Pièces à conviction, France 3

VIDEO. Le rachat polémique d'une entreprise d'éoliennes par EDF

Dans l'émission "Pièces à conviction" diffusée mercredi 6 mai, une enquête révèle que le rachat par EDF de SIIF, une entreprise spécialisée dans l'éolien, est émaillé d'irrégularités. Derrière ce rachat, Pâris Mouratoglou. Extrait.

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Dans le secteur de l'éolien, cet homme est incontournable. Pâris Mouratoglou était, jusqu'en 2000, propriétaire de la SIIF. C'est à cette époque que le polytechnicien décide de vendre à EDF une partie de son entreprise spécialisée dans l'éolien. Et pour parvenir à se faire racheter par le groupe, l'homme a usé de certaines tactiques qui le font aujourd'hui soupçonner de fraude fiscale et d'escroquerie financière par le parquet financier.

Des investisseurs nécessaires

Pour que l'éolien se développe en France à partir des années 2000, "il faut que ce soit un business, et si c'est pas un business, il n'y aura aucun investisseur industriel dans le secteur éolien", explique à l'équipe de Pièces à conviction Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables. Et en en faisant un business, certains entrepreneurs ont tiré leur épingle du jeu. L'éolien va faire la richesse d'un homme, Pâris Mouratoglou.

Très discret, ce polytechnicien est un pionnier des énergies renouvelables et a fait fortune aux États-Unis dans les années 1980. En 1990, il fonde la SIIF, entreprise qui exploite des éoliennes d'abord en Guadeloupe, et ensuite en Corse. Avec son associé André Antolini, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), il parvient à négocier deux opérations conséquentes : imposer le tarif d'achat financé par la CSPE et un beau mariage avec EDF.

Convaincu de l'intérêt pour le grand groupe d'entrer au capital de sa société, il entame des négociations efficaces avec EDF au début des années 2000. Et en 2004, la SIIF devient EDF Énergies nouvelles. Christian Stoffaes, directeur d'EDF entre 1991 et 2010, se souvient : "Il y a des entrepreneurs écologiques, Mouratoglou et d'autres, qui arrivent et qui disent à EDF : 'On va vous aider à développer une filiale de production indépendante. On apporte la compétence technique et surtout juridique, et vous apportez l'argent. On se partage les bénéfices.' Et ça fait des sommes colossales." Les montants en question drainés par le marché avoisinent, pour le cas de la SIIF, le milliard d'euros.

Quand EDF rachète 700 millions d'euros d'actions à Mouratoglou

Quand en 2008, Pâris Mouratoglou revend ses actions à EDF, leur plus-value est d'au moins 40 %. Quelques-uns soulignent les dépenses inhérentes au rachat : le groupe va débourser 1,5 milliard d'euros pour devenir propriétaire à 100 % de sa filiale, le tout validé par l'Autorité des marchés financiers. Du côté de l'Assemblée nationale, un rapport épingle le montant : "Il semble qu'EDF n'ait pas suffisamment anticipé le potentiel de développement des énergies renouvelables et qu'en conséquence le groupe ait racheté EDF-EN à un prix élevé."

Difficulté supplémentaire, l'État n'a que peu récupéré son investissement à travers d'éventuels impôts : l'ensemble des actions rachetées étaient déténues par une holding au Luxembourg. "La raison de ce regroupement [d'actions, NDLR] au Luxembourg n'est pas fiscale", se défend Pâris Mouratoglou dans un mail.

Pourtant, en octobre dernier, le parquet financier a ouvert une enquête pour soupçon de fraude fiscale et d'escroquerie financière. De quoi ternir l'image des énergies renouvelables.

Le siège d\'EDF, à Paris, le 9 janvier 2012.
Le siège d'EDF, à Paris, le 9 janvier 2012. (BOB DEWEL / ONLY FRANCE / AFP)