Primaire de la gauche : "Cette situation laisse une image désastreuse de l'organisation matérielle du scrutin"

Le taux de participation et les résultats de la primaire de la gauche ont donné lieu à des confusions, dimanche soir. Selon le politologue Olivier Ihl, invité de franceinfo, ces cafouillages sont dus "à la pression que le PS s'est mise sur le dos" quant à la participation à la primaire.

Un bureau de vote, installé pour le premier tour de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017.
Un bureau de vote, installé pour le premier tour de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
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Après les incertitudes autour des résultats de la primaire de la gauche, les organisateurs ont d'abord reconnu un bug, puis une erreur humaine d’un permanent socialiste. Invité de franceinfo, mardi 24 janvier, Olivier Ihl, politologue à Sciences Po Grenoble, a estimé que ces problèmes sont dus à "la pression que le Parti socialiste s’est mise sur le dos" sur la participation à cette primaire.

franceinfo : Quel est votre sentiment sur les cafouillages concernant les chiffres de la participation ?

Olivier Ihl : On attend tous avec impatience la publication des procès-verbaux de décompte et de proclamation des résultats à l’échelle des bureaux de vote, ensuite des fédérations départementales et enfin des procédures de validation qui ont été mises en œuvre à l’échelle nationale. Tant que ces données ne seront pas livrées publiquement, on donne prise à toutes les suspicions, et avec l'enchaînement des maladresses, ces suspicions seront de plus en plus épaisses".

Selon vous, s'agit-il d’incompétence ou de bidouillages volontaires ?

C'est très difficile de le savoir pour l'instant. Il est tout de même très surprenant de ne pas avoir les données livrées progressivement. Il y a eu aussi des opérations financières qui devraient permettre de donner des points d’appui, des comparaisons, puisque chaque électeur a donné un euro, et a signé une charte s’engageant à respecter les valeurs de la gauche et de la République. Voilà des outils sur lesquels la Haute autorité devrait se pencher et communiquer.

Elle en est réduite à cette triste situation de demander aux électeurs et aux journalistes de faire confiance à des chiffres qu’elle est incapable de livrer pour l’instant complètement et surtout de justifier.

Tous ces cafouillages montrent à quel point la participation était un enjeu majeur pour le PS et que la pression était très forte...

C’est sans doute ce qui explique la confusion constante entre estimation de participation et enregistrement effectif des voix telles qu’elles ont été déposées et recueillies.

La Haute autorité et le premier secrétaire du Parti socialiste se sont mis eux-mêmes dans cette situation, en voulant à tout prix arriver à un niveau de résultats Je crois que les acteurs se sont mis eux-mêmes cette pression sur le dos, ce qui explique très largement, les couacs, les dissonances et l’amateurisme technique.

En droit, quelqu’un a-t-il la possibilité d’attaquer ces résultats ?

C'est possible, car il y a des opérations financières en jeu. Si le chiffre d’1,6 million est exact, il y a 1,6 million d’euros en jeu. Quoi qu’il en soit, cette situation laisse une image désastreuse de l’organisation matérielle du scrutin. Cela donne l’impression que les chiffres fournis par les uns et les autres ne sont pas sincères.

Or une opération électorale vit d’abord de la confiance que les électeurs placent en elle. Si les recensements ne sont pas entourés de toutes les précautions, vous avez évidemment des polémiques qui surgissent. Elles peuvent être erronées dans certains cas. Mais comment les empêcher dès lors que toutes les précautions n’ont pas été prises d’emblée ?

"La Haute autorité et le premier secrétaire du PS se sont mis eux-mêmes dans cette situation" selon le politologue Olivier Ihl

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