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En direct du monde. En Inde, les tentatives de suicide dépénalisées

Les tentatives de suicide ne sont plus considérées comme des crimes en Inde. Cette nouveauté législative représente une avancée dans la reconnaissance des maladies mentales.

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franceinfoSébastien FarcisThomas SéchierRadio France

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Narendra Modi; Premier ministre en Inde.
Narendra Modi; Premier ministre en Inde. (HARISH TYAGI / EPA)

Le Parlement indien a adopté une loi qui modifie et modernise son approche des personnes atteintes de maladies mentales. La tentative de suicide n'est plus considérée comme un crime, ce qui était le cas jusqu'à présent. De nombreux autres droits et mesures ont été ajoutés, après un débat parlementaire étalé sur plusieurs années.

Un changement significatif

Jusqu'à présent, une personne qui survivait à une tentative de suicide pouvait être condamnée à un an de prison pour cet acte considéré comme criminel. Même s'il y a eu très peu de poursuites dernièrement, ce changement est significatif puisque la loi considère désormais une telle personne suicidaire comme souffrante d'une maladie mentale. C'est un début, dans un pays où 100 000 personnes se suicident chaque année, et 20 fois plus tentent de le faire. Ce nombre a augmenté de 22 % en dix ans. Malgré ce contexte, la maladie mentale fait l'objet d'un terrible tabou et dans les villes moyennes, une personne qui fait l'effort d'aller voir un psychologue pourra être considérée comme anormale, voire folle.

La loi vise aussi les traitements 

Les nouveaux textes interdisent les traitements à base de décharges électriques pour les enfants et limitent leur usage pour les adultes. La loi empêche également l'enfermement de malades mentaux dans des cellules isolées et oblige le gouvernement à créer des unités de soins psychologiques dans chaque prison. De manière générale, c'est une loi qui donne plus de droits au patient, face à des psychiatres qui, jusqu'à présent, pouvaient imposer leurs décisions, parfois violentes. Toutefois, certains spécialistes considèrent qu'une telle loi ne suffira pas pour réaliser un véritable changement, sans une information donnée aux patients. Pour cela, plusieurs associations ont décidé de lancer des missions de sensibilisation auprès des malades, pour s'assurer de l'application de la nouvelle législation. Tout cela prendra du temps.

Le gouvernement devra mettre les moyens

L'Etat indien attribue moins de 0,1% de son budget de santé aux soins psychologiques. Ce budget est sept fois inférieur au Bangladesh voisin et quarante fois moindre qu'au Brésil. Il y a quelques années pourtant, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a tiré la sonnette d'alarme, en qualifiant l'Inde de pays le plus déprimé du monde. L'OMS s'était appuyée sur son sondage qui estimait qu'un Indien sur trois souffrait de dépression. Les autorités de New Delhi avaient été irritées de ce constat, ce qui a conduit à la nouvelle loi. Il y a une deux semaines, le Premier ministre a également brisé le tabou en appelant ouvertement les Indiens "à parler de leur dépression à leurs proches et d'arrêter de réprimer la maladie". Cette reconnaissance du mal est urgente car l'Inde s'urbanise à grand pas et les villes sont connues pour engendrer davantage de solitude et de troubles mentaux. 

Narendra Modi; Premier ministre en Inde.
Narendra Modi; Premier ministre en Inde. (HARISH TYAGI / EPA)