Quand des diplomates s'en prennent directement à la politique de Sarkozy

"On ne s'improvise pas diplomate", écrivent-ils dans une tribune au Monde. Le groupe "Marly", qui regroupe anonymement des diplomates de tous bords, tire à boulets rouges sur la politique menée à l'Elysée. Les diplomates dénoncent ainsi des erreurs "imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme"...

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C'est un groupe informel, qui rassemble des diplomates de tous âges et de tous horizons politiques. Certains sont à la retraite, d'autres en activité. Ils ont constitué un groupe informel et anonyme, baptisé "Marly", du nom du café où ils se sont retrouvés la première fois. Et signent une tribune dans le journal Le Monde pour dénoncer l'intrusion de Nicolas Sarkozy dans la diplomatie française.

Et tout y passe : l'impuissance de la France face aux crises africaines et arabes ou à l'émergence de la Chine, l'échec de l'Union pour la Méditerranée, l'indifférence américaine malgré le retour dans le giron de l'Otan, les fiascos à répétition dans la vente des Rafale et de l'industrie nucléaire française à l'exportation, la faiblesse politique de l'Europe, etc.

“Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'Etat qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique”, peut-on lire dans la tribune. “Or, à l'écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.”

Un diplomate résume : “il se passe avec les diplomates ce qui se passe avec d'autres grands corps de l'Etat, une exaspération croissante en raison de la façon dont le président traite ses serviteurs”.

Ce qui a conduit à la publication du texte, poursuit-il, c'est une manipulation à laquelle l'Elysée s'est livrée, concernant la Tunisie. Seule une partie du télégramme de l'ambassadeur a été publiée, celle qui estimait que Ben Ali avait repris la main... quelques heures avant sa fuite, le 14 janvier dernier. L'Elysée, faute d'avoir vu venir la chute de Zine Ben Ali, a ainsi cherché à se dédouaner
_ Or Pierre Ménat présentait d'autres scénarios, et évoquait explicitement l'hypothèse d'une fuite précipitée.

“La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades”, écrit le groupe de Marly. “C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme 'piliers sud' de la Méditerranée.”

Quant à l'affaire Florence Cassez, à l'origine d'une crise diplomatique entre Paris et Mexico, ils jugent que le tension actuelle “résulte de l'exposition publique d'un dossier, qui par sa nature, devrait être traité dans la discrétion”.