A quoi ressemblerait la France de Benoît Hamon ?

L'ancien ministre de l'Education revendique un programme novateur et très marqué à gauche.

Benoît Hamon, en meeting à Montpellier (Hérault), le 10 janvier 2017.
Benoît Hamon, en meeting à Montpellier (Hérault), le 10 janvier 2017. (PASCAL GUYOT / AFP)
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Valentine Pasquesoone et Marie GentricfranceinfoFrance Télévisions

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Il est celui qui a créé la surprise à la primaire de la gauche, mais dont la campagne peine, depuis, à décoller. A 49 ans, l'ancien ministre socialiste Benoît Hamon rêve désormais de devenir président de la République. Son credo : porter un projet solidaire et écologique. Il a officiellement présenté son programme le 16 mars. Mais concrètement, à quoi ressemblerait sa France s'il était élu président ?

Sur l'économie : la fin de la loi Travail et la mise en place d'un "revenu universel"

Lui président, c'est la première mesure que prendrait Benoît Hamon : abroger la loi Travail. "Avec ce texte, on travaillera plus en gagnant moins", critiquait-il dans le JDD en juillet 2016. Ce que Benoît Hamon veut, au contraire, c'est permettre aux Français de travailler moins tout en maintenant leur pouvoir d'achat. Le candidat compte maintenir la durée légale du travail à 35 heures, mais prône "une nouvelle étape dans le partage du temps de travail". Il défend ainsi "un droit inconditionnel au temps partiel accompagné d'une compensation salariale". Des incitations fiscales seront mises en place pour encourager les entreprises à aller dans ce sens.

Son autre proposition phare ? La mise en place d'un revenu universel. Pour concrétiser ce projet très ambitieux, l'ancien ministre de l'Education a prévu un plan en plusieurs étapes, qui a bien évolué depuis la primaire de la gauche. Conçu initialement comme une réponse à la raréfaction du travail, il ressemble désormais davantage à une mesure de soutien du pouvoir d'achat. 19 millions de français sont censés le toucher, qu'ils soient actuels bénéficiaires du RSA, étudiants, indépendants, salariés percevant jusqu'à 1,9 SMIC. Le coût de cette première étape est évaluée à 35 milliards d'euros. Pour les financer, plusieurs pistes : une taxe sur les super-profits des banques, la lutte contre l'évasion et l'optimisation fiscales, une réaffectation d'une partie du pacte de responsabilité... Autre mesure innovante : la création d'une "taxe sur les robots". Elle doit permettre de financer des formations pour les personnes dont l'emploi disparaît en raison de la robotisation.

En matière de protection sociale, Benoît Hamon souhaite également créer un "statut social unique pour tous les actifs", salariés comme indépendants. Il propose notamment d'améliorer les couvertures sociales de ces derniers en matière de retraite complémentaire, d'accidents du travail et de maladies professionnelles. Le candidat socialiste compte également garantir un "droit à la déconnexion pour toutes et tous", et reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle.

Sur l'écologie : la protection des "biens communs" et la sortie du nucléaire

"Je ne conçois plus d'être socialiste sans être écologiste", déclarait Benoît Hamon mi-décembre au Parisien. En s'inspirant du programme de Bernie Sanders, le rival de Hillary Clinton lors des primaires démocrates américaines, l'ancien ministre propose un nouveau modèle de développement. Son idée majeure : inscrire la protection des biens communs (l'eau et l'air, par exemple) dans la Constitution et élaborer un nouveau modèle de production. "Cela constituerait une base à partir de laquelle construire une fiscalité spécifique sur les entreprises qui exploitent, à titre privé, ces 'communs'", précise-t-il à Libération.

Benoît Hamon s'engage aussi à sortir la France du diesel d'ici 2025, et reprend à son compte l'engagement de François Hollande, qui avait promis en 2012 de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire à l'horizon 2025. Benoît Hamon va même plus loin dans son accord avec l'écologiste Yannick Jadot pour l'élection présidentielle : il appelle à une "sortie progressive et intégrale du nucléaire" d'ici à 25 ans. L'accord de leur candidature commune affiche l'"objectif d'une France 100% renouvelable en 2050". Benoît Hamon compte pour cela promouvoir la production locale d'énergies renouvelables. Il promet, enfin, d'interdire "les pesticides dangereux et les perturbateurs endocriniens".

