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C'est mon boulot. Les liens très étroits entre autoentrepreneurs et salariat

Les autoentrepreneurs sont très liés aux salariés : soit ils les remplacent, abusivement, soit ils sont aidés par un salarié pour les revenus et la protection sociale.

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franceinfoPhilippe DuportRadio France

Mis à jour le
publié le

Salon du travail et mobilité professionnelle à Paris, le 20 juiller 2017.
Salon du travail et mobilité professionnelle à Paris, le 20 juiller 2017. (MAXPPP)

Une sociologue de l'université Paris-Dauphine s'est penchée sur les autoentrepreneurs. Sa conclusion : ils sont très liés aux salariés, soit qu'ils les remplacent, abusivement, soit qu'ils soient aidés par eux pour les revenus et la protection sociale.

La France compte plus d'un million d'autoentrepreneurs : 1 120 000 selon les dernières statistiques, pour être précis. Mais on trouve de tout parmi les adeptes de ce statut créé il y a bientôt dix ans. Sarah Abdelnour, sociologue à l'université de Paris Dauphine, les a passés au crible. Son travail, relayé par le mensuel Alternatives économiques, montre en effet que la plupart d'entre eux sont très liés au système du salariat. Il y a par exemple ceux qui quittent le statut de salarié pour devenir autoentrepreneur. Pour prendre leur vie en main, pour réaliser un projet personnel. Belle image. Mais la sociologue relève que, bien souvent, ce parcours n'est possible que grâce à la conjointe ou au conjoint qui, elle ou lui, dispose d'un emploi stable de salarié. Avec la protection sociale qui va avec.

Les plus qualifiés sont souvent à la fois autoentrepreneurs et salariés

Les autoentrepreneurs sont parfois salariés. Ce sont les plus qualifiés qui en tirent des revenus supplémentaires. Ceux qui gagnent plus de 1 000 euros grâce à leur autoentreprise sont une petite minorité, 10%. Ce sont des salariés du public comme du privé. Ils ont aussi à cette occasion une protection sociale inutilement dédoublée.

A l'opposé, il y a ceux qui font de l'autoentreprise leur activité principale. Ils représentent un peu plus d'un autoentrepreneur sur deux, 54%. Ce sont pour moitié des chômeurs et pour l'autre moitié des précaires : apprentis, stagiaires ou sans activité professionnelle.

Ce travail indépendant exclusif concerne surtout les travailleurs les moins qualifiés et les moins protégés. Ceux-là, écrit la sociologue, semblent "accumuler les bouts de ficelles". Quant aux chômeurs qui deviennent autoentrepreneurs, ils représente 29% des créations. La sociologue note, assez crûment, que leurs projets sont plutôt "marginaux" et qu'ils relèvent davantage de la "volonté de démontrer une occupation" qu'un vrai travail.

Il existe également les autoentrepreneurs qui devraient en réalité être salariés. La sociologue souligne que le statut est souvent utilisé, dans le privé, en guise de période d'essai, plus ou moins longue. Grâce à l'autoentrepreneuriat, on transforme également celui qui devrait être salarié en fournisseur. Mais Sarah Abdelnour ajoute que le même phénomène se retrouve dans le secteur public : on utilise alors les autoentrepreneurs pour contourner la limitation des recrutements des fonctionnaires.

En bref

Gros plan sur le micro-crédit avec l'Adie, l'association pour le droit à l'initiative économique organise des ateliers et des webconférences pour attirer l'attention sur ce système qui permet d'obtenir un petit prêt pour créer leur propre entreprise, leur propre emploi.

Salon du travail et mobilité professionnelle à Paris, le 20 juiller 2017.
Salon du travail et mobilité professionnelle à Paris, le 20 juiller 2017. (MAXPPP)