Présidence de l'UMP : les bugs auxquels vous aurez peut-être droit samedi

Les militants UMP vont élire leur nouveau président par vote électronique, une méthode qui n'a toujours pas fait ses preuves.

Nicolas Sarkozy utilise le vote électronique pour désigner le candidat UMP à la présidentielle de 2007, le 10 janvier 2007 au siège de l'UMP, à Paris.
Nicolas Sarkozy utilise le vote électronique pour désigner le candidat UMP à la présidentielle de 2007, le 10 janvier 2007 au siège de l'UMP, à Paris. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

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Samedi 29 novembre, l'UMP se risque à un nouvel exercice démocratique. Les militants vont choisir le nouveau président de leur parti par voie électronique. A 20 heures et quelques minutes, un ordinateur révélera le nom de Nicolas Sarkozy, de Bruno Le Maire ou d'Hervé Mariton. Un bon déroulement de ce scrutin est crucial pour le parti de droite afin d'effacer le souvenir douloureux de l'élection de 2012 qui avait vu s'opposer Jean-François Copé et François Fillon. 

Cette fois, l'UMP jure que tout est sous contrôle. La Haute Autorité du parti, chargée du bon déroulement du scrutin, se veut rassurante : elle "va surveiller en permanence les opérations pour prévenir tout problème", de l'ouverture du vote à sa clôture. Mais le parti est-il vraiment à l'abri d'un nouveau bug ? Francetv info se penche sur les risques techniques encourus par le parti d'opposition lors de cette élection.

L'écran noir

"J'ai toujours constaté des anomalies sur la plupart des votes électroniques auxquels j'ai participé en tant qu'observateur", prévient Benoît Sibaud, spécialiste des problématiques liées au scrutin électronique, contacté par francetv info. Il cite en exemple un vote interprofessionnel récent où le site internet est resté bloqué pendant plusieurs heures. "Le fait d'avoir un scrutin centralisé sur un seul site web [comme pour l'élection à l'UMP] facilite la possibilité de perturber le vote. Un hacker peut facilement faire tomber le site", poursuit cet observateur avisé.

Un rapport a été commandé au cabinet Expertislab pour le 25 novembre afin de dissiper les derniers doutes sur les risques techniques. "L'expert s'est montré plutôt rassurant, la bécane peut tenir avec un rythme de connexions très soutenu et les aspects sécuritaires ont été correctement traités", se félicite le directeur de campagne de Bruno Le Maire, Jérôme Grand d'Esnon. "On s'est voulu rassurants car le dispositif répond à beaucoup de nos questions. Ensuite, le risque zéro n'existe pas, on n'est pas à l'abri d'une panne de réseau internet ou d'une attaque massive sur le site", tempère Bruce Bonnaure, l'expert mandaté par l'UMP.

Le problème de connexion

Pas question donc de revivre la primaire UMP pour les municipales à Paris, en 2013. Des sympathisants avaient notamment rencontré des problèmes de connexion en raison de l'absence sur leur ordinateur d'une version récente du logiciel Java. "On a fait en sorte que même la première version du minitel puisse fonctionner pour le vote, les militants pourront utiliser leur ordinateur, leur smartphone ou leur tablette", garantit un représentant de la Haute Autorité de l'UMP.

Et si certains rencontrent quand même des obstacles, "ils pourront toujours se rendre dans l'un des 307 bureaux de vote répartis sur toute la France, où des ordinateurs seront à disposition", répond la Haute Autorité. 

La fraude

"C'est une élection avec des intérêts importants pour les candidats et qui se déroule dans un parti qui a déjà rencontré des problèmes dans le passé, il est donc envisageable d'imaginer des fraudes", estime Benoît Sibaud. Les fraudes électroniques les plus fréquentes restent l'usurpation des identifiants et l'interception des votes. "Par exemple, [dans l'hypothèse d'une fraude interne], il est très facile d'intercepter et de modifier les votes de ceux qui voteraient depuis le siège de l'UMP", explique le spécialiste du scrutin électronique.

