Rumeur du 9-3 : la Seine-Saint-Denis vend-elle ses populations ?

Cela fait près de trois ans qu'elle circule dans plusieurs villes françaises. Selon cette "rumeur du 9-3", des maires auraient passé des conventions avec le département de la Seine-Saint-Denis pour accueillir, contre de l'argent, des populations noires. Alors pour mettre fin à cette rumeur persistante, des élus ont porté plainte. Et certains accusent des "extrémistes".

(IDÉ)
Radio France

Mis à jour le
publié le

La rumeur montre depuis trois ans, elle se nomme "la rumeur du 9-3". La Seine-Saint-Denis, département d'Ile-de-France, aurait passer un accord avec des maires communes pour transférer des populations "noires", contre de l'argent. Les villes de Niort et Poitiers sont notamment citées.

Vendredi dernier, Geneviève
Gaillard, maire socialiste de Niort, a porté plainte contre X pour
"préjudice causé à l'autorité publique par des assertions mensongères,
constitutives d'injures
". 

"Ne rien dire pour ne pas entretenir la rumeur. Ou prendre position et porter plainte ?" (Le maire de Poitiers)

A Poitiers, un tag, visant le maire, a été inscrit sur un mur de la ville en juillet dernier : "Alain
Claeys troque des noirs contre une passerelle".
 Il est accusé d'avoir fait construire un viaduc grâce à l'argent récolté de la convention que dénonce la "rumeur du 9-3". Il a lui aussi décidé de porter plainte contre X : "Face à ces rumeurs
on est toujours pris entre deux attitudes, ne rien dire pour ne pas entretenir
la rumeur. Ou prendre position et porter plainte, c'est ce que j'ai fait."

A
Vitry-le-François dans la Marne, cette rumeur circule aussi. Aucune plainte n'a
été déposée mais le maire Jean-Pierre Bouquet se demande à qui elle profite :

"Ça stigmatise, c'est insupportable. Mais
ça traduit un climat malsain ou délétère par rapport au débat démocratique.  Et qui peut y avoir intérêt, c'est quand même
bien les groupes extrémistes".

Le conseil général de Seine-Saint-Denis a lui déjà fait savoir qu'il rejettait toutes ces attaques.

"Cette rumeur-là n'est pas liée à une élection prochaine "

L'approche des élections municipales n'a rien à voir avec cette rumeur pour Pascal Froissart, professeur à
l'université de Paris VIII, spécialiste de la rumeur : "Les rumeurs sur une
invasion migratoire sont une sorte de classique. Cette rumeur-là n'est pas liée
à une élection prochaine." 
Le
conseil général de Seine-Saint-Denis a lui déjà fait savoir qu'il rejettait toutes
ces attaques.

Pascal Froissart le relie
à un certain "relent populiste ","ce qu'on lit
et sent dans ce récit, c'est une espèce de haine des élites, de l'establishment
médiatique et politique
". Pour lui, rien de nouveau, "il ne faut
pas attendre cette rumeur pour savoir qu'il y a en France des gens qui vouent une
haine de l'Etat
".

"C'est très bizarre qu'il
y ait des villes qui s'estiment victimes" (Pascal Froissart, spécialiste
de la rumeur)

Le professeur note tout de même
que la plainte déposée par la maire de Niort est étrange. "C'est très
bizarre qu'il y ait des villes qui s'estiment victimes parce qu'on n'attaque
pas une ville, on attaque l'image d'une ville
". Pourtant, rappelle Pascal
Froissart, les études sur les rumeurs montrent que "le démenti ou l'attaque
est le meilleur moyen pour diffuser une rumeur
".