C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Le rejet des migrants

Plusieurs villes de France ont annoncé leur refus de recevoir des migrants. Et on a même vu, à Béziers, des affiches qui les présentaient comme des envahisseurs. Quel regard portez-vous ce sur ce rejet ?

00:00-00:00

audio
vidéo
logo
franceinfoClaude HalmosRadio France

Mis à jour le
publié le

Réfugié marchant devant une inscription \"Je veux seulement une maison\", à Belgrade en Serbie, le 22 février 2017.
Réfugié marchant devant une inscription "Je veux seulement une maison", à Belgrade en Serbie, le 22 février 2017. (GETTY IMAGES)

Je pense que tout cela est très grave. Que cela ne va régler aucun problème mais au contraire en créer de nouveaux. Il faut comprendre qu’un migrant est quelqu’un qui a déjà de graves difficultés psychologiques. A cause de ce qu’il a subi dans son pays d’origine et durant son trajet pour arriver en France. Et à cause de ce qu’il vit depuis qu’il est arrivé en France. Il ne possède plus rien, son dénuement est total et en plus il a perdu une partie de ses repères identitaires puisqu’il n’a plus de statut social.

Et c’est avec tout cela "sur le dos" qu’il va devoir essayer de d’intégrer. Alors que cela demande toujours un travail psychologique, beaucoup plus complexe et difficile que l’on ne le croit.

 

Pourquoi ?

Parce que s’intégrer, suppose de faire parallèlement deux choses : il faut faire le deuil de la vie que l’on a eue auparavant et de la personne que l’on a été.

Et, en même temps, construire une nouvelle vie et trouver des repères intérieurs par rapport à la personne que l’on est en train de devenir.

C’est très lourd. Et pour y arriver, le migrant aurait besoin de sentir autour de lui de la bienveillance et de la solidarité. Or non seulement il  n’en trouve pas, mais il doit supporter d’être rejeté, et qu’on lui renvoie (comme dans le cas de ces affiches) une image monstrueuse de lui-même.

Cela ne peut que l’empêcher, et empêcher sa famille et ses enfants, de s’intégrer.

C’est donc potentiellement créateur de difficultés, non seulement pour le présent mais pour les années à venir.

Comment peut-on expliquer un tel rejet ?

La peur de l’autre est la chose la plus répandue qui soit (on en a des preuves à toutes les périodes de l’histoire). Parce que l’être humain n’est pas équipé en naissant pour se débrouiller de l’existence de l’autre.

Il doit, dès son enfance, apprendre à faire avec (aussi bien dans sa famille qu’à l’école). Et il ne peut y arriver que si des adultes l’aident. Sinon, il peut penser, sa vie entière, que l’autre est, par définition, un ennemi qui veut lui prendre sa place et tout ce qu’il a. Et bien sûr si déjà, parce que la situation économique est difficile, il n’a pas grand chose, sa peur est encore plus grande. Et encore plus facile à manipuler.

Et il est clair que les politiques qui manipulent en ce moment cette peur, le savent. Et le font en toute connaissance de cause et au mépris de l’avenir du pays qu’ils prétendent pourtant défendre.

Réfugié marchant devant une inscription \"Je veux seulement une maison\", à Belgrade en Serbie, le 22 février 2017.
Réfugié marchant devant une inscription "Je veux seulement une maison", à Belgrade en Serbie, le 22 février 2017. (GETTY IMAGES)