Envoyé spécial, France 2

VIDEO. Envoyé spécial. Le double discours de Marine Le Pen sur la théorie du "grand remplacement"

Pour une grande partie de l'extrême droite, l'immigration actuelle serait "organisée" et favorisée dans le but de "remplacer" la population française. Dans les médias, Marine Le Pen dit ne pas adhérer à cette théorie dite du "grand remplacement", mais devant les militants, elle n'hésite pas à la reprendre à son compte. Il en va de même pour de nombreuses personnalités du Front national. Extrait d'"Envoyé spécial" du 14 janvier.

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FRANCE 2 / ELISE LE GUEVEL

Mis à jour le , publié le

Le double langage de l'extrême droite. Pour la nouvelle rubrique "Sens caché" d'"Envoyé spécial", diffusé le jeudi 14 janvier sur France 2, Cécile Alduy déconstruit le discours de Marine Le Pen. Chercheuse et enseignante à l'université de Stanford aux Etats-Unis, elle a récemment publié Marine Le Pen prise aux mots - Décryptage du nouveau discours frontiste (Seuil). Sur France Inter, Marine Le Pen se défend : "Encore une fois, je n'ai pas de haine à l'égard des étrangers [...], je ne suis pas raciste. Je dis que l'immigration est un problème économique." Voilà pour la "façade médiatique" qui "réduit l'immigration à un problème rationnel," explique Cécile Alduy. Mais sortie des plateaux de télévision, le message n'est plus le même. En février 2011, Marine Le Pen insiste : "Les chiffres montrent que non seulement l'immigration en France n'a pas été freinée, mais qu'elle est volontairement accélérée dans un processus fou, dont on se demande s'il n'a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française."

Français "de souche" remplacés par une immigration extra-européenne

Théorisé par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, le "grand remplacement" est "une obsession du Front national, une obsession de longue date", selon Cécile Alduy. De quoi s'agit-il ? D'une vision conspirationniste de l'immigration, laquelle participerait d'un processus organisé de substitution de la population française "de souche" par une immigration extra-européenne. Pour Cécile Alduy, Marine Le Pen "prend bien soin de ne pas utiliser le mot ‘remplacement’ lorsqu'elle est à la radio ou à la télé, donc elle va lisser son vocabulaire pour présenter une image présidentiable, de gouvernante qui gérerait très bien la maison France". Lorsqu'elle est interrogée sur le sujet, Marine Le Pen répond ne pas croire aux théories du complot, mais "quand elle est face aux militants, elle en parle", rappelle la chercheuse.

En mars 2011, lors d'un meeting à Bompas (Pyrénées-Orientales), elle déclarait encore : "Comment pourrions-nous nous satisfaire de voir nos adversaires poursuivre leur œuvre de ruine morale et économique du pays, de le livrer à la submersion par un remplacement organisé de notre population ?"

A partir de 16'05 :


marine le pen a Bompas (66) le 11 mars 2011... par emamdazore

Pourtant, le 2 novembre 2014 dans Le Journal du dimanche, à la question "Approuvez-vous l'expression de grand remplacement ?", elle répond : "Le concept de grand remplacement suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste."

Beaucoup de personnalités frontistes reprennent cette thèse

Le double discours de la présidente du FN ne date donc pas d'hier et il est partagé par de nombreux ténors du FN. Et d'abord par le plus ancien d'entre eux, Jean-Marie Le Pen, toujours président d'honneur du parti, qui déclarait, le 29 novembre 2014 lors du XVe congrès du FN à Lyon : "Dans certaines régions, c'est une véritable substitution de population qui est en cours depuis quarante ans."

A partir de 12'24:

Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine et petite-fille de Jean-Marie Le Pen, députée du Vaucluse, ne dit pas autre chose à "Mots Croisés", sur France 2, le 1er décembre 2014 : "Sur certains territoires de France, ce qu'on appelle lesFrançais de souche’ sont remplacés par une population récemment immigrée, c'est une réalité, c'est un fait."

A partir de 57'18 :

Stéphane Ravier, sénateur-maire du VIIe secteur de Marseille, lors de l'université d'été du FN qui se tenait dans sa ville, le 5 septembre 2015, dénonce la municipalité phocéenne qui soutiendrait "ce processus de remplacement de populations par d'autres [...]. Comment dès lors ne pas parler de grand remplacement ?"

A partir de 6'00 :

Gilbert Collard, l'autre député Front national-Rassemblement bleu Marine, élu dans le Gard, évoque lui aussi ce grand remplacement dans l'un des entretiens vidéo qu'il publie régulièrement sur son site internet, Debout les mots (n° 54, le 10 novembre 2014) : "Je pense qu'il y a tous les risques d'un grand remplacement."

A partir de 1'54 :

Enfin, Aymeric Chauprade, qui fut l'un des principaux conseillers de Marine Le Pen pour les affaires internationales, député européen élu sur la liste du FN et qui a quitté le parti en novembre 2015, déclarait, lors de l'université d'été du Front national de la jeunesse, à Fréjus en septembre 2014 : "Il y a une chose, une seule, qui est potentiellement irréversible, c'est le changement de population. Ce que certains appellent le grand remplacement. Cette réalité évidente devant nous [...], ça n'est pas une théorie comme le disent certains, c'est une réalité."

 A partir de 26'06 :