Six indices qui montrent que le référendum du PS vire au fiasco

Le parti va porter plainte pour "faux" et "usage de faux" mais la consultation se poursuit jusqu'à dimanche.

Une personne vote à Marseille (Bouches-du-Rhône) lors du "référendum" sur l'unité de la gauche aux élections régionales, le 17 octobre 2015.
Une personne vote à Marseille (Bouches-du-Rhône) lors du "référendum" sur l'unité de la gauche aux élections régionales, le 17 octobre 2015. (GERARD BOTTINO / CITIZENSIDE.COM / AFP)
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Avec son référendum sur l'unité de la gauche, le Parti socialiste comptait réveiller ses partisans et ses alliés à quelques semaines des élections régionales. Mais le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, fait face à de nombreux désagréments.

Alors que le parti a annoncé, samedi 17 octobre, qu'il comptait porter plainte pour "faux" et "usage de faux", francetv info a identifié six indices qui montrent que la consultation, qui court jusqu'à dimanche, vire au fiasco.

1Personne n'est au courant

Sept Français sur dix n'ont "pas entendu parler" du "référendum", d'après un sondage Odoxa pour i-Télé et Paris-Match publié vendredi. Et, même chez les sympathisants PS, l'initiative n'a pas fait grand bruit : 52% d'entre eux n'en ont pas entendu parler. Et, sur les 48% qui ont eu connaissance de cette consultation, seulement 23% savent "précisément" quel en est l'objet.

La question posée lors de ce référendum est celle-ci : "Face à la droite et l'extrême droite, souhaitez-vous l'unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ?"

2Il n'y a pas foule dans les bureaux de vote

Conséquence directe de ce faible écho, on ne se bouscule pas pour participer au "référendum" dans les quelque 2 500 points de vote répartis sur la majeure partie du territoire.

Vendredi, à la mi-journée, seuls six militants sur les 1 200 que compte le Vaucluse étaient venus voter dans les locaux de la fédération socialiste d'Avignon, quinze dans ceux de la section PS de Bordeaux, quatre dans celle de Clermont-Ferrand... "Si on peut arriver à 50 votants par point de vote, ce sera pas mal", a expliqué un militant de Massy (Essonne).

A la fédération du Nord, à Lille, la foule ne se bousculait pas non plus vendredi. "Beaucoup de camarades votent par internet (...) C'est tellement plus simple, et c'est l'image d'un parti moderne", a fait valoir Laurent Guyot, secrétaire fédéral. 

3Certaines fédérations ne voulaient même pas l'organiser

Dans les rangs du PS, le scrutin a recueilli dans les fédérations un accueil mitigé. Douze d'entre elles n'annonçaient vendredi après-midi aucun bureau de vote physique sur la carte publiée sur le site de la consultation. C'est notamment le cas dans la Nièvre, bastion des frondeurs socialistes, commente le Huffington Post. Mais Jean-Christophe Cambadélis a relativisé cette décision, invitant les sympathisants à voter sur internet.

4EELV et le Front de gauche n'y participent pas

Les deux formations ont refusé de rejoindre l'initiative, dénonçant de la "politicaillerie" ou une "commedia dell'arte".

Dans une lettre ouverte à Jean-Christophe Cambadélis, la patronne d'Europe Ecologie-Les Verts, Emmanuelle Cosse, a estimé que "le chantage au rassemblement crée au contraire de la division et augmente les chances de victoire de la droite et de l'extrême droite au deuxième tour". La chef de file des écolos a également regretté cette "stratégie de stigmatisation des forces politiques, qui font le choix de présenter leur projet au premier tour des élections régionales", évoquant une mise en "péril" du rassemblement à gauche.

Mais Jean-Christophe Cambadélis a préféré voir le verre à moitié plein, samedi sur Europe 1, estimant que la consultation avait le mérite d'avoir fait  "bouger" dans son sens le PCF et EELV. "Il y a des 'bougés'. Le fait que [le patron du PCF] Pierre Laurent ait indiqué, alors qu'il est allié avec Jean-Luc Mélenchon, qu'il serait favorable à l'unité au deuxième tour des élections régionales, est déjà un élément important pour moi", a-t-il déclaré sur Europe 1. Et d'ajouter : "Le fait qu'Emmanuelle Cosse ait décidé de m'écrire une lettre en disant qu'elle serait au rendez-vous du deuxième tour des élections régionales, c'est important pour moi. Mme Duflot a fait la même chose. Ce n'était pas le cas au point de départ."

5C'est facile de tricher

Vendredi matin, des journalistes de francetv info ont réussi à voter à plusieurs reprises, sur internet comme auprès de militants qui tiennent des points de vote dans Paris. Sur les points de vote, la procédure est minimaliste : un nom, une date de naissance et une adresse postale ou électronique, et le vote est enregistré. Nous avons décidé de faire le test, en falsifiant notre adresse postale. Notre carte d'identité ne nous a pas été demandée. Impossible, dès lors, pour le Parti socialiste, de s'assurer que nous ne revoterons pas une deuxième fois, puis une troisième fois, puis une quatrième fois…

Sur Internet, il suffit de créer des adresses électroniques à la chaîne pour voter encore et encore. Sans compter que la plate-forme prend en compte les adresses temporaires et jetables de type Yopmail.

La patronne d'EELV a évoqué vendredi soir un "foutage de gueule".

6Il y a un contre-référendum

Des militants de gauche, dont le porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Julien Bayou, ont lancé un "référendum de la gauche". Ces militants écologistes ont retenu les mêmes dates pour cet "autre référendum" lancé sur internet qui "n'est pas une initiative officielle d'Europe Ecologie-Les Verts", a précisé Julien Bayou.

Face à la question soumise par le PS, celle posée par ces militants est : "Face à la droite et l'extrême droite, souhaitez-vous que le gouvernement tienne ses engagements et mène une politique de gauche ?"

Dans un communiqué, les trois initiateurs de cet "autre référendum", Julien Bayou, Elliot Lepers et Caroline de Haas, ancienne conseillère de Najat Vallaud-Belkacem, se sont dit "effarés de voir que le Parti socialiste se lance à nouveau dans le chantage au Front national comme si les débats à gauche faisaient plus monter le score du FN qu'un gouvernement qui tourne le dos à tous ces engagements".