C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. L’abstention

Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu dans une semaine et l’on sait, d’ores et déjà, que le pourcentage des abstentions risque d’être très important. Nous revenons aujourd'hui sur les raisons qui poussent les électeurs à s’abstenir.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
avatar
franceinfoClaude HalmosRadio France

Mis à jour le
publié le

Un homme passe devant les affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 10 avril 2017 à Strasbourg.
Un homme passe devant les affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 10 avril 2017 à Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)

On sait que l’on peut diviser les abstentionnistes en deux groupes : ceux qui ne votent jamais, parce qu’ils ne se sentent pas concernés par les élections. Et ceux qui, d’habitude, votent mais qui ont décidé, cette fois, de s’abstenir pour manifester leur colère.

Pourquoi certaines personnes ne votent-elles jamais ?

Chacune d’entre elles a sans doute des raisons personnelles de s’abstenir mais, de façon générale, l’abstention renvoie au fait que comprendre la nécessité de participer à la vie sociale n’a rien d’évident ni surtout d’inné.
La tendance la plus "naturelle" d’un être humain est de s’occuper d’abord et avant tout de lui-même. Le "collectif" s’apprend, par l’éducation. Et pas seulement avec de beaux discours, mais par la pratique.

Et, de ce point de vue, les méthodes pédagogiques qui prônent la gestion de la classe et même de l’école, par les élèves eux-mêmes, sont très importantes. Parce qu’elles permettent aux enfants de comprendre, très tôt, qu’ils sont membres d’une communauté, et responsables collectivement de ce qui s’y passe.

Pourquoi certaines personnes qui d’habitude votent, vont-elles cette fois s’abstenir ?

Cela semble être le signe d’un très grand désespoir. Beaucoup de gens disent très bien qu’ils ne croient plus à rien parce qu’ils voient leurs conditions de vie se dégrader, sans aucun espoir que de nouveaux dirigeants puissent et veuillent les améliorer. Et cela les met probablement, par rapport à eux, dans une position qui évoque celle de ces enfants que leurs parents n’écoutent pas et dont ils ne s’occupent pas.
Les abstentionnistes ont souvent le sentiment d’être niés par les hommes politiques. Et d’être en plus, du fait des "affaires", trompés, utilisés, et même manipulés. Et, pour eux, la seule façon de le faire entendre est de refuser de voter.

Pourquoi ce choix ?

Vouloir expliquer les phénomènes sociaux par des mécanismes qui relèvent de l’individuel est toujours hasardeux. Mais cette forme d’abstention peut évoquer ce qui se passe pour certains adolescents qui vont très mal et qui ne voient pas d’autre solution que leur disparition, leur suicide, pour que leurs proches comprennent enfin la gravité de leur souffrance.
Et on retrouve aussi des mécanismes de cet ordre chez certains (et certaines) anorexiques. Ils (et elles) mettent leur existence en jeu pour se faire entendre.

Par l’abstention on ne détruit pas sa personne réelle, bien sûr, mais on fait disparaître – au moins momentanément – la personne sociale que l’on est.
On refuse de donner sa voix, on s’absente, on n’est pas là.

Cette "disparition" sociale peut-elle soulager la personne qui s’abstient ?

Non. Refuser de voter peut donner un sentiment momentané de revanche et de puissance mais je pense que, sur le fond c’est, sur le plan personnel, très destructeur. Parce que refuser de voter revient à baisser les bras. Et baisser les bras est toujours, dans la vie, très destructeur. Surtout lorsque l’on pourrait se battre. Et, dans cette élection, on peut se battre.

Je me souviens d’un coiffeur qui disait à ses clientes : "Si vous ne pouvez pas dire ce que vous voulez comme coiffure, dites-moi au moins ce que vous ne voulez pas". Cela vaut aussi pour les élections.
Même si on a l’impression de ne pas pouvoir obtenir, par son vote, ce que l’on voudrait, on peut au moins, par ce vote, faire en sorte de refuser ce que l’on ne voudrait pas. La vie, ce n’est jamais "tout ou rien". Pour pouvoir vivre, il faut être capable de renoncer à l’idéal et de "faire avec" la réalité. Même si elle ne ressemble pas à ce que l’on souhaiterait….

Un homme passe devant les affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 10 avril 2017 à Strasbourg.
Un homme passe devant les affiches électorales pour la campagne présidentielle, le 10 avril 2017 à Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)