En direct du monde, France info

En direct du monde. Au Mexique, les bonus de fin d’année distribués aux députés font scandale

Les 500 députés mexicains ont chacun reçu l’équivalent de 14 000 euros en étrennes. Ce butin amassé par les élus a de quoi révulser la population.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
avatar
Emmanuelle SteelsfranceinfoAlexis MorelRadio France

Mis à jour le
publié le

Manifestation contre l\'augmentation de 20% du prix des carburants au 1er janvier, à Mexico, capitale du Mexique.
Manifestation contre l'augmentation de 20% du prix des carburants au 1er janvier, à Mexico, capitale du Mexique. (ALFREDO ESTRELLA / AFP)

Les députés mexicains se sont accordés de généreuses étrennes fin 2016. Les 500 législateurs ont chacun reçu un double bonus, l’équivalent de 14 000 euros. Le pays traverse une situation économique délicate, les travailleurs voient leur pouvoir d’achat diminuer, et ce butin amassé par les élus a de quoi révulser la population.

Les Mexicains considèrent qu’il s’agit d’un hold-up en bonne et due forme dirigé contre les caisses de l’État. Chaque année, les bonus mirobolants que s’accordent les responsables politiques font scandale, mais il y a cette année plusieurs facteurs aggravants. D’abord, le fait qu’il s’agisse d’un double bonus de 150 000 pesos, ce qui est perçu comme une entourloupe. Ensuite, il y a la situation économique avec la chute du peso, la montée de l’inflation et, il y a quelque jours, l'annonce d'une hausse très maigrichonne du salaire minimum, qui passe à 80 pesos par jour, soit quatre euros. Autrement dit, les étrennes des députés représentent dix fois le salaire minimum annuel des Mexicains. Sans compter les salaires des élus.

L'addition de la corruption politique

Il y a plus généralement un ras-le-bol vis-à-vis de la relation des politiciens à l’argent. Plusieurs hauts fonctionnaires et plusieurs gouverneurs sont recherchés par la justice pour avoir détourné des fonds publics et pour avoir laissé leurs États en banqueroute. Et malgré tout, il y a cette désinhibition des députés, qui partent 50 jours en vacances avec un double bonus.

Le contexte est particulier : le gouvernement a annoncé une augmentation de 20% du prix de l’essence le 1er janvier suite à la libéralisation du secteur pétrolier, qui ne sera plus un monopole d’État. Un peu partout dans le pays, des manifestations ont lieu pour protester contre cette mesure, que le gouvernement a présenté comme inévitable. Du point de vue des Mexicains, c’est inévitable certes, mais parce que les caisses de l’État sont mises à sac. Ils ont l’impression qu’on leur fait payer l’addition de la corruption. 

Une infime minorité d'élus a refusé le bonus

L'appel à davantage de sobriété n'a pas remporté de succès. 63 députés sur 500 ont refusé le bonus. D'autres législateurs ont promis de reverser leur bonus pour des causes diverses, comme par exemple un député de droite qui promet de l’offrir comme récompense pour la capture des agresseurs de la sénatrice Ana Gabriela Guevara, une agression qui a été très médiatisée. D’autres ont consacré l’argent à organiser des banquets populaires dans leurs circonscriptions, ce qui est interprété comme une façon de tirer parti, électoralement parlant, des fêtes de fin d’année.

Manifestation contre l\'augmentation de 20% du prix des carburants au 1er janvier, à Mexico, capitale du Mexique.
Manifestation contre l'augmentation de 20% du prix des carburants au 1er janvier, à Mexico, capitale du Mexique. (ALFREDO ESTRELLA / AFP)