"Je ne veux pas mourir en première ligne" : le difficile rassemblement des députés PS derrière Benoît Hamon

Il y a un peu plus de deux semaines, Benoît Hamon remportait la primaire de la gauche. Depuis, il s'attache à rassembler sa famille politique. Une mission loin d'être accomplie.

Benoît Hamon à son QG de campagne, le 11 février à Paris
Benoît Hamon à son QG de campagne, le 11 février à Paris (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)
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Sophie BrunnFrance Télévisions

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Les oreilles de Benoît Hamon ont dû siffler, mardi 14 février, pendant la réunion des députés socialistes à l'Assemblée. Le candidat, qui avait annoncé, la semaine dernière, qu’il reviendrait voir ses collègues, ne s'est finalement pas présenté. De quoi faire râler de nombreux députés, en particulier ceux qui ne l’ont pas soutenu pendant la primaire. Car pour bon nombre de socialistes "loyalistes", faire la campagne de Benoît Hamon après avoir défendu François Hollande pendant tout le quinquennat n'a rien de naturel. 

Un appel à la "cohérence" et à la "clarification"

Alors mardi matin, dans les coulisses du palais Bourbon, certains n'hésitent pas à faire part de leurs réserves. "Fière du bilan" de l’exécutif, une députée s'interroge. Sa crainte : que Benoît Hamon "tire dessus à boulets rouges". L’ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées, Michèle Delaunay, opposée au revenu universel, réclame un "débat de fond sur le sens du travail". Et espère que le soutien au candidat sera réciproque : "Nous devons être en appui de la présidentielle, mais nous devons aussi recevoir de l’appui", glisse-t-elle.

Face à ses collègues, le député du Val-de-Marne Jean-Yves Le Bouillonnec, lui, n'hésite pas à le dire : il se pose des questions sur la manière de faire campagne, et menace de ne pas être candidat à sa succession s’il n’y a pas de "cohérence" ou de "clarification". "Je suis un soldat, mais je ne veux pas mourir en première ligne", lâche-t-il. Quant à David Habib, porte-parole de Manuel Valls pendant la primaire, c’est la négociation avec les Verts qui le préoccupe, tant sur le programme que sur un accord législatif. "Je donnerai mon parrainage à Benoît Hamon, mais je ne veux pas découvrir le contenu de l’accord avec les Verts dans Le Monde", lâche-t-il au milieu de ses collègues.

Benoît Hamon absent, ses proches tentent de répondre. Offensif, son porte-parole national, Régis Juanico, tente de mettre les points sur les "i" : "La clarification, elle a eu lieu à la primaire !" Assis sur les gros fauteuils en cuir rouge de la salle Victor-Hugo, certains députés grincent des dents. Jean-Marc Germain, nouveau codirecteur de campagne du candidat, tente alors de jouer l’apaisement : "On peut avoir des sensibilités politiques différentes et un projet commun." "Merci aux frondeurs de nous donner des leçons d’unité", tacle Catherine Beaubatie, députée de Haute-Vienne.

"Personne n'a claqué la porte"

Cette mauvaise ambiance, Olivier Faure, le patron des socialistes à l’Assemblée, préfère la relativiser. "Personne n’a claqué la porte en disant que Hamon ne serait jamais son candidat et qu’il était hors de question de faire sa campagne. Le message, c’était plutôt : 'comment on fait pour concilier nos positions ? Comment Benoît, tu fais pour nous rassembler ?' D’ailleurs, mardi soir, au pot de fin de session où il était présent, l’ambiance était excellente."

Interrogé par franceinfo, un membre du gouvernement juge qu'il devient tout de même urgent pour Benoît Hamon de "cautériser les plaies de la primaire".

Il faut que Benoît raconte l’histoire qui rend possible la réconciliation avec le quinquennat. C’est indispensable. Sinon, le risque, c’est que chacun cultive son jardin au lieu de faire campagne.

Un membre du gouvernement

à franceinfo

Le rassemblement passera aussi par de subtiles modifications sur le programme. De fait, Benoît Hamon est bel et bien en train d'amender son projet. Sur le revenu universel, "on va revenir sur terre assez rapidement", glisse un député. En clair, le candidat devrait retenir une proposition quelque peu édulcorée, concentrée sur les 18-25 ans. Et le même député d'assurer que sur la loi Travail, il ne devrait plus être question d'une abrogation pure et simple. De quoi expliquer pourquoi le candidat concentre maintenant ses critiques sur le fameux article 2 du texte, qui prévoit l'inversion de la hiérarchie des normes, plutôt que sur l'ensemble de la loi.