Pourtant, l'UMP assure que le système du vote électronique est de nature à éviter plus facilement les fraudes, ne serait-ce que par l'absence de procuration. Le parti met surtout en avant sa procédure rigoureuse. La liste des quelque 268 000 votants a été figée dés le 30 juin. Depuis, les militants ont reçu par courrier un code personnel et un mot de passe pour pouvoir voter sur le site www.presidentump2014.fr. Ils ont 24 heures (entre le vendredi 20 heures et le samedi 20 heures) pour s'exprimer, à l'aide de ces codes et de leur numéro d'adhérent. Si jamais ils égarent leurs identifiants, "ils pourront les récupérer sur l'adresse mail indiquée au moment de leur inscription au parti", détaille la Haute Autorité.

Autre sécurité, à la fin du vote, à 20 heures, un examen de contrôle sera effectué sur l'ensemble du scrutin électronique pour détecter une éventuelle irrégularité. Si tout est en ordre, quatre membres de l'instance lanceront le dépouillement en entrant dans un ordinateur le code secret dont chacun détient une partie. "Si tout va bien, on aura les résultats entre 20h30 et 20h45", conclut la Haute Autorité. "Mais si on constate une anomalie, comme une surconnexion dans la dernière heure qui pourrait indiquer un piratage, il est possible que nous demandions de ne pas publier les résultats", prévient Jérôme Grand d'Esnon.

"Reste qu'il est souvent impossible de prouver les cas de fraude avec le vote électronique, sauf dans les cas de forte anomalie statistique, avertit Benoît Sibaud. Et encore, il est possible d'attribuer la fraude à un problème technique." En 2003, par exemple, lors d'un vote électronique en Belgique, le nombre de voix a dépassé le nombre d'inscrits sur la circonscription. Un dysfonctionnement causé, selon un rapport d'experts (PDF), par un "rayon cosmique"…

Le litige sur le résultat du scrutin

Que se passera-t-il si l'un des candidats conteste le scrutin samedi soir ? En 2012, l'UMP s'en était remis dans un premier temps à la Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales (Cocoe), puis à la Commission des recours. Cette fois, la Haute Autorité aura seule le dernier mot. Elle pourra décider d'annuler l'intégralité ou une partie du scrutin. Les candidats, qui disposent d'un délai de 24 heures pour contester le résultat, devront se plier au verdict de la toute-puissante Haute Autorité. "L'instance est composée de neuf membres, indépendants et tous juristes de haut vol", certifie l'UMP.

Mais le principal problème du vote dématérialisé reste l'impossibilité de recompter les bulletins. Hervé Mariton et Bruno Le Maire, qui redoutent d'éventuels bugs, se plaignent du refus de la Haute Autorité de publier les résultats département par département. Or, en 2012, le résultat par fédération avait permis de repérer les irrégularités à l'origine de la guerre Copé-Fillon. Mais pour des raisons techniques liées au vote électronique, seul un résultat national sera disponible samedi. 

"C'est un peu comme si, pour la présidentielle, quelqu'un partait avec les urnes sous le bras et revenait en proclamant le résultat", estime Benoît Sibaud. Il est donc demandé aux militants de faire totalement confiance aux instances de l'UMP, mais aussi au prestataire chargé d'organiser le scrutin, l'entreprise Paragon. "Je reste méfiant car cette entreprise n'a jamais organisé de vote électronique de cette ampleur en 24 heures", pointe un responsable de l'UMP.

"Si la base électorale a suffisamment confiance, ça fonctionne, mais la moindre remise en question brise la confiance et donc la légitimité tirée du vote", met en garde Benoît Sibaud. D'ailleurs, devant les reproches de certains membres de l'UMP, la Haute Autorité s'inquiète des risques de défiance : "Certains candidats se disent sans doute que s'ils ne font pas le score espéré, c'est toujours bon d'avoir un bouc émissaire sous la main."