Sur les questions sociales : l'accueil et la protection des migrants

La question des migrants est l'un des points cruciaux du programme de Benoît Hamon. Alors que la plupart de ses concurrents prônent la réduction des flux migratoires, il se présente comme le candidat de la solidarité. Pour lui, la France doit accueillir davantage de migrants, en s'inspirant des modèles allemand et nordique.

On peut être beaucoup plus généreux en matière de droit d'asile.

Benoît Hamon

dans "Libération"

Mais son projet est encore imprécis : s'il prévoit un visa humanitaire destiné à assurer la protection des migrants sur le sol français, Benoît Hamon reste flou sur les conditions et la période d'application du visa en question. Il précise cependant que les demandeurs d'asile auront l'autorisation de travailler "après trois mois de présence sur le territoire". Ils doivent actuellement attendre neuf mois.

Autre mesure phare de son programme social : la légalisation du cannabis. Concrètement, Benoît Hamon s'engage à assurer une commercialisation encadrée par l'Etat. En parallèle, il promet d'allouer le bénéfice des ventes au renforcement les campagnes de prévention contre le cannabis.

Le candidat socialiste défend cette ligne progressiste sur bon nombre de sujets de société. Il propose de rouvrir plusieurs centres du Planning familial à travers la France, et d'étendre la procréation médicalement assistée (PMA) "aux femmes seules et aux couples homosexuels". Il prône également le "droit de mourir dans la dignité" : pour le candidat, les personnes souffrant d'une maladie incurable doivent, si elles le souhaitent, pouvoir bénéficier d'une "aide médicale pour mourir". En matière de discriminations, le candidat socialiste propose d'expérimenter le récépissé de contrôle d'identité dans cinq départements, afin de mieux lutter contre le contrôle au faciès. Il promet également de créer "un nouveau service public, la brigade de lutte contre les discriminations".

Sur l'éducation et la jeunesse : plus de mixité sociale et un "service public du soutien scolaire"

L'ancien ministre de l'Education nationale est attendu sur ce sujet. Dans son projet présidentiel, Benoît Hamon appelle à "rebâtir" une carte scolaire, afin de "développer la mixité sociale et scolaire sur tout le territoire". Il prône la création de services publics du soutien et de l'orientation scolaire, ainsi qu'une meilleure orientation dans l'enseignement supérieur. Les moyens alloués aux universités seront par ailleurs renforcés.

En matière de recrutement, le candidat socialiste annonce la création de 40 000 postes d'enseignants pendant son mandat. Sur ces 40 000 emplois, 3 000 seront dédiés à une scolarisation dès 2 ans dans les réseaux d'éducation prioritaire (REP). Une ambition précise, mais en deçà du bilan de François Hollande : fin 2017, 60 000 postes auront été créés dans l'éducation pendant son quinquennat, selon Le Monde.

Sur la vie publique : la fin de la "monarchie républicaine"

Une "monarchie républicaine" : c'est ainsi que Benoît Hamon qualifie souvent le système politique actuel. Pour y mettre fin, il prône l'avènement d'une VIe République, avec une réforme profonde des institutions. Au programme : un Parlement plus fort et un mandat présidentiel unique de sept ans. Benoît Hamon président, les élections législatives comprendront une dose de proportionnelle. Le Sénat sera lui aussi réformé, avec la création d'un "collège citoyen", d'un "collège des territoires" et d'un collège représentant la société civile. Le non-cumul des mandats dans le temps sera imposé.

Pour donner davantage de pouvoir aux Français, Benoît Hamon entend aussi privilégier les mécanismes de démocratie directe. Il propose notamment la mise en place d'un "49.3 citoyen", sorte de 49.3 inversé : à condition d'être au moins 450 000 (soit 1% de la population en âge de voter), les électeurs pourraient demander l'examen d'une proposition de loi ou suspendre l'application d'un texte pour le soumettre à référendum.

Le candidat compte ensuite permettre aux étrangers non européens de voter lors des élections locales – une promesse que François Hollande n'a pas tenue. Benoît Hamon promet aussi de comptabiliser le vote blanc et d'annuler ou de reprogrammer une élection si ce dernier arrivait en tête. Une mesure qui fait mouche, à trois mois de la présidentielle, alors que 83% des Français (selon une étude Ifop) sont favorables à la comptabilisation du vote blanc.