Nadine Morano et la "race blanche" : la polémique en cinq actes

L'élue des Républicains va être évincée de la liste du Grand Est pour les élections régionales. Elle menace de "dézinguer" Nicolas Sarkozy s'il compte se présenter à la présidentielle de 2017.

Nadine Morano à l'Assemblée nationale, le 10 janvier 2012.
Nadine Morano à l'Assemblée nationale, le 10 janvier 2012. ( MAXPPP.)

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Elle ne s'excuse pas. Après ses déclarations polémiques sur "la France, pays de race blanche" lors de l'émission "On n'est pas couché" sur France 2, samedi, Nadine Morano, élue Les Républicains, a réaffirmé ses propos mercredi 30 septembre. Et va être évincée de la liste Les Républicains aux élections régionales dans le Grand Est. Retour sur la polémique en cinq actes.

Acte 1 : Nadine Morano affirme que "la France est un pays de race blanche" à la télévision

Invitée de l'émission "On n'est pas couché" samedi 26 septembre, Nadine Morano, habituée des phrases chocs, provoque de nouveau un tollé en déclarant : "Nous sommes un pays judéo-chrétien. Le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères." Elle ajoute : "J'ai envie que la France reste la France et je n'ai pas envie que la France devienne musulmane."

Devant l'embarras suscité par sa déclaration, la députée européenne justifie ses propos et récuse toute provocation raciste : "C'est un mot qui est dans le dictionnaire, je ne vois pas en quoi il est choquant..." déclare-t-elle face au chroniqueur Yann Moix, déclenchant une série de réactions indignées sur Twitter.

Acte 2 : l'état-major des Républicains se désolidarise de ses déclarations

Après les internautes, c'est au tour des caciques de son parti de condamner l'intervention de Nadine Morano. Lors du point presse hebdomadaire du parti, lundi, le porte-parole des Républicains Sébastien Huyghe estime qu'il s'agit "d'une expression malheureuse", rapporte BFMTV, mais assure toutefois qu'il ne sanctionnera pas l'élue, estimant qu'elle parlait uniquement en son nom : "Nadine Morano n'est pas habilitée à parler au nom de notre famille politique. (...) Les Républicains ne s'y associent pas."

De son côté, le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, ne réagit pas, mais son entourage indique qu'il est "consterné par l'énorme maladresse" de son ancienne ministre, précise Le Figaro.

Lors d'un point presse depuis la mairie de Bordeaux, Alain Juppé juge que l'usage du mot "race" n'est "pas acceptable". "La nation ne se définit pas par une race, je l'ai écrite maintes fois, et je continue à penser que la plus belle définition de ce qu'est une nation (...), c'est celle qu'Ernest Renan a donnée au XIXe siècle, des valeurs communes, un projet commun, une vision commune de l'avenir."

Invités sur BFMTV, l'ancien Premier ministre François Fillon et l'ancien ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire rappellent leur définition de la France. "Un pays historiquement avec des racines chrétiennes (...), aujourd'hui laïque, qui ne fait pas de différence entre les religions", déclare François Fillon. "La France, ce n'est pas une race, la France, ce n'est pas une religion, pas une couleur de peau", ajoute Bruno Le Maire.

Mardi 29 septembre, Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne et numéro 2 des Républicains, tient une position encore plus ferme et plaide pour que des sanctions soient prises à l'égard de Nadine Morano : "Je trouve la tonalité de cette déclaration exécrable. La République française ne fonctionne pas sur les bases idéologiques de l'apartheid", déclare-t-elle sur Europe 1.

En revanche, Nadine Morano reçoit le soutien encombrant du président d'honneur exclu du Front national, Jean-Marie Le Pen, pour qui l'ancienne ministre a juste "énoncé une évidence historique multiséculaire".

Acte 3 : elle maintient ses propos et dénonce une "instrumentalisation"


Bien qu'isolée dans son camp, Nadine Morano ne désarme pas. "Evidemment que je maintiens mes propos", lance-t-elle sur Europe 1 mercredi. "On me crucifie pour avoir cité les propos du général de Gaulle en me disant 'ce sont des écrits anciens'. Dans ce cas-là, pourquoi, sur le statut des réfugiés, cite-t-on la Convention de Genève de 1951, pourquoi cite-t-on le texte de la loi sur la laïcité qui date de 1905 ?" demande-t-elle.

Pour sa défense, l'élue dénonce une "instrumentalisation" de ses propos, notamment de la part d'Alain Juppé. Et ajoute : "Il faut dézinguer les petits concurrents", assurant en revanche avoir reçu "des milliers de mails" de soutien, y compris de "gens de couleur".

En effet, Nadine Morano a annoncé début septembre sa candidature à la primaire présidentielle des Républicains de 2016, une décision qui, selon elle, lui vaut les foudres de ses pairs : "Je n'ai rien dit de répréhensible. D'ailleurs, je n'ai pas de plainte contre moi, je n'ai jamais été condamnée sur rien, je suis d'une probité et d'une honnêteté que personne ne remet en cause", se justifie-t-elle.

Acte 4 : les Républicains annoncent le retrait prochain de son investiture aux élections régionales

Après ces nouvelles déclarations, Philippe Richert, tête de liste du parti Les Républicains pour les régionales dans le Grand Est, demande aux instances nationales du parti de retirer l'investiture départementale de l'eurodéputée en Meurthe-et-Moselle.

"Les positions de Nadine Morano ne sont, aujourd'hui, pas compatibles" avec les orientations de son équipe, estime-t-il, dénonçant l'"effet ravageur" de ses propos, et estimant que l'élue "[les] met en difficulté pour cette campagne". Silencieux depuis samedi sur ce sujet, Nicolas Sarkozy saisit finalement la Commission nationale d'investiture en milieu de journée. Selon un communiqué du parti, l'objet de cette saisine est clair : "Retirer l'investiture en Meurthe-et-Moselle à Nadine Morano". La commission se penchera sur ce cas mercredi prochain, précise Sébastien Huyghe, l'un des porte-parole des Républicains.

Acte 5 : elle menace de "dézinguer" Sarkozy

Peu après, Nadine Morano déplore cette décision, sur France 2. "Est-ce qu'une phrase, un mot, dit-elle, mérite une telle vindicte médiatique de sa propre famille ?"

Elle menace également de mettre des bâtons dans les roues du patron des Républicains. "Nicolas Sarkozy, ce n'est même pas la peine qu'il songe à se présenter à la présidentielle, je le dézinguerai !" prévient-elle dans Le Point. L'entourage de l'ex-chef d'Etat ironise auprès de l'hebdomadaire : "C'est la meilleure chose qui puisse nous arriver."