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C'est dans ma tête. Médias : les photos "retouchées" vont devoir être signalées au public

A partir de demain dimanche, un décret va obliger les médias à signaler au public les retouches qui auront été faites sur les photos qu’ils publient. 

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franceinfoClaude HalmosRadio France

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Photo d\'illustration. Les médias seront devoir signaler les retouches sur les images publiées. 
Photo d'illustration. Les médias seront devoir signaler les retouches sur les images publiées.  (IMAGE SOURCE / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)

Un décret va donc obliger les médias à signaler au public les retouches qui auront été faites sur les photos qu’ils publient. La psychanalyste Claude Halmos nous explique pourquoi une telle mesure peut avoir une réelle importance sur le plan psychologique. 

Je crois que cette mesure est importante. Mais qu’elle le sera surtout si les médias ne se contentent pas de l’appliquer, mais l’expliquent.  

Pourquoi cette mesure est-elle importante ?  

Parce que ces images ont, pour les hommes et les femmes adultes, sans qu’ils s’en rendent forcément compte, valeur de norme. Et ce n’est pas anodin. Notamment parce que cette dictature des images induit l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule sorte de beauté : celle qu’elles montrent. Mais c’est plus problématique encore pour les adolescents, parce que ces photos leur apparaissent souvent comme des modèles auxquels ils croient devoir ressembler. Et cela peut avoir des conséquences graves.               

L'adolescent cherche des repères, les images de corps "retouchées" le trompent 

L’adolescence est le moment où l’adolescent doit supporter que son corps change. Qu’il cesse d’être le corps d’enfant qu’il connaissait, pour devenir celui d’un homme ou d’une femme. Et l’adolescent se demande en permanence, au moins inconsciemment, ce qu’est un homme, ce qu’est une femme. Il cherche des repères. S’il a, auprès de lui, des adultes qu’il aime, qu’il admire et qui sont vraiment présents pour lui, c’est un peu moins difficile. Parce qu’il peut les prendre pour modèles. Mais s’il n’a pas cet accompagnement, ce qui est fréquent, les images qu’il rencontre dans les médias sont son seul modèle et la confrontation avec elles peut être très douloureuse.  

Pour quelles raisons ?

Parce qu’à l’adolescence, en général, on ne s’aime pas. On ressent souvent son corps comme étrange et étranger. Et certaines parties de ce corps peuvent même devenir, inconsciemment, le support de tout ce que l’on déteste en soi. Certaines jeunes filles, par exemple, ne supportent pas leurs seins et voudraient qu’on les opère. Parce qu’ils sont devenus - inconsciemment - pour elles, le symbole d’une féminité que, faute d’être aidées, elles rejettent.

Donc, quand les adolescents se retrouvent confrontés à des images de corps, non seulement parfaits (ce qui déjà, dans la réalité, n’existe pas), mais plus que parfaits, parce que les photos ont été retouchées, et qu’ils se comparent à ces corps, vous imaginez le désastre !      

Il faudrait expliquer ce décret   

Oui, il faudrait que les médias l’expliquent, mais aussi les parents. Parce que les adolescents ont besoin de comprendre que la virilité, la féminité, la beauté, et la capacité de séduction des êtres ne sont pas déterminés par l’apparence et les mensurations. La séduction est liée à ce qui émane profondément des êtres, à leur chaleur, à leur sensualité, à leur charme. Elle n’est pas seulement une affaire d’image dans le miroir et de photo sur papier glacé….      

Photo d\'illustration. Les médias seront devoir signaler les retouches sur les images publiées. 
Photo d'illustration. Les médias seront devoir signaler les retouches sur les images publiées.  (IMAGE SOURCE / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)