"Trop, c'est trop !" : Aubry cosigne un réquisitoire contre la politique menée par Valls et Hollande

Les 18 signataires de cette tribune, publiée mercredi dans Le Monde, dénoncent dans  "un échec du quinquennat qui se profile" si l'exécutif ne change pas de politique. 

Martine Aubry, le 9 mars 2015 à Lille (Nord). 
Martine Aubry, le 9 mars 2015 à Lille (Nord).  (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

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"Il est des vérités désagréables à dire, mais il est des moments où il faut savoir les mettre en pleine lumière." La maire (PS) de Lille (Nord) Martine Aubry et l'écologiste Daniel Cohn-Bendit, accompagnés de 16 autres signataires, chargent l'exécutif et reprochent à François Hollande et Manuel Valls de conduire à l'"affaiblissement durable de la France", dans une tribune publiée par Le Monde, mercredi 24 février.

"Ce n'est plus simplement l'échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s'il n'est pas mis un coup d'arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés", écrivent les auteurs de ce texte, signé également par Benoît Hamon, Yannick Jadot ou encore Axel Kahn. Une manière d'officialiser "des désaccords (qui) se sont mués en une grande inquiétude." Francetv info revient sur les tacles adressés par ces ténors de la gauche. 

Un pacte de compétitivité jugé inutile

Expédiant rapidement les succès (COP21, loi sur la santé, lutte contre les inégalités à l'école), ils listent toutes les couleuvres avalées par la gauche qu'ils estiment représenter. En premier lieu, ils dénoncent le pacte de compétitivité signé avec le Medef : "Un million d’emplois promis, quelques dizaines de milliers tout au plus effectivement créés." Les 41 milliards d'euros mobilisés "pour rien" auraient, selon eux, été plus utiles à la nouvelle économie, à l'écologie, à l'éducation ou encore à la formation. 

Un débat sur la déchéance de nationalité "désolant"

S'ils reconnaissent que la France, "autour du chef de l'Etat", a été forte après les attentats de janvier comme de novembre, les signataires dénoncent "l'impasse" que représente la déchéance de nationalité pour les terroristes. "Réservée aux binationaux, elle est contraire au principe d’égalité ; appliquée aux mono-nationaux, elle fabriquerait des apatrides. Et, si ce débat nous heurte tant, c’est qu’il touche au fond à notre conception de l’identité de la France." Le texte adopté par l'Assemblée nationale, même s'il a été "gommé de ses aspérités", s'il est mis "entre les mains de gouvernements futurs mal intentionnés, il ouvre la voie à toutes les dérives".

"L'indécent discours de Munich" de Valls

Ils taclent cette fois directement Manuel Vals et sa "liberté de ton qui n'autorise pas tout". En déplacement en Allemagne, le Premier ministre a plaidé pour un durcissement de la politique migratoire de l'Union européenne et critiqué la position d'Angela Merkel.

"Non, Angela Merkel n’est pas naïve, Monsieur le Premier ministre. Non, elle n’a pas commis une erreur historique. Non, elle n’a pas mis en danger l’Europe, elle l’a sauvée. Elle l’a sauvée du déshonneur qui aurait consisté à fermer totalement nos portes à toutes ces femmes, ces hommes et enfants fuyant les persécutions et la mort et en oubliant ceux qui, chaque jour, perdent la vie en Méditerranée."

"La colère" provoquée par l'avant-projet de loi sur le travail 

"C’est toute la construction des relations sociales de notre pays qui est mise à bas", dénoncent les signataires. Selon eux, les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises vont être soumises à des distorsions de concurrence. "A qui fera-t-on croire qu’en multipliant les facilités de licenciements, comme le prévoit le projet de loi (...) on favorisera ainsi l’emploi ? Réduire les protections des salariés face au licenciement conduira plus sûrement à davantage de licenciements !", s'emportent-ils avant de détailler tous les dangers de ce texte.

Ils n'hésitent pas, non plus, à dénoncer la menace du gouvernement d'utiliser le 49-3 pour faire passer ce texte sensible à l'Assemblée. "Une France gouvernée sans son Parlement est mal gouvernée. La démocratie est atteinte." Ils rappellent également à François Hollande ses promesses de campagne, et notamment son discours du Bourget, "mis à mal une fois de plus, et qui pourtant fonde la légitimité au nom de laquelle le pouvoir est exercé depuis 2012".