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La phagothérapie pour lutter contre les bactéries résistantes

La phagothérapie a été abandonnée dans les années 40 quand les antibiotiques ont montré leur efficacité pour lutter contre les infections bactériennes. Aujourd'hui de plus en plus de bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques et la phagothérapie pourrait s'avérer très utile. Une journée de réflexion vient de se tenir à l'Assemblée Nationale pour faire le point sur ce traitement.

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Radio France

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(illustration prétexte © Fotolia)

La phagothérapie consiste à utiliser des virus particuliers que l'on appelle des phages pour guérir les infections bactériennes. Ce traitement était très répandu jusqu'au début du 20e siècle mais il a été abandonné quand les antibiotiques sont apparus après la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui de plus en plus de bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques et il y a peu de recherches pour développer de nouveaux antibiotiques. Du coup, de plus en plus de patients ne peuvent pas être soignés et certaines voix demandent un retour à la phagothérapie.

Les phages sont des mangeurs de bactéries. Un phage ne détruit que la bactérie visée mais il y a un revers : cette attaque ciblée exige que l'on connaisse précisément la bactérie à détruire. Les phages n'entrainent jamais d'effets secondaires graves. La phagothérapie peut être utilisée dans de nombreux cas : les infections osseuses, articulaires, urinaires, pulmonaires ou oculaires.

On trouve des phages dans tous les endroits où vivent des bactéries c'est-à-dire aussi bien dans la nature, notamment dans les eaux usées, que dans notre corps.... Mais en ce qui concerne les phages pour soigner, que l'on appelle les phages lytiques, la plupart des pays ont arrêté d'en produire. Seuls trois pays de l'Est continuent : la Géorgie, la Russie et dans une moindre mesure la Pologne.

Une production très encadrée

Depuis 2011, les phages sont classés comme médicaments par l'Union européenne. Leur production doit donc être encadrée et il faut faire des essais cliniques pour tester leur efficacité et s'assurer de leur innocuité. Mais des voix s'élèvent pour demander une législation spécifique pour les phages. Déjà, deux projets sont en cours : au niveau européen, 12 patients participent à un essai clinique, des grands brûlés dont les plaies sont infectées par des bactéries résistantes et qui sont soignés par des phages. En France un consortium qui réunit des hôpitaux et des industriels travaille à la mise au point d'un mélange de phages pour traiter les infections ostéo-articulaires. D'ailleurs en France, l'Agence du Médicament est prête à délivrer des autorisations temporaires d'utilisation de phages pour certains groupes de patients.

Des phages dans l'agro-alimentaire

Aux Etats-Unis on s'en sert pour détruire certaines bactéries susceptibles de contaminer des produits alimentaires frais comme la viande, les volailles et le poisson. Mais attention, alertent certains infectiologue, il ne faut pas utiliser les phages à grande échelle dans la nature car ils pourraient modifier l'environnement global de la chaîne de la vie.

(illustration prétexte © Fotolia)