Primaire de la gauche : pourquoi Montebourg a perdu son pari

L'ex-ministre de l'Economie termine troisième du premier tour de la primaire de la gauche. Face à Benoît Hamon et Manuel Valls, il est disqualifié. Mais comment expliquer cette défaite ?

Arnaud Montebourg, lors d\'un meeting à Paris, le 18 janvier 2017. (IRINA KALASHNIKOVA / SPUTNIK) 
Arnaud Montebourg, lors d'un meeting à Paris, le 18 janvier 2017. (IRINA KALASHNIKOVA / SPUTNIK)  (IRINA KALASHNIKOVA / SPUTNIK)
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Margaux DuguetfranceinfoFrance Télévisions

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Son rêve présidentiel s'arrête là. Arnaud Montebourg ne sera pas au second tour de la primaire de la gauche après avoir obtenu, à 23 heures dimanche 22 janvier, 17,52% des suffrages, loin derrière Benoît Hamon (36,35%) et Manuel Valls (31,11%). Un score comparable à celui qu'il avait obtenu à la primaire de 2011, où il avait créé la surprise. Cette fois, le chantre du "Made in France" était donné au second tour dans de nombreux sondages. Son score est donc une grosse déception pour celui qui rêvait d'incarner "la vraie gauche" face à Manuel Valls. Comment expliquer ce revers électoral ? Eléments de réponse. 

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Il n'a pas réussi à imposer ses thèmes

C'est la première explication avancée par les politologues et les politiques. "Il y avait un désir alternatif fort à la ligne Valls/Hollande. A l'intérieur de cette masse d'électeurs qui n'ont pas voté Valls, le rapport a été plus favorable à Hamon", décrypte pour franceinfo Laurent Baumel, député socialiste frondeur et soutien de Montebourg. "On a vu la même dynamique qu'avec la primaire de la droite lorsque François Fillon a réussi à imposer ses thèmes. Hamon a su mieux incarner que Montebourg l'agenda alternatif", analyse pour franceinfo le chercheur au Cevipof Bruno Cautrès. "Il y avait deux candidats en concurrence pour représenter la gauche du parti dans cette primaire, c'était indéterminé mais il y a eu une dynamique Hamon qui cochait toutes les cases de la gauche, notamment sur le revenu universel", renchérit le politologue et spécialiste de la gauche Gérard Grunberg.

Le député des Yvelines a en effet fait mouche avec sa proposition phare d'un revenu universel, contrairement à Arnaud Montebourg qui, lui, "ne s'est pas beaucoup renouvelé", ajoute Gérard Grunberg. "Il n'est pas arrivé à mettre le 'made in France', par exemple, au cœur des débats de la primaire", complète Bruno Cautrès. "Arnaud Montebourg a répliqué sa campagne de 2011 sans apporter d'idées nouvelles. Il a, au final, répliqué son score", tranche froidement Régis Juanico, porte-parole de Benoît Hamon. La condamnation du revenu universel par l'ex-ministre du Redressement productif a aussi pu troubler des électeurs ancrés à gauche. Arnaud Montebourg avait ainsi accusé Benoît Hamon, lors du troisième débat, de n'être "pas sérieux" avec cette proposition, qui coûterait selon ses calculs "l'équivalent" du budget de l'Etat. "En le condamnant, il a dû éloigner un certain nombre d'électeurs", analyse encore Gérard Grunberg. 

Il est apparu en retrait lors du début de sa campagne ou pendant les débats

Exclu du gouvernement en août 2014, Arnaud Montebourg ne revient en politique qu'au printemps 2016, après un détour dans l'entreprenariat, notamment chez Habitat. L'ancien ministre se décide à entrer en campagne en août 2016, comme Benoît Hamon. Mais ses débuts sont poussifs, peu de médias suivent ses déplacements et ses finances sont modestes. Fin novembre, l'équipe Montebourg revendiquait 200 000 euros de dons, selon L'Express. Difficile, dans ces conditions, de louer des grandes salles pour organiser des meetings en province. Des couacs ont aussi émaillé sa campagne comme la nomination de Guy Bedos à la tête du comité de soutien du candidat. L'humoriste dit n'avoir pas été prévenu de cette nomination, qu'il a fini par accepter pour ne pas "gêner" Arnaud Montebourg. 

Autre difficulté : Arnaud Montebourg n'a pas brillé lors des trois débats télévisés, alors que cet avocat de formation s'est fait connaître notamment pour ses talents d'orateur politique. "Il est apparu beaucoup moins offensif, beaucoup de commentateurs ont expliqué qu'il avait perdu de son originalité", soutient Bruno Cautrès, qui rappelle que de nombreuses idées de Montebourg comme sur "la VIe République ou sur la question européenne" ont "été intégrées par d'autres candidats"

Il n'a pas (assez) pris au sérieux Benoît Hamon

Arnaud Montebourg aurait-il été trop confiant et aurait-il fermé les yeux sur la tortue Benoît Hamon qui, petit à petit, remontait dans les sondages ? On peut se poser la question. "J'imagine qu'au moment où Arnaud Montebourg se lançait dans la campagne, il pensait passer devant Benoît Hamon", affrime Bruno Cautrès. L'entourage de l'ex-ministre de l'Economie était encore plus prolixe. D'après Libération, ses soutiens pensaient, à la lecture des bons sondages, "tuer le match"

Une analyse aujourd'hui démentie par Laurent Baumel, qui insiste : "On l'a vu venir". Le frondeur date la dynamique Hamon du 8 décembre, jour de sa participation à "L'Emission politique" de France 2. "Il s'est passé quelque chose sur le plateau. Les gens ont découvert Benoît Hamon et les médias ont valorisé cette dynamique", explique-t-il, avant de conclure sur une autre difficulté du candidat Montebourg : "Il y avait un problème de tactique dans les débats télévisés car il était difficile de faire de Hamon son adversaire"