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C'est dans ma tête. L’opposition à la vaccination

Une manifestation a lieu aujourd’hui à Paris pour protester contre la décision de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de rendre obligatoires 11 vaccins, pour les enfants de 0 à 2 ans.                   

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franceinfoClaude HalmosRadio France

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 A partir du 1er janvier 2018, 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants.
A partir du 1er janvier 2018, 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a décidé de rendre obligatoires 11 vaccins pour les enfants de 0 à 2 ans. Une manifestation d'opposition a lieu aujourd'hui dans la capitale.

Comment peut-on expliquer cette opposition à la vaccination ?

C’est une question qui mériterait une mise en perspective historique, estime la psychanalyste Claude Halmos. Mais on peut d’ores et déjà dire que la question de la vaccination met en jeu des problèmes individuels, qui - comme c’est souvent le cas d’ailleurs - sont aggravés par des problématiques issues de la société.  

Vous pouvez nous donner des exemples ?  

Tous les parents par exemple ont le désir - tout à fait légitime - de protéger leurs enfants, et une peur de tout ce qui pourrait les faire souffrir. Ils ne peuvent donc accepter de les soumettre à un acte médical que s’ils ont une totale confiance, non seulement en leur médecin, mais en la médecine elle-même.

Or on sait que, aujourd’hui, en France, beaucoup de gens doutent des médecins et de la médecine. À cause des scandales qui ont eu lieu par rapport à tel ou tel médicament. Et d’une suspicion de collusion entre certains médecins et les laboratoires. Cela les conduit à penser que l’on pourrait porter atteinte au corps de leur enfant dans le seul but de gagner de l’argent. Et cette idée leur est évidemment insupportable.  

C’est cela qui expliquerait leur refus ? 

C’est une raison mais ce n’est pas la seule. Il y a aussi le fait que l’idée même de vaccination (on met un produit dans le corps pour provoquer des réactions) ne va pas de soi. Et peut faire ressurgir inconsciemment des peurs archaïques, fondées sur la pensée magique, qui sont là encore aggravées par les problèmes qu’ont pu poser, dans la réalité, certains vaccins.

Il y a ensuite le fait que les vaccins, qui apparaissaient autrefois comme un moyen de lutter contre l’impuissance face à la maladie et à la mort, n’ont plus cette image. Parce que l’on s’imagine que le temps des épidémies serait définitivement révolu. Et que l’on est même, du fait des progrès de la médecine, dans un sentiment de (relative) toute-puissance. Et puis il faut prendre en compte aussi l’évolution de notre société vers l’écologie, la nature, le "naturel". Les vaccins ce n’est pas "naturel"…  

Peut-il y avoir encore d’autres raisons ?  

Je crois que cette opposition montre aussi que dans notre société, l’enfant est toujours considéré comme la propriété de ses parents. C’est vrai dans le domaine de la maltraitance : "C’est mon enfant, je fais ce que je veux !". Mais c’est vrai, là aussi. On a du mal à accepter que la loi puisse s’interposer entre un enfant et ses parents, et puisse les soumettre à des obligations.

Et ce qui est frappant, c’est que les parents qui s’opposent à la vaccination invoquent, pour le faire, la liberté qu’a chacun de disposer de son corps et de sa santé. En oubliant seulement que, en l’occurrence, la vaccination ne concerne pas leur corps mais de celui de leur enfant, qui précisément, n’est pas en mesure de décider pour lui-même. Et que cela peut justifier que l’État se préoccupe de sa protection….  

 A partir du 1er janvier 2018, 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants.
A partir du 1er janvier 2018, 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)