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En direct du monde. Au Brésil, un canal amène de l'eau dans le nord du pays après des années de sécheresse

Une partie d'un fleuve brésilien vient d'être détournée pour vaincre la sécheresse du nord-est du pays. Le canal qui le permet a été inauguré par le président, Michel Temer.

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franceinfoAnne VignaAlexis MorelRadio France

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Des habitants de Monteiro dans le nord-est du Brésil attendent l\'arrivée de l\'eau du fleuve Sao Francisco dans un canal construit pour lutter contre la sécheresse, le 10 mars 2017.
Des habitants de Monteiro dans le nord-est du Brésil attendent l'arrivée de l'eau du fleuve Sao Francisco dans un canal construit pour lutter contre la sécheresse, le 10 mars 2017. (NILTON FUKUDA / ESTADAO CONTEUDO)

Le président brésilien, Michel Temer, vient d’inaugurer un des deux axes du plus grand et plus controversé projet hydraulique de l’ancien président Lula da Silva : la transposition des eaux du Sao Francisco, le cinquième plus important fleuve brésilien, pour abreuver le nord est du pays, une région très aride et qui n’a pas connu de pluie depuis cinq ans.

L’idée d’utiliser le fleuve de 3 000 km pour abreuver cette région remonte au XIXe siècle, mais n’a jamais été mis en place avant 2003 et le début du premier mandat du président Lula pour qui donner de l’eau au nord-est du pays a toujours été une priorité. Enfant, Lula, originaire de cette région, avait dû émigrer  pour fuir la pauvreté. Et la sécheresse dont souffre la région est la raison principale de son lent développement économique par rapport au reste du pays.

La population locale, aujourd’hui de 12 millions d’habitants, ne dispose que de 3 % des eaux de surface. Pour cette raison, elle a toujours appuyé ce projet, et on a vu des images d’une population en larmes devant l’arrivée de l’eau, des enfants se baignant pour la première fois de leur vie, des images qui ont fait oublier les effets sur l’environnement et sur le fleuve de ce grand projet.

Des effets néfastes

Même si la transposition ne représente qu’une partie du débit du fleuve, moins de 10 % selon les ingénieurs, elle aura des effets sur les populations de poissons notamment les poissons migrateurs qui se dirigent vers l’océan Atlantique et jamais vers le nord. Pour aller au Nord et au Nord-Est, l’eau va être constamment bombée à 165 mètres au dessus du niveau de la mer et cela a un coût énergétique qui selon les critiques du projet a été largement sous-estimé. Enfin et surtout, en 50 ans, le fleuve a déjà perdu un tiers de son débit, dû aux barrages et autres pompages souvent clandestins. Et selon les spécialistes, cette perte ne peut que s’aggraver avec le changement climatique et bien sûr cette transposition.

On espère un développement économique, notamment agricole grâce à l’irrigation. Mais les critiques eux mettent en garde sur le développement d’un agrobusiness tourné vers l’exportation et qui ne sera pas forcément synonyme de développement économique local. Les eaux du Sao Francisco sont peu polluées et on espère aussi améliorer la santé des habitants, notamment les enfants, qui trop souvent boivent une eau impure. On met en avant un nombre conséquent de projets écologiques et sociaux créés justement pour compenser l’impact écologique du projet.

Un projet non abouti

On vient d’inaugurer l’axe Est et celui du Nord est terminé à 95 % et devrait être inauguré à la fin de l’année. Au total ce sont 477 km de canaux, 14 aqueducs, neuf stations de pompages d’eau, 27 châteaux d’eaux et une note totale pour l’instant de 10 milliards d’euros.

Des habitants de Monteiro dans le nord-est du Brésil attendent l\'arrivée de l\'eau du fleuve Sao Francisco dans un canal construit pour lutter contre la sécheresse, le 10 mars 2017.
Des habitants de Monteiro dans le nord-est du Brésil attendent l'arrivée de l'eau du fleuve Sao Francisco dans un canal construit pour lutter contre la sécheresse, le 10 mars 2017. (NILTON FUKUDA / ESTADAO CONTEUDO)