Elections sénatoriales : les six enseignements du scrutin

Le renouvellement de la moitié du Sénat n'a pas bousculé les équilibres. Le mouvement LREM d'Emmanuel Macron a subi une lourde défaite électorale.

Le Premier ministre, Edouard Philippe et Gérard Larcher, le 17 juillet 2017 à Paris.
Le Premier ministre, Edouard Philippe et Gérard Larcher, le 17 juillet 2017 à Paris. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA / NICOLAS MESSYASZ)
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Clément ParrotFrance Télévisions

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Les élections sénatoriales, dimanche 24 septembre, n'ont pas provoqué le même séisme politique que l'élection présidentielle du printemps. Le Sénat reste dominé par la droite et la gauche recule un peu plus au sein de la Haute Assemblée, traditionnellement conservatrice. Mais, derrière ces premiers constats d'usage, plusieurs enseignements peuvent être tirés de ce scrutin.

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1La droite se renforce et garde la main

Le groupe des Républicains va rester le premier groupe au Sénat. Pas moins de 171 candidats ont été élus avec une étiquette LR, Union de la droite ou divers droite. La droite sort donc renforcée de cette élection, puisqu'elle ne possédait que 142 élus dans l'assemblée sortante. "La droite sort renforcée, cela montre que l'implantation territoriale joue encore pour les élections sénatoriales", analyse pour franceinfo le politologue Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de l'institut Harris Interactive.

Sur 348 parlementaires, le groupe composé par LR pourrait donc s'approcher de la majorité absolue. Pour atteindre cette dernière, la droite va sans doute devoir composer avec les centristes. Mais le groupe Union centriste, qui a obtenu au moins 41 élus, avait décidé avant l'été de se placer dans la majorité présidentielle tout en gardant une liberté de vote. Ce groupe est actuellement un agrégat de différentes sensibilités (MoDem, UDI, radicaux valoisiens...). Il pourrait voir ses contours redéfinis au gré des discussions post-électorales.

2Le groupe LREM sanctionné

La République en marche est en recul, et ne compte au final que 24 membres, avant d'éventuels ralliements. Une déroute pour le mouvement fondé par Emmanuel Macron puisque, dans l'Assemblée sortante, LREM pouvait s'appuyer sur 29 membres. Le mode de scrutin des élections sénatoriales n'est pas favorable aux jeunes mouvements, mais LREM espérait malgré tout faire beaucoup mieux. François Patriat, président du groupe LREM au Sénat, avait même annoncé un objectif de 50 à 60 élus.

"Le Sénat a résisté, parce que l'on sent que le vote des grands électeurs s'est tourné vers un vote plus traditionnel", estime Bruno Jeanbart, joint par franceinfo. Pour le directeur des études politiques d'OpinionWay, le groupe LREM paye aussi "ses annonces de réduction et de compression budgétaires à destination des collectivités territoriales"

Il y a eu un sentiment des élus locaux d'être maltraités par les élus nationaux.

Bruno Jeanbart, d'OpinionWay

à franceinfo

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3La gauche se maintient

Les socialistes craignaient une nouvelle déroute, mais ils s'en sortent finalement mieux que prévu. Certes, le PS va perdre des élus, en passant de 86 sièges à 69 sièges, selon notre estimation. Mais il pourra compter sur le renfort d'une quinzaine de divers gauche. "Il reste un nombre assez conséquent d'élus locaux de gauche qui n'ont pas bousculé vers La République en marche", estime Jean-Daniel Lévy.

Toujours à gauche, le groupe communiste a également le sourire car il est parvenu à conserver au moins dix élus, la barre nécessaire pour former un groupe. Les communistes sont malgré tout en perte de vitesse, en passant de 18 à 13 sénateurs, selon leur propre décompte.

4Le FN marque le pas

Le Front national n'a cette fois remporté aucun siège. En 2014, lors du précédent renouvellement, le FN avait obtenu ses deux premiers sièges. "Cela montre bien que l'attractivité qu'ils avaient pu avoir en 2014 est aujourd'hui étiolée, estime Jean-Daniel Lévy. Ils avaient réussi à être identifiés comme des acteurs des territoires, mais, aujourd'hui, ils ont recentré leur discours sur l'immigration et la sécurité, et ne parlent plus du tout de service public."

"Ce n'est pas une surprise, c'est un scrutin presque impossible pour le FN, il aurait fallu des circonstances vraiment particulières", relativise Bruno Jeanbart. Marine Le Pen a malgré tout souligné "une vraie progression en voix dans de nombreux départements" pour son parti par rapport à 2011. "Tout ceci me renforce dans l'idée que l'implantation locale est une absolue priorité", a déclaré la présidente du FN.

5Larcher a un boulevard pour la présidence

Depuis 2014, la présidence du Sénat est acquise aux Républicains. Gérard Larcher, candidat depuis plusieurs semaines à sa propre succession, s'est fait élire facilement dans les Yvelines. "Les grands électeurs ont conforté la majorité sénatoriale", s'est réjoui dans son discours de victoire le grand favori pour "le plateau" du Sénat, l'équivalent du "perchoir" de l'Assemblée.

"Je n'ai pas l'impression qu'il y ait du suspense, juge en conséquence Jean-Daniel Lévy. Il n'y a pas de véritable compétiteur en face. Je n'ai pas entendu de candidat sérieux se déclarer." Par le passé, Gérard Larcher a été contraint de batailler face à un poids lourd de son camp, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Cette fois, la voie semble libre "à moins d'une grande coalition entre les centristes, le groupe LREM et une partie de la gauche pour lui faire barrage, mais j'y crois assez peu", note Bruno Jeanbart.

6La réforme de la Constitution se complique

Sur le plan législatif, alors que s'annoncent les gros textes budgétaires, le résultat des sénatoriales n'empêchera pas l'exécutif d'appliquer son programme, l'Assemblée nationale ayant de toute façon le dernier mot. Mais cette déroute pourrait compliquer la tâche d'Emmanuel Macron pour sa réforme constitutionnelle.

Le président de la République a annoncé vouloir limiter le cumul des mandats dans le temps, réduire d'un tiers le nombre de députés et sénateurs, supprimer de la Cour de justice de la République ou encore réformer le Conseil supérieur de la magistrature. Sur tous ces sujets (à l'exception de la réduction du nombre de députés), une réforme constitutionnelle doit en effet être adoptée "en termes identiques" par le Sénat et l'Assemblée, selon l'article 89 de la Constitution. Et c'est le seul domaine où le Sénat peut traiter d'égal à égal avec l'Assemblée nationale. Si la révision franchit cette étape, elle devra encore être adoptée, soit par un Congrès à une majorité des 3/5e des suffrages exprimés soit par référendum.

Selon les calculs de franceinfo, il manque environ 180 voix pour atteindre la majorité des 3/5e, nécessaire à toute révision constitutionnelle. Mais un responsable de la majorité, interrogé par l'AFP, veut cependant rester "raisonnablement optimiste""Le paysage politique est morcelé, on verra combien de LR vont partir chez les Constructifs", note-t-il. Un ministre juge que les 3/5e "peuvent se trouver partout" et que "les réformes [constitutionnelles] sont plutôt admises par tout le monde". "Je pense que Gérard Larcher – qui devrait être réélu président – a envie que le Sénat pèse et ne soit pas une force d'obstruction", espère un responsable de la majorité.

La révision constitutionnelle reste faisable si nous n'arrivons pas avec de gros sabots en disant au Sénat : 'C'est à prendre ou laisser.'

Un responsable de la majorité

à franceinfo