Le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ont-ils bien fait de négocier un accord programmatique et électoral à six mois de la présidentielle ? La cacophonie dans laquelle a été trouvé le compromis cette semaine permet d'en douter. La plupart des acteurs du dossier y ont perdu des plumes.

• François Hollande, le cafouillage

Ce qu'il gagne. Pas grand-chose. Le candidat socialiste à la présidentielle a néanmoins réussi à ne pas céder à la pression des écologistes sur la sortie du nucléaire et l'abandon de l'EPR de Flamanville (Manche). Une manière de faire preuve de fermeté, après avoir été taxé de mollesse durant la primaire socialiste. 

Ce qu'il perd. Mercredi, François Hollande dévoile son équipe de campagne et appelle ses lieutenants à parler d'une seule voix, pour éviter tout imbroglio. Parfaitement loupé ! L'un de ses porte-parole, Bernard Cazeneuve, se révèle être à l'origine du retrait du paragraphe sur le combustible nucléaire MOX, point de départ de quarante-huit heures de cacophonie entre le PS et les écolos. Et tandis que Manuel Valls assure mercredi que la filière MOX doit être maintenue, Michel Sapin transmet jeudi un communiqué indiquant sa diminution progressive. "Je ne m'explique pas ce cafouillage", reconnaît ce dernier dans Libération. En attendant, la droite a aussitôt saisi la balle au bond : le ministre Bruno Le Maire a pointé "une incapacité à faire des choix clairs", et son collègue Eric Besson a dénoncé "un amateurisme effrayant", "une affaire de pieds nickelés".

• Martine Aubry, la brouille parisienne

Ce qu'elle gagne. Un mois après sa nette défaite à la primaire socialiste, Martine Aubry a montré qu'elle avait bel et bien retrouvé ses habits de patronne de parti. Parmi les négociateurs chargés de discuter avec EELV, ce sont ses proches qui ont gardé la main. Et la première secrétaire du PS a montré qu'elle jouissait d'un lien privilégié avec son homologue écologiste Cécile Duflot, dont elle demeure plus proche que François Hollande sur la question du nucléaire. 

Ce qu'elle perd. Cette proximité lui a coûté une violente charge de la plupart des élus socialistes de Paris. Contre leur avis, la patronne du PS a en effet appelé le bureau national du parti à geler la 6circonscription de la capitale en faveur de Cécile Duflot pour les législatives. Mais voilà, les socialistes parisiens redoutent plus que jamais une candidature de la secrétaire nationale d'EELV aux municipales de 2014"Ils me prennent vraiment pour un con !", a fulminé le maire de la capitale, Bertrand Delanoë. "Que je ne te croise plus jamais !", a prévenu sa dauphine, Anne Hidalgo, à Martine Aubry, dont elle était pourtant la porte-parole durant la primaire. 

• Cécile Duflot, sa carte perso 

Ce qu'elle gagne. Sur le plan personnel, la patronne des écolos peut avoir le sourire. Grâce à l'accord électoral qu'elle a obtenu, elle peut désormais poser ses valises à Paris l'an prochain. Et commencer à rêver de la mairie que Bertrand Delanoë quittera en 2014. Autre point de satisfaction : le PS appellera à voter pour le candidat écologiste dans 10 % des circonscriptions. L'assurance pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV) d'avoir au minimum une quinzaine de députés en 2012, et donc un groupe parlementaire autonome, y compris en cas de défaite de la gauche aux législatives.

Ce qu'elle perd. Cet accord, la secrétaire nationale d'EELV l'a obtenu au prix de nombreuses concessions. Sur le fond, le texte ne prévoit ni la sortie du nucléaire, ni l'abandon de l'EPR de Flamanville. "Si François Hollande dit non pour arrêter le chantier de Flamanville, il n'y aura pas d'accord", avait pourtant prévenu la candidate à la présidentielle Eva Joly début novembre. Un désaveu de la part de Cécile Duflot ? Cela y ressemble fortement. La patronne d'EELV assurait pourtant dimanche être "prête à n'avoir aucun député si ça nous oblige à renier nos convictions les plus profondes". La vérité d'un jour n'est visiblement pas celle du lendemain.

• Eva Joly, isolée comme jamais

Ce qu'elle gagne. Rigoureusement rien !

Ce qu'elle perd. Absolument tout ! L'accord négocié par Cécile Duflot et son numéro deux, Jean-Vincent Placé, avec le PS s'est fait sans concertation avec la candidate écologiste. Et l'ultimatum qu'elle avait posé n'a absolument pas été respecté par ses propres amis. Dépitée, "choquée par le caractère vaudevillesque" des négociations, elle a assuré, par la voix de son directeur de campagne, Sergio Coronado, dans Paris-Match, que "cet accord ne la concern[ait] pas". Et a décidé de prendre ses distances. A des journalistes, jeudi 17 novembre, le député EELV Yves Cochet a indiqué qu'Eva Joly préférait observer un régime médiatique parce qu'elle avait "peur" de leurs questions. Et quelques heures plus tôt, Noël Mamère avait reconnu qu'"elle s'interrog[eait]" sur sa candidature. Ambiance...