parisiens choisissent de partir. On fait la queue dans les gares. Dans l'après-midi du 2 août, parlementaires et fonctionnaires quittent Paris. Les ministères, la Monnaie de Paris, le Journal Officiel, la Banque de France : tous préparent leurs cartons. Vers 22h30, des voitures officielles arrivent à la gare d'Auteuil. Certaines viennent de l'Élysée...

L'objet de la semaine, présenté par Frédérick Hadley, de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne, dans la Somme :

Les offensives françaises en Alsace et Lorraine prévues
par le Plan XVII se soldent par échecs sanglants. On compte 27.000 tués pour la
seule journée du 22 août.
Le 23 août, les Britanniques sont à leur tour engagés
dans la bataille. Livrée à 50 kilomètres de Waterloo, la bataille de Mons
marque le premier engagement en Europe de l'Armée britannique depuis 99 ans,
si l'on excepte la guerre de Crimée. Le déséquilibre flagrant en faveur des
Allemands oblige les Britanniques à se désengager. Commence pour eux une longue
retraite à travers le Nord de la France jusqu'à la Marne.
Ce n'est qu'en 1915 que se développe un mythe pour
justifier cette défaite initiale. La petite armée, menacée d'être submergée par
un ennemi deux fois plus nombreux, aurait été sauvée par l'intervention
providentielle d'un groupe d'anges. Il semble que cette rumeur soit née d'une
nouvelle "Les Archers" (The Bowmen) écrite par Arthur Machen qui imagine que
les fantômes des archers d'Azincourt détruisent les masses allemandes. De
nombreuses variantes de cette histoire furent ensuite proposées au public.
Ainsi, la défaite militaire est transformée en victoire
morale.
Déclinée de manière très variée (par exemple, en chanson
ou ici, en linge de maison), cette vision de l'ange de Mons sert
incontestablement à maintenir le moral de la société britannique en 1915 : elle
donne un sens sacré au combat et en prophétisant implicitement une issue
victorieuse prochaine. France Info y était, une chronique à retrouver tous les dimanches sur France Info à 10h15, 14h45 et 17h15.  

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