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C'était comment ? Le travail, c'est quoi?

Trois jours pour réfléchir sur les inégalités et comment les réduire. En pleine campagne électorale, le Conseil économique et social, organise des ateliers à Paris. Une belle prise de tête. Nathalie Bourrus y était.

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Nathalie BourrusfranceinfoRadio France

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Le Conseil Économique et Social à Paris.
Le Conseil Économique et Social à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

C’était, prise de tête. Et dans ma bouche, cela n’a rien de péjoratif, au contraire. Se prendre la tête, faire bouger ses neurones, agiter son bocal, pour réfléchir à la notion de travail et aux inégalités qu’elle développe. Dans ce magnifique palais, place d’Iéna à Paris, on s’est donc bien pris la tête.

"Par exemple, la banane…" Ça, c’est Jean Merckaert. Un homme qui a oublié d’être idiot. Le rédacteur en chef de la revue Projet. Un homme en colère. "Sur un euro de banane, 40% vont à une grande surface, 2% au producteur, 48% dans un paradis fiscal", explique-t-il.

Regard médusé, voire incrédule de certaines et certains dans l’assemblée.

La chaîne des quatre scandales

"Ce qui forme" ajoute-t-il, "une série de scandales, en chaîne." Il énonce quatre scandales à la queuleuleu."Le quatrième, est ce que l’on appelle, la part immatérielle: l’argent qui va servir à l’image de marque du produit, au savoir-faire Le problème c’est que cette part, ne revient pas aux salariés."

Dans ma tête : quand même, il exagère. Ça doit bien intervenir à un moment dans l’augmentation salariale, dans la reconnaissance. Mon voisin semble penser un peu comme moi. Ça me rassure.

"Il faut donc, renchérit l’intellectuel, plafonner les écarts de richesse, parce qu’avec ces quatre scandales que je viens de citer, les travailleurs perdent."

Question dans la salle : "plafonner oui peut être mais on ne peut pas tout imposer, du jour au lendemain ?!"

Lui : "En 1989, le Canard Enchaîné (décidemment, il a beaucoup pincé, ce canard) avait sorti le salaire du PDG de Peugeot. Trente-cinq fois le Smic. Aujourd’hui, on en est à trois-cent dix fois le salaire minimum, et même à 1 000 fois pour les très gros patrons"

La salle est médusée

L’homme s’énerve : "Il faudrait près de deux millions d’années à un smicard pour atteindre le niveau de Liliane Bettencourt !"

Autre question : "Oui, mais on ne peut pas empêcher les sociétés de gagner de l’argent ?! On ne peut pas faire de loi là-dessus ?!"

Lui : "Mais enfin, ça suffit. Ça fait 30 ans que ça dure ! On est tenus par des entreprises qui disent : ah si vous légiférez, on quitte le territoire. Il faut que ça s’arrête !"

Autre question : "Mais la concurrence, elle doit pouvoir exister. Les entreprises doivent pouvoir faire leurs choix ?"

Lui, de plus en plus ferme : "C’est la mise en concurrence généralisée qui a provoqué le marasme et la crise du travail. C’est parce qu’on a tout ouvert, que celui qui cultive la banane ne touche presque rien."

Silence.

Réflexion.

Ah ben oui, au fait, la banane. Revenons-y. Le producteur, vous vous souvenez, il touche combien ? 2%.

Ça fait pas des masses.

Ça vaut peut-être le coup de se prendre la tête, encore un long moment.

 

 

 

Le Conseil Économique et Social à Paris.
Le Conseil Économique et Social à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)