Réforme de l'orthographe : la querelle entre Najat Vallaud-Belkacem et l'Académie française en quatre actes

La simplification de l'orthographe décidée en 1990 et exhumée par les éditeurs de manuels scolaires crée la discorde la ministre de l'Education et les Immortels.

La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, assiste à un cours dans un collège à Paris le 7 janvier 2016.
La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, assiste à un cours dans un collège à Paris le 7 janvier 2016. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

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Rien ne va plus entre Najat Vallaud-Belkacem et l'Académie française. La ministre de l'Education nationale doit faire face aux vives critiques d'une réforme de l'orthographe, datant de 1990, dont elle attribue la paternité à l'institution, garante de la langue française. Le 3 février, TF1 révélait que les manuels scolaires intègreraient désormais cette simplification de l'orthographe dès la rentrée prochaine. Ce qui avait largement amusé les internautes sur les réseaux sociaux.

Ni les académiciens, ni la ministre de l'Education ne semblent pourtant prêts à prendre la responsabilité d'une réforme critiquée, qui accepte par exemple l'orthographe "ognons". Francetv info revient sur les étapes de ce débat.

Acte 1 : Najat Vallaud-Belkacem se dédouane et pointe l'Académie française

Face aux réactions suscitées par la découverte de l'existence de cette réforme de l'orthographe (facultative et vieille de 1990), Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education nationale, s'exprime dès le 4 février sur Twitter pour qualifier les critiques dont elle fait l'objet de "polémique absurde". Elle est en effet accusée (à tort) de chercher à imposer d'autorité une réforme qui irait dans le sens d'un abaissement du niveau des élèves.

Mais la ministre n'entend pas porter le poids d'une polémique qui n'aurait pas lieu d'être. Contactée par Le Monde, Najat Vallaud-Belkacem souligne qu'elle n'a fait aucune annonce sur la mise en place de cette réforme. Cette volonté de simplification a été initiée en 1990 en s'appuyant sur les recommandations de l'Académie française présentées par Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l'institution. En 2008, le Bulletin officiel de l'Education nationale (PDF) précise que "l'orthographe révisée est la référence". A la rentrée 2016, celle-ci sera appliquée dans tous les manuels scolaires : c'est là la seule nouveauté concernant l'assouplissement de certaines règles d'orthographe.

Acte 2 : l'Académie dément être à l'origine de la réforme

La réponse des Immortels ne tarde pas. L'Académie française publie un communiqué le 5 février dans lequel elle signifie "qu'elle n'est pas à l'origine de ce qui est désigné sous le nom de 'réforme de l'orthographe'". Afin de dissiper tout malentendu, l'institution retrace le cheminement du rapport de Maurice Druon. Il a été débattu avant de recevoir l'approbation des membres mais avec "une invitation à la mesure et à la prudence dans la mise en œuvre des mesures préconisées".

Dans ce texte, l'Académie française rappelle également "son attachement au principe selon lequel doivent être exclues toute réforme et même toute simplification de l'orthographe" bien qu'elle ne soit pas opposée à une évolution de la langue. C'est pourquoi elle se réserve la possibilité "de juger à terme des graphies que l’usage aura retenues et de confirmer ou infirmer les modifications recommandées". Le texte qui a servi de base à l'orthographe révisée qui apparaîtra dans les nouveaux manuels est considéré seulement comme une recommandation non contraignante. 

Acte 3 : Hélène Carrère d'Encausse s'en mêle

Une position renforcée par l'actuelle secrétaire perpétuelle de l'Académie, Hélène Carrère d'Encausse. Celle qui a succédé à Maurice Druon s'est désolidarisée de cette réforme dans un entretien au Figaro, le 13 février. "Je n'ai pas compris les raisons qui expliquent l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée il y a un quart de siècle et où l'Académie française n'a eu aucune part, à l'inverse de ce que l'on a voulu faire croire". Hélène Carrière d'Encausse cite des académiciens qui s'y étaient opposés lors des débats de 1990 parmi lesquels on trouve Jean d'Ormesson.

D'ailleurs, l'historienne n'est pas étonnée de la résistance des Français devant ces changements. "L'opinion refuse que la langue soit manipulée, instrumentalisée, et c'est très réconfortant", déclare-t-elle dans les colonnes du quotidien. Et d'ajouter : "Incontestablement la langue est une part essentielle de notre identité. Comment accède-t-on au savoir ? Par la lecture, par l'écriture, et par la capacité de s'approprier ce savoir." 

Acte 4 : Najat Vallaud-Belkacem adresse une lettre aux Immortels

Face à cette désolidarisation, la ministre de l'Education nationale a adressé une lettre à l'Académie française, lundi 15 février, rendue publique le lendemain. "C'est avec intérêt, écrit Najat Vallaud-Belkacem, mais également avec un certain étonnement que j'ai pris connaissance de votre réaction publique [dans le Figaro] aux nouveaux programmes de la scolarité obligatoire." Des programmes intégrant les nouvelles règles qui sont publiques depuis juin 2015.

Dans cette lettre, la ministre déclare aussi que son étonnement est "renforcé par le fait que ces rectifications sont intégrées dans la neuvième édition du dictionnaire de l'Académie française et que l'Académie, pourtant contactée par le Conseil supérieur des programmes cet été, n'a pas fait de remarque quant à la présence de cette référence". Assez pour mettre les points sur les i ?