Présidentielle : emploi, écologie, Europe… Hamon et Mélenchon sont-ils si proches qu'on le dit ?

Tous deux candidats à l'élection présidentielle, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon partagent des valeurs communes. Mais leurs programmes respectifs contiennent de réelles différences.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le 21 janvier 2010 lors d\'une manifestation à Paris.
Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le 21 janvier 2010 lors d'une manifestation à Paris. (CHAMUSSY / SIPA)
avatar
Ilan CaroFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

En désignant le candidat le plus à gauche, dimanche 29 janvier, les électeurs de la primaire organisée par le PS et ses alliés ont-ils créé les conditions d'un rapprochement avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ? Au cours de la campagne, Benoît Hamon avait assumé l'existence de "passerelles". Mais au-delà des questions stratégiques, les deux intéressés sont-ils si proches idéologiquement ? Franceinfo se penche sur cinq thèmes de campagne, pour tenter d'identifier ce qu'ils partagent et ce qui les éloigne.

>> DIRECT. Suivez les réactions au lendemain du second tour de la primaire

Sur la société du travail de demain

L'avis de Hamon : "Je mettrai en place un revenu universel d'existence pour éradiquer la grande précarité et contribuer à définir un nouveau rapport au travail."

L'avis de Mélenchon : "Il y a trop de monde dans ce pays ? Non. Il n'y a pas assez d'emplois. Ma politique part du retour au plein-emploi. (...) Je réduirai le chômage de moitié. (...) Nous créérons trois millions et demi d'emplois."

Ils ne sont pas d'accord, mais… Entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, il y a deux conceptions bien différentes de la société du travail. Benoît Hamon pense que les années à venir seront marquées par une "raréfaction du travail", due notamment à la révolution numérique. Chez Jean-Luc Mélenchon, au contraire, évolution technologique n'est pas synonyme de travail rare. "Le progrès humain est la clef du progrès écologique et de l'activité économique", écrit-il dans son livre-programme, L'Avenir en commun, en promettant "300 000 emplois dans l'agriculture, 300 000 dans l'économie de la mer et 900 000 pour la transition énergétique".

Le revenu universel, mesure phare de Benoît Hamon, censée être une réponse à la précarité née de cette raréfaction du travail, ne trouve donc pas un écho favorable chez Jean-Luc Mélenchon. "Le plein-emploi est une revendication centrale de notre programme. Or, dans le discours de ceux qui défendent le revenu de base revient l’idée qu’on n’arrivera jamais à retrouver une véritable diminution du chômage et que la solution reste de verser un revenu à tout le monde, quelle que soit sa situation, pour que les gens survivent quand même", détaille Guillaume Etievant, l'un des rédacteurs du programme de Jean-Luc Mélenchon, interrogé par Le Monde.

En désaccord sur cette philosophie générale, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon se retrouvent toutefois sur plusieurs mesures : l'abrogation de la loi Travail, la réduction du temps de travail, la revalorisation du smic et des minima sociaux…

Sur l'écologie

L'avis de Hamon : "Nous voulons engager la transition de notre modèle de développement pour le rendre plus tempérant, plus respectueux de l’Homme et des biens communs que sont l’air, la terre ou les océans. Dans une société qui invite à consommer toujours plus, nous voulons promouvoir une culture de l’usage plutôt que de la propriété, du recyclage plutôt que du gaspillage, de la coopération plutôt que de la captation privée, en misant sur l’économie sociale et solidaire et l’économie collaborative."

L'avis de Mélenchon : "La transition énergétique est vitale face au dérèglement climatique. Ce grand changement doit modifier tous les compartiments de la vie de de notre société par une planification écologique. (...) Nous organiserons le changement global de notre façon de produire, d'échanger et de consommer, pour mener une vie en harmonie avec la nature, dont nous sommes partie prenante."

Ils sont d'accord. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon font tous deux de l'écologie une pierre angulaire de leur programme. Lors du débat face à Manuel Valls, Benoît Hamon a estimé que Jean-Luc Mélenchon avait "à l'évidence parfaitement pensé la nécessité d'un nouveau modèle de développement. Moi, je ne suis plus de ceux qui pensent qu'il faille tout miser sur la croissance quoi qu'elle veuille dire. Si la croissance détruit des forêts, c'est extrêmement dangereux."

Outre cette vision commune de l'écologie, les deux candidats à la présidentielle développent de nombreux objectifs communs : effort massif sur la rénovation énergétique des bâtiments, l'ambition d'une France "zéro déchet" grâce à la lutte contre l'obsolescence programmée, le soutien à l'agriculture agroécologique. Et l'un comme l'autre veulent augmenter la part des énergies renouvelables (50% dès 2025 pour Benoît Hamon, 100% en 2050 pour Jean-Luc Mélenchon)

Sur l'Europe

L'avis de Hamon : "La France ne sera pleinement indépendante et audible que dans une Europe forte et unie. L'orientation actuelle de l’union européenne n’est plus possible, mais sa simple contestation ne suffit pas. C'est pour cela que je propose un nouveau contrat politique pour l'Europe, qui s’articule autour des progrès de la défense européenne, d'un grand plan d'investissement vers la transition écologique pour mettre fin à l'austérité, joint à un processus de convergence sociale et fiscale mettant fin aux différents dumpings."

L'avis de Mélenchon : "Les traités européens nous retirent toute liberté d'action. Devant la décomposition de l'union européenne et ses brutalités croissantes contre la démocratie, devant son obstination à opposer entre eux les salariés des pays membres en refusant toute harmonisation sociale et fiscale, et contre ses propensions belliqueuses, tout commence par la reconquête de notre indépendance. Cette Europe-là, soit on la change, soit on la quitte."

