Ils défient Sarkozy, épisode 3 : François Fillon, le ténor esseulé

L'ancien Premier ministre ne ménage pas ses critiques contre l'ex-président. Mais pour le moment, ses propositions ne semblent pas convaincre les sympathisants UMP.

François Fillon, le 19 juin 2013.
François Fillon, le 19 juin 2013. (MIGUEL MEDINA/AFP)

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Avec le retour de Nicolas Sarkozy, François Fillon va retrouver son meilleur ennemi dans l'arène politique. "Quoi qu'il arrive", l'ancien Premier ministre a décidé de combattre l'ancien président lors de la primaire UMP de 2016, l'élection qui règlera la question du candidat pour la présidentielle 2017.

En tant que Premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012), François Fillon a avalé quelques couleuvres, notamment lorsque le chef de l'Etat l'a qualifié de "collaborateur" devant des journalistes, comme le rappelait Libération en 2008. Après la défaite de 2012, François Fillon a assumé son bilan, mais a tenu à se démarquer de Nicolas Sarkozy. Et depuis plus d'un an, les deux hommes se livrent une guerre ouverte dans les médias. Même si Challenges révèle qu'ils doivent bientôt se rencontrer pour mettre fin à cette longue brouille politique, il sera difficile d'effacer la rivalité qui s'est installée depuis 2012. Dans ce combat de ténors, François Fillon apparaît pour l'instant bien démuni.

"Préempter le terrain pour contrer Sarkozy"

Après son échec pour obtenir la présidence de l'UMP en 2012 et le pugilat qui s'en est suivi avec Jean-François Copé, François Fillon a vite compris qu'il devait s'activer pour continuer à exister politiquement. L'ancien Premier ministre est donc parti très tôt en campagne, multipliant les déclarations offensives dans une communication parfois mal maîtrisée. "Je suis mieux placé que Sarkozy pour 2017", aurait-il confié à Valeurs actuelles. L'objectif était "de préempter le terrain pour contrer un éventuel retour de Nicolas Sarkozy", expliquait alors le politologue Stéphane Rozès à francetv info. 

Mais avec cette campagne active et trop précoce, le député de Paris a pris le risque de s'épuiser et d'apparaître comme l'homme de la division. Le député Jérôme Chartier, bras droit de François Fillon, défend pourtant la méthode. Pour lui, il ne s'agit pas de communication ou de coup politique : "C'est très long de préparer un projet présidentiel, d'effectuer un travail de fond (...). Plus vous partez tôt, plus ça vous permet de comprendre l'état du pays pour élaborer un projet."

"Ses propositions ne portent pas"

Les fillonistes mettent en avant une préparation plus aboutie de leur champion, ce qui, selon eux, doit se révéler utile le moment venu. "Notre équipe est bien rodée pour pouvoir faire émerger des idées", explique Jérôme Chartier. En effet, après avoir détaillé ses propositions sur l'école et l'économie, l'ancien Premier ministre va égrener ses idées sur les finances en septembre, le logement en octobre, l'innovation et la recherche en décembre, etc... Il va tenter d'occuper le terrain jusqu'à la primaire de l'UMP, en 2016. "L'objectif reste de lancer le débat et d'entretenir la flamme chez les militants", explique Jérôme Chartier.

"Malheureusement pour lui, ses propositions, personne ne les connaît, elles ne portent pas, affirme Hervé Gaymard, ancien soutien de Fillon rallié à Juppé. Néanmoins, il a raison de marteler ses idées, car cela met toujours du temps à imprégner l'opinion."

Tout en détaillant ses propositions, François Fillon doit constamment répondre à une question en forme de critique formulée par ses adversaires : pourquoi n'a-t-il pas effectué les réformes lors de son passage à Matignon ? "Il assume son bilan, mais ne cesse de répéter dans ses discours pourquoi il n'a pas pu aller plus loin, en rappelant notamment les éléments de contexte de la crise financière", répond avec une pointe de lassitude Jérôme Chartier. L'ancien Premier ministre endosse également le costume du repenti en expliquant que son passage au pouvoir lui a permis de prendre conscience de la situation française. 

