Comment les frondeurs ont brisé l'unité (de façade) du PS

La direction du PS souhaitait afficher l'image d'un parti rassemblé lors du congrès, mais l'aile gauche a tenu sa promesse de ne pas "rentrer dans le rang". Récit d'un week-end de fronde.

Le député Christian Paul s'exprime face à la presse lors du congrès du PS à Poitiers (Vienne), le 5 juin 2015.
Le député Christian Paul s'exprime face à la presse lors du congrès du PS à Poitiers (Vienne), le 5 juin 2015. (MEHDI FEDOUACH / AFP)

Envoyé spécial à Poitiers (Vienne),

Mis à jour le , publié le

Les premières fissures sont apparues dès vendredi. En ce premier jour du congrès – officiellement "apaisé" – du PS, les frondeurs laissaient déjà entendre leur mécontentement, en refusant de s'associer à une résolution sur l'Europe. Le fragile édifice du rassemblement socialiste s'est définitivement effondré dans la soirée, samedi 6 juin, quand l'aile gauche du parti a annoncé refuser de signer un autre texte : "L'Adresse au peuple de France", voulue par Jean-Christophe Cambadélis.

Après des mois de bisbilles internes, le document devait être un symbole de l'unité retrouvée du parti, marquée par la victoire de la motion A, portée par le premier secrétaire du PS et signée par Manuel Valls et la quasi-totalité des ministres.

Sauf que les frondeurs souhaitaient que le texte "reconnaisse le mécontentement des Français" et, surtout, qu'il reprenne "les demandes d'inflexion de la politique gouvernementale". "La direction a refusé ces demandes et nous ne pouvons dans ces conditions cautionner un rassemblement sans fond", justifie la motion B. "Ils ont essayé de nous enfumer", expliquait un peu plus tôt à francetv info la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann.

Valls évite les huées

Pourtant, quelques heures plus tôt, Manuel Valls avait voulu resserrer les rangs, avec un discours sur un ton résolument rassembleur. Critiqué dans son propre camp, le Premier ministre s'est appliqué à donner des gages de socialisme, en évitant soigneusement de trop appuyer sur les sujets qui fâchent à la gauche du parti.

J'aime les socialistes et je sais ce que je vous dois.

Manuel Valls

Sans prendre de risque, le Premier ministre est parvenu à obtenir des salves d'applaudissements de la salle et, même, une standing ovation à l'évocation de François Hollande. Rien à voir avec l'ambiance des dernières universités d'été de La Rochelle, en août dernier, où les sifflets étaient venus perturber son discours. Cette fois-ci, certains frondeurs avaient préféré déserter la salle : "Comme on ne pouvait pas exprimer notre opposition, à la demande des chefs, on a préféré sortir et aller à la buvette", a expliqué un signataire de la motion B au Lab d'Europe 1.

Elles auront mis du temps à venir, mais les huées sont arrivées plus tard, au moment du discours d'un membre du gouvernement de Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen. A la tribune, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement a évoqué la situation d'un autre Premier ministre, le Grec Alexis Tsipras, confronté à "une gauche radicale qui n'accepte pas une gauche réformiste". Clameurs dans la salle. "Vous sifflez qui mes camarades, vous sifflez qui ? Tsipras ou la gauche ?", a répondu Jean-Marie Le Guen. "Ce sont des vérités qui ne sont pas toujours faciles à rappeler mais je ne vois pas pourquoi dans ce congrès nous ne serions pas capables de le faire."

Le PS, future "machine à broyer les idées" ?

A la tribune samedi, les frondeurs ne se sont pas privés pour rappeler leurs vérités. Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Benoît Hamon... tous sont allés de leur petit message au gouvernement. "Les Français ne sont pas d'accord avec des politiques libérales, fussent-elles qualifiées de sociales-libérales", a notamment lancé la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann sous les applaudissements. "La mission du PS, c'est aussi de veiller au respect de nos engagements", a réclamé pour sa part Christian Paul. Le chef de file de la motion B a appelé le PS à regarder vers l'Espagne, avec l'exemple du succès de Podemos.

Quand la gauche se rassemble sur un programme de gauche, elle bat la droite.

Christian Paul

A défaut de changer, la veille, le député livrait une sinistre prophétie pour l'avenir du Parti socialiste, craignant qu'il ne devienne "une machine à broyer les idées et les hommes". "Si on n'y prend pas garde", prévenait-il, le PS risque de de se transformer "en petit parti de centre-gauche sans allié avec 30 000 adhérents".

Montebourg met en garde contre "le désastre"

Ne manquait qu'Arnaud Montebourg, mais l'ancien ministre s'est finalement rappelé aux bons souvenirs de ses camarades, dimanche, avec une tribune dans le JDD, cosignée avec le banquier Matthieu Pigasse. "Est-il encore possible de sauver ce quinquennat et de le rendre enfin utile à notre pays ? Est-il encore possible d'éviter le désastre politique et moral pour cette gauche de gouvernement qui semble avoir abandonné la France ?, lancent-ils. Hébétés, nous marchons droit vers le désastre." 

En fin de journée samedi, Christian Paul s'est rendu à l'hôtel de ville de Poitiers, où dînait Jean-Christophe Cambadélis, pour lui délivrer un message, rapporte France 3 Poitou-Charentes. "Je suis venu lui souhaiter bonne chance pour [dimanche]", a expliqué le député. Il en faudra au premier secrétaire du PS pour tenter de sauver l'apparence d'unité dans son discours de clôture du congrès, prévu à la mi-journée.