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Expliquez-nous... la CGT du Livre

Ce jeudi, journée de mobilisation contre la loi travail, les quotidiens nationaux français ne paraissent pas dans leur version papier. Ça avait déjà été le cas le 31 mars et le 28 avril. Et c'est la CGT du Livre qui dès mardi avait lancé un appel à la grève dans les imprimeries et qui les a bloquées la nuit dernière.

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Gilbert ChevalierRadio France

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(photo d'illustration © Maxppp)

Au sein de la confédération CGT, la CGT du Livre est une entité à part avec un fonctionnement, un rôle et des statuts propres et pour comprendre le statut exceptionnel de la CGT du Livre, il faut faire un peu d'Histoire :

1934  : les syndicats  de typographes, correcteurs, mécaniciens et fondeurs des imprimeries se fédèrent. Cette fédération dite du livre détentrice d'un  savoir-faire précieux pèse lourd face aux employeurs : les maitres imprimeurs. Et ce poids va sérieusement s'accroitre encore en 1944. le pays n'est pas encore totalement libéré du joug nazi. le général de Gaulle président du gouvernement provisoire pour s'assurer que la filière des imprimeries est bien acquise à la résistance confie d'importants pouvoirs aux ouvriers communistes du secteur regroupés dans la fédération CGT  du Livre.

Quels sont ces importants pouvoirs dont hérite la CGT du Livre ?

La convention collective signée alors précise que  la CGT du Livre est  tout bonnement chargée de l'impression des journaux nationaux mais aussi du recrutement et du placement des ouvriers dans les imprimeries de la presse parisienne. Un monopole qui permet rapidement au syndicat de dicter ses conditions en matière d'avantages sociaux mais aussi de salaires. Leur rémunération devient vite le double de celle des autres imprimeries.

Aujourd'hui le secteur ne ressemble plus du tout à ce qu'il était à la fin de la seconde guerre mondiale mais la CGT du livre a conservé son statut exceptionnel ?

Depuis la fin de la guerre,  les techniques d'impression se sont  automatisées, informatisées, les effectifs ont fondu au fil des départs en retraite, bien d'autres médias se sont développés, radio télé, et surtout internet pour les titres nationaux, les ventes de journaux papier ont chuté. Les imprimeries sont devenues des cathédrales quasi vides mais la CGT du Livre reste  TOUTE puissance dans les rotatives qui impriment les quotidiens nationaux à Saint-Denis et à Roissy. Toute puissante également dans la distribution de ces journaux. 1200 salariés en Ile-de-France. Tous CGT.

un rapport du Sénat révèle que dans ces imprimeries parisiennes  la masse salariale représente 80 % des coûts de production contre 35 % dans les autres imprimeries.

Les économistes du secteur évoquent en moyenne une rémunération à trois fois le Smic. Avec un temps de travail sous les 35 heures.

Une puissance et donc une capacité de blocage comme on le constate aujourd'hui puisqu'aucun titre de la presse nationale n'est en kiosque sauf l'Humanité. Cela permet à la CGT du Livre de mener encore des bras de fer

On se souvient  de ses manoeuvres d'intimidations au moment de l'apparition des journaux gratuits dans les années 2000. Bras de fer  en 2010 au moment de la réorganisation des nouvelles messageries de la presse parisienne. Bars de fer également en 2013 quand Le Monde a fermé la dernière imprimerie qui était directement associée à un journal. Grève fleuve et négociations interminables.

Notez que la CGT du livre  n'a pas de monopole, en revanche  dans les imprimeries de presse en province. Là-bas, elle représente moins de 50 % des salariés du secteur. Les rémunérations y sont bien moindre, les capacités de blocage incomparables.

(photo d'illustration © Maxppp)