"C'est une erreur de promettre 'du sang et des larmes'"

Dans sa première ébauche de programme, François Fillon propose en conséquence des réformes radicales, comme la retraite à 65 ans, la suppression des 35 heures ou l'abandon de l'impôt sur la fortune. L'ancien Premier ministre mise sur un plan d'économie de 100 milliards d'euros pour redresser les finances publiques du pays. "Il s'agit d'une erreur de stratégie de promettre 'du sang et des larmes' [selon la formule de Winston Churchill en mai 1940]", estime Bruno Le Maire. L'ancien ministre de l'Agriculture du gouvernement Fillon exprime sa différence : "Il a choisi une option politique très thatchérienne, je pense que l'on peut faire des réformes radicales sans brusquer le pays à ce point."
 
"Avec Thatcher, on pense toujours aux excès, mais son action a surtout permis au Royaume-Uni d'effectuer un virage vers le redressement", rétorque Jérôme Chartier. Pour ses partisans, François Fillon a choisi la voie de la sincérité. "Il dit des choses pas faciles à entendre, pas agréables, mais les Français sont prêts à écouter la vérité", explique le député Dominique Bussereau. "La France est exsangue, il n'y a pas d’autre solution qu’un remède de cheval", ajoute Jérôme Chartier. Les fillonistes tentent même de faire de cette radicalité un atout par rapport à leurs concurrents de l'UMP : "On ne peut plus se contenter d'adapter légèrement la société française comme par le passé, ainsi que le souhaite Alain Juppé. Il faut une rupture profonde."

"Il s’est brûlé les ailes dans la guerre Copé-Fillon"

Pour le moment, ce discours offensif ne semble pas porter ses fruits. François Fillon est lâché dans les sondages. Seuls 6% des sympathisants UMP souhaitent le voir gagner les primaires, contre 58% pour Nicolas Sarkozy et 28% pour Alain Juppé, selon un sondage Harris Interactive pour LCP. Sur l'ensemble des Français, son score n'est guère plus élevé. "Les sondages ne cessent de se contredire, relativise Jérôme Chartier. Ce qui nous importe, ce sont les tendances et surtout les items sur lesquels il est jugé par les Français."

"François Fillon paye le prix fort pour sa guerre avec Jean-François Copé", lâche un député UMP pour expliquer cette popularité en berne. Les conséquences de cet affrontement de 2012-2013 sont également visibles sur les désertions au sein des parlementaires. "Un temps, j’ai beaucoup espéré de François Fillon, mais il s’est brûlé les ailes dans la guerre Copé-Fillon", regrette son ancien soutien Thierry Lazaro, qui donne désormais "un coup de main" à Xavier Bertrand. Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy dans la course, beaucoup pourraient se décider à retourner auprès de l'ancien chef. "Vous enlevez les quelques fidèles comme Ciotti et Chartier, et il ne restera plus grand monde", constate un ténor. D'autant que Nicolas Sarkozy chercherait à débaucher un par un les proches de l'ancien Premier ministre. Selon Libération, même Eric Ciotti aurait été approché. 

Un rapprochement avec Juppé ?

Tout indique que François Fillon aura du mal trouver sa place dans l'affrontement qui se profile entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. L'ancien Premier ministre tente pourtant de se présidentialiser, comme lors de son voyage en Irak début septembre. "Il prend de la hauteur, peaufine son langage et travaille sa stature d’homme d’Etat", se félicite Dominique Bussereau. Si pour Jérôme Chartier l'entrée en lice d'Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy représente "une excellente nouvelle pour le débat", François Fillon pourrait bien apparaître comme le grand perdant de cette nouvelle équation.

Pour ne pas se laisser marginaliser, le député de Paris cherche désormais à renouer le lien avec ses adversaires. Alors que le dialogue était rompu, il a accepté le principe d'une rencontre avec Nicolas Sarkozy. Mais c'est surtout du côté d'Alain Juppé qu'un rapprochement pourrait se dessiner. "Les deux hommes s'entendent bien et sont sur des thématiques assez proches", souligne Dominique Bussereau. "Avec un peu de bonne volonté, on trouvera une convergence", complète Hervé Gaymard. Un ticket Juppé-Fillon pour la primaire ? L'hypothèse semble encore lointaine. Elle demanderait à l'un ou l'autre de céder sa place en renonçant à ses ambitions élyséennes.

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