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En direct du monde. En Cisjordanie, les Palestiniens rusent pour rester connectés avec leurs smartphones

En Cisjordanie, la 3G et la 4G sont interdites, ce qui pousse les Palestiniens à acheter illégalement des cartes SIM israéliennes. Un trafic s'organise.

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Marine VlahovicfranceinfoRadio France

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A Ramallah, un palestinien utilise l\'application Azmeh sur son smartphone, une application développée pour aider à la navigation des automobilistes, en février 2016.
A Ramallah, un palestinien utilise l'application Azmeh sur son smartphone, une application développée pour aider à la navigation des automobilistes, en février 2016. (ABBAS MOMANI / AFP)

Alors qu'un peu partout dans le monde, on surfe sur Internet grâce à son smatrphone, en Cisjordanie, la 3G et la 4G restent interdites. Toutefois, cela n'arrête pas les Palestiniens, car la guerre des ondes se joue aussi au Proche-Orient.

Pianoter sur son téléphone pour trouver son chemin, lire les informations, tchater via des messageries diverses et variées dans la rue ou dans les transports en commun : autant de gestes anodins pour nous, mais impossibles à réaliser pour les Palestiniens. Israël a refusé pendant des années d'allouer des fréquences à haut débit pour des raisons sécuritaires. Sous la pression internationale, un accord a été trouvé en 2015. Mais plus d'un an après, il n'est toujours pas entré en application. 

Un trafic de carte SIM israéliennes

Pour avoir accès à l'Internet mobile, les Palestiniens font appel à des compagnies israéliennes. Rien n'est plus simple, grâce aux antennes relais situées dans les colonies qui parsèment la Cisjordanie, malgré quelques zones blanches. Un trafic de cartes SIM s'est donc développé.

Depuis un an, Mahmoud parcourt la Cisjordanie pour vendre des forfaits Internet mobiles israéliens. Une manière pour lui de lutter contre une inégalité numérique criante.

"Internet est quelque chose de basique et c'est très frustant de ne pas avoir accès à cette technologie uniquement parce que vous êtes Palestinien, explique Mahmoud. Nous nous servons de l’occupation israélienne pour offrir des opportunités aux Palestiniens, et leur permettre de communiquer les uns avec les autres." Mahmoud perçoit un pourcentage pour chaque forfait souscrit. 

Des forfaits interdits par l'Autorité Palestinienne

Un business juteux mais total illégal. Car si l'Etat hébreu autorise les Palestiniens à avoir des cartes SIM israéliennes, il n'en est pas de même pour l'Autorité Palestinienne. Contrairement à d'autres produits israéliens, il est formellement interdit de commercialiser ces forfaits en Cisjordanie.

Une raison à cela, le manque à gagner, estimé à plus de 100 millions d'euros par an. Pour les opérateurs palestiniens qui vendent de simples forfaits de téléphone, cela entraîne une perte de clients. Près de 400 000 Palestiniens ont déjà fait l'acquisition de cartes SIM israéliennes. C'est le cas d'Ahmad, même s'il n'est pas vraiment à l'aise avec cela. "J'ai besoin d'avoir accès à Internet partout, et non pas seulement à la maison, se justifie-t-il. Sinon je n'aurais même pas pensé à l'acheter. Utiliser une carte SIM israélienne est mal vu par la société palestinienne, cela veut dire que vous acceptez l'occupation et les produits israéliens, poursuit Ahmad. Donc on ne le dit pas, ou alors seulement à ceux qui ont aussi des cartes SIM israéliennes."

Et si Ahmad a surmonté l'obstacle à contre-cœur, ses compatriotes devront attendre qu'Israël donne son feu vert pour l'édification d'antennes relais palestiniennes. Les réunions techniques se multplient, mais le dossier n'avance pas. Le trafic de cartes SIM a donc de beaux jours devant lui.

A Ramallah, un palestinien utilise l\'application Azmeh sur son smartphone, une application développée pour aider à la navigation des automobilistes, en février 2016.
A Ramallah, un palestinien utilise l'application Azmeh sur son smartphone, une application développée pour aider à la navigation des automobilistes, en février 2016. (ABBAS MOMANI / AFP)