Grand Est, Nouvelle-Austrasie, Acalie, Rhin-Champagne... Pourquoi ces noms ont été retenus pour la nouvelle grande région

Les habitants d'Alsace, de Champagne-Ardenne et de Lorraine ont jusqu'au 1er avril pour voter entre ces quatre possibilités. Francetv info revient sur le processus qui a abouti à ces différents choix.

Philippe Richert, le président de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, présente les propositions retenues par un comité d'experts et de citoyens, à Metz (Moselle), le 12 mars 2016.
Philippe Richert, le président de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, présente les propositions retenues par un comité d'experts et de citoyens, à Metz (Moselle), le 12 mars 2016. (MAXPPP)
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"C'est comme quand on choisit un prénom pour un enfant, c'est quelque chose qui marque", a expliqué Philippe Richert, président de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, samedi 12 mars. Et comme pour les histoires de familles, les passions s'en sont mêlées. Pour la nouvelle région issue de la réforme territoriale, un comité de réflexion a en effet retenu trois noms : Nouvelle-Austrasie, Acalie et Rhin-Champagne. Mais face à un vent de révolte, l'exécutif régional a finalement décidé, lundi 14 mars, de repêcher Grand Est.

"Compte tenu des appels en masse parvenus aujourd'hui au conseil régional, venant de citoyens mais aussi de collectivités et représentants du monde économique, il a été décidé d'ajouter Grand Est aux noms proposés. Cela ne remet pas en cause le travail du comité mais on devait aussi prendre en compte cette expression démocratique", justifie le cabinet de Philippe Richert à francetv info. Jusqu'au 1er avril, les habitants d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine devront donc départager quatre noms au lieu de trois. Francetv info vous explique comment on en est arrivé là.

D'autres propositions farfelues

Il a d'abord fallu mettre sur pied un comité de réflexion composé de quatre collèges : un premier de citoyens tirés au sort parmi des volontaires, un deuxième de représentants du monde économique, un autre d'élus et d'agents du conseil régional et un dernier composé d'universitaires, de journalistes et de professeurs...

Les soixante personnes du comité ont effectué un tri parmi 332 propositions initiales, glanées au fil des mois sur les réseaux sociaux, reçues par courrier ou par mail. "Certains avaient carrément fait des dossiers pour étayer leurs arguments, il fallait voir ça, explique à francetv info Frédéric Schnur, journaliste sur le site Tout Metz et membre du comité. Il y en aussi qui ont fait preuve d'humour, de dérision."

La nouvelle région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine a ainsi échappé à des noms plus ou moins fleuris et farfelus comme "Croissant d’or", "le Trèfle de bonheur à l'Est", la "Cigognie" ou encore "Caroline de France", relaie L'Est éclair. Finalement après deux premières réunions, et selon des critères établis par le comité, quinze noms ont été retenus. Parmi ces derniers, "il a fallu ensuite trancher dans le vif et choisir trois noms", détaille Frédéric Schnur.

Le résultat d'un jeu de stratégie

Réunis le 12 mars à Metz (Moselle) pour leur ultime réunion, les membres du comité ont peaufiné leurs arguments pour retenir trois noms. "Ce qui m'a beaucoup frappé c'est la manière dont les membres du groupe se sont emparés du problème. Tout le monde a été très excité et a commencé à défendre un nom comme si c'était devenu sa chose personnelle", confie Richard Kleinschmager, géographe et membre du comité, à RTL.

Se sont formés ainsi plusieurs lobbys, dont un front contre l'appellation "Grand Est". "Les Champardennais se retrouvent moins dans ce nom. Et il y a des gens qui ont estimé que c'était le plus pauvre des termes, celui avec le moins d'histoire, même si c'était le plus usité", expose Frédéric Schnur. Des stratégies se sont alors développées. Certains ont donc voté massivement pour  des noms afin d'éliminer à coup sûr la dénomination Grand Est. Et la manœuvre a fonctionné. Quand l'heure du verdict a sonné et que les noms ont été dévoilés, le mécontentement a grondé sur les réseaux sociaux.

Des noms censés être intemporels et fédérateurs

"Les repas de famille ont dû être agités dimanche, plaisante Frédéric Schnur. Même moi, j'ai eu des messages de copains pas du tout contents." Le journaliste affirme comprendre ces réactions : "Sans explication de texte, on peut se dire 'ils sont cinglés'." Et de poursuivre : "L'idée était de ne pas faire un truc qui soit dans la mode du moment, il fallait que ça fédère, que ça signifie quelque chose dans l'esprit des gens, que ça puisse se décliner sur les réseaux sociaux. De toute façon, il n'y avait pas de nom magique."

Le nom Acalie a été construit à partir de l'acronyme de départ Acal, pour Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. "On part sur un nouveau nom, on écrit une histoire", justifie Frédéric Schnur. Nouvelle-Austrasie fait à la fois référence au passé avec le royaume de l'Est, selon le journaliste, mais le "nouvelle" signifie que ce nom ne se calque pas exactement sur l'ancienne carte. Enfin, Rhin-Champagne est "un marqueur géographique avec les bordures à l'est et à l'ouest et fait écho à Rhône-Alpes".

Les citoyens devront maintenant trancher entre ces trois noms retenus par le comité, auquel s'ajoute Grand Est, sauvé par le conseil régional. Le vote est ouvert jusqu'au 1er avril, sur le site internet du conseil régional, mais aussi par courrier ou dans les maisons du conseil régional. Le nom final devrait ensuite être entériné par les conseillers régionaux avant le 1er juillet, puis par le conseil d'Etat le 1er octobre.