Ils ne sont pas d'accord. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont tous deux favorables à une harmonisation fiscale et sociale en Europe, à l'abandon des règles du pacte de stabilité ou à une refonte de la politique agricole qui favorise l'agriculture paysanne. Mais en cas d'échec des négociations avec les partenaires européens (ce qu'il nomme "le plan A"), Jean-Luc Mélenchon est prêt à activer son "plan B", à savoir une sortie unilatérale des traités.

Benoît Hamon ne partage pas cette position extrême. "Je ne veux pas être un de ceux qui ferment la porte et éteignent la lumière en disant 'l'Europe, c’est terminé'. Je ne briserai pas le projet européen", a-t-il déclaré début janvier, jugeant "important de redire qu’aujourd’hui on peut être dans la coopération en Europe et dans le progrès social à la fois".

Le candidat socialiste plaide en outre pour davantage de coopération européenne en matière de défense et pour la mutualisation des moyens de renseignement au sein d'une agence européenne. Une voie que rejette Jean-Luc Mélenchon, favorable pour sa part à "la reconstruction d'une défense indépendante, nationale et populaire".

Sur l'immigration

L'avis de Hamon : "Le sujet c'est : est-ce qu'on assume de dire que de nouvelles générations d'immigrés enrichiront la France ? Ou l'on se contente de dire que les immigrés qui sont devenus français ont enrichi la France mais qu'il faut quand même faire une pause parce qu'on n'a pas les moyens de les accueillir ? Faire une pause, ça n'existe pas en matière d'immigration."

L'avis de Mélenchon : "La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. Pour cela, il faut arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales et affronter le changement climatique qui sera, sinon, pourvoyeur de centaines de millions de réfugiés."

Ils ne sont pas d'accord. D'un côté, Benoît Hamon assure que l'immigration représente une richesse pour la France et plaide pour que la France accueille davantage de réfugiés. De l'autre, Jean-Luc Mélenchon estime qu'"émigrer est une souffrance". S'il se dit favorable à la régularisation des sans-papiers et à un accueil digne des demandeurs d'asile, il affirme ne pas être en faveur du "déménagement permanent du monde, ni pour les marchandises ni pour les êtres humains".

Interrogé en août par Le Monde sur le fait de savoir si l'immigration pouvait être une chance pour la France, Jean-Luc Mélenchon répondait : "La question est piégée. A des moments, oui et à d’autres, non. Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation, je ne vais pas commencer aujourd’hui. Est-ce que, si 10 000 médecins venaient s’installer en France, ce serait une chance ? Oui."

Ces propos avaient créé un certain malaise à la gauche de la gauche. Début septembre, Benoît Hamon avait d'ailleurs violemment critiqué la position de Jean-Luc Mélenchon. "Il y a un vrai changement entre le discours du Prado [en 2012 à Marseille, sur le thème de l'immigration] et ce que dit Jean-Luc maintenant. Sauf à être naïf sur le bonhomme, quiconque ne voit pas la différence et ne voit pas qu'il a maintenant un côté à dire : 'les migrants je les prends quand ils sont docteurs, les autres il vaut mieux les nourrir là-bas plutôt qu'ils viennent chez nous…'"

Sur les institutions

L'avis de Hamon : "La Ve République a pu correspondre à un moment politique de notre Histoire : celle d'un pays déboussolé par la perte de son empire colonial qui confie les clefs du pouvoir à un chef militaire hors du commun. Mais ce monde est révolu et la France de 1958 n’est plus celle de 2016."

L'avis de Mélenchon : "C'est l'ère du peuple qui doit commencer ! (...) Ce sera la tâche d'une Assemblée constituante convoquée pour changer de fond en comble la Constitution, abolir la monarchie présidentielle et restaurer le pouvoir de l'initiative populaire. (...) Je voudrais être le dernier président de la Ve République et rentrer chez moi sitôt que le nouvelle Constitution aura été adoptée par le peuple français."

L'un va beaucoup plus loin que l'autre. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon militent tous deux pour l'avènement d'une VIe République. Mais derrière cette désignation se cachent des propositions sensiblement différentes. Alors que le député des Yvelines propose des réformes certes importantes mais qui ne remettent pas en cause la Constitution, le cofondateur du Parti de gauche souhaite tout remettre à plat et transformer la démocratie représentative en une démocratie directe dans laquelle les citoyens auraient beaucoup plus de pouvoirs.

Ainsi, Benoît Hamon propose par exemple de limiter le 49-3 aux seuls textes budgétaires, une limitation du cumul des mandats dans le temps, un président de la République élu pour un septennat non renouvelable, une dose de proportionnelle pour l'élection des députés, ou encore la possibilité pour 400 000 pétitionnaires soit d'imposer l'examen d'un texte au Parlement, soit de bloquer l'avancement d'un projet de loi en provoquant un référendum.

Les propositions de Jean-Luc Mélenchon en matière institutionnelle sont autrement plus radicales. L'Assemblée constituante, élue dès 2017 à la proportionnelle, ne pourrait compter dans ses rangs aucun parlementaire sortant, et aucun élu de cette constituante ne pourrait se présenter aux élections législatives suivantes. Le président de la République ne serait plus dépositaire du pouvoir exécutif (transféré au gouvernement), ni de ses pouvoirs de nomination (transférés au Parlement). Enfin, il veut créer un droit de révoquer un élu en cours de mandat par référendum, sur proposition d'une partie du corps électoral.