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En direct du monde. Juifs et Arabes main dans la main pour défendre le dernier village fantôme de Palestine

Israéliens et Palestiniens se battent côte à côte pour défendre un lieu de mémoire menacé de disparition : le village de Lifta. Il fait partie des 400 localités palestiniennes abandonnées en 1948.

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Les ruines du villages de Lifta, photographiées en août 2011.
Les ruines du villages de Lifta, photographiées en août 2011. (ABIR SULTAN / EPA)

75 maisons en ruine, perchées sur un vallon à l'entrée de Jérusalem et aujourd'hui avalées par les ronces : le village de Lifta n'est plus qu'une ombre. L'un des derniers des 400 villages palestiniens abandonnés pendant la guerre de 1948, qui a suivi la création de l’Etat d’Israël. La totalité des 3 000 habitants avait fui et il est aujourd'hui menacé de destructions. 

Un lotissement de luxe à la place du village fantôme

Lifta est devenu un symbole, un vestige de la Nakba, la "catastrophe" pour les Palestiniens. 750 000 d'entre eux ont dû quitter Israël en 1948. La ville de Jérusalem menace de détruire ce vestige pour bâtir un lotissement de luxe et un centre commercial. Un projet vieux de 20 ans, porté par la municipalité, contre lequel luttent des Palestiniens et des Israéliens, main dans la main. Le projet immobilier ne concerne pas seulement les maisons palestiniennes abandonnées mais aussi des habitations d'Israéliens.

Les descendants des réfugiés palestiniens n’ont jamais été autorisés à rentrer chez eux et vivent désormais à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie. Ils se sont donc alliés à la trentaine d’habitants actuellement établis à Lifta. Ensemble, ils ont porté le dossier devant le tribunal israélien et ont obtenu la suspension des travaux et la conduite d’une étude archéologique qui met en lumière l’incroyable richesse historique du lieu. Certains bâtiments dateraient de 2 000 ans.La biodiversité est aussi impressionnante. Près de 600 espèces protégées d'oiseaux, d'insectes, ou encore de plantes ont été recensées.

La fin des recours juridiques

Les autorités israéliennes ne sont pas obligées de suivre les préconisations de l’étude. Les opposants au projet n’ont plus aucun recours juridique. Ils craignent que Lifta soit bientôt rayé de la carte. Pas pour des raisons financières, mais plutôt à cause d’un déni de mémoire. Daphna Golan est israélienne et coordonne la coalition "Sauver Lifta". "Les Israéliens ne veulent pas se souvenir de ce qu'il s'est passé avant 1948, raconte-t-elle. Lifta est à l'entrée de Jérusalem et n'importe qui peut le voir."

C'est un fort symbole de mémoire, ce village à l'entrée de Jérusalem

Daphna Golan

Les Palestiniens et les Israéliens de Lifta tentent de faire inscrire le village au patrimoine mondial de l'Unesco. Ils espèrent ainsi voir la construction du lotissement annulée pour mettre en place le projet alternatif qu’ils portent depuis des années : un mémorial grandeur nature de la Nakba, à destination des générations futures.

Les ruines du villages de Lifta, photographiées en août 2011.
Les ruines du villages de Lifta, photographiées en août 2011. (ABIR SULTAN / EPA)