SUCCESSION A L'UMP – Situation ubuesque au terme du congrès de l'UMP. François Fillon et Jean-François Copé ont chacun revendiqué leur victoire à l'élection pour la présidence du parti, dimanche 18 novembre, peu après 23h30.

> INFOGRAPHIE. Qui de Copé ou de Fillon a gagné dans votre département ?

"Nous avons remonté tous les résultats (…). Ces résultats me donnent une courte victoire", a déclaré François Fillon après que Jean-François Copé eut lui aussi affirmé qu'il était vainqueur. "Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants", a ajouté l'ancien Premier ministre lors d'une conférence de presse depuis son QG de campagne, revendiquant 224 voix d'avance.

(France 2)

"Les militants de l'UMP m'ont accordé la majorité de leurs suffrages", avait déclaré quelques minutes plus tôt Jean-François Copé, lors d'une conférence de presse au siège du parti. "Mon appel à la résistance a été très largement reçu par les uns et les autres. (…) Je souhaite travailler main dans la main avec François Fillon et tous ceux qui ne m'ont pas soutenu", avait-il ajouté, plusieurs de ses proches affirmant que le secrétaire général de l'UMP totalisait un millier de voix de plus que son concurrent.

(France 2)

1Un futur président à la faible légitimité

Premier enseignement à retenir de ce "résultat" : quel que soit le nom du vainqueur qui sera finalement proclamé par la commission électorale de l'UMP (Cocoe) dans les heures ou les jours à venir, celui-ci n'aura qu'une légitimité fragile. Alors que les sondages effectués durant la campagne auprès de l'ensemble des sympathisants attribuaient une large avance à François Fillon, les adhérents, eux, se sont en fait montrés beaucoup plus partagés.

Avec un score aussi serré que celui qui sera annoncé dans les heures prochaines, la tentation sera donc grande de parler d'un parti scindé en deux. Avec une aile "décomplexée" incarnée par Jean-François Copé, et une autre plus "modérée" portée par François Fillon. Et donc, à l'arrivée, sans leader incontesté.

2Une participation satisfaisante, entachée par de multiples accusations de fraudes

Avant cette soirée de dépouillement confuse, l'UMP avait pourtant de quoi se réjouir : alors que le parti se demandait si les militants allaient s'emparer du scrutin, la participation est apparue très satisfaisante. Sur les quelque 260 000 à 300 000 adhérents appelés aux urnes, les résultats définitifs devraient montrer qu'une nette majorité a pris part au vote.

Mais, dès la clôture des bureaux de vote, cette bonne nouvelle a été entachée par de multiples accusations de fraudes dans les deux camps. Les proches de Jean-François Copé ont ainsi affirmé avoir constaté des "irrégularités" à Nice, fief des fillonistes Christian Estrosi et Eric Ciotti, ainsi qu'à Paris, où François Fillon est élu. Les proches de l'ancien Premier ministre, eux, ont annoncé qu'ils saisissaient la commission électorale pour des irrégularités imputées aux copéistes dans les Bouches-du-Rhône, la Seine-et-Marne, la Haute-Garonne, le Gers et le Gard.

 

De quoi donner l'image d'un parti qui se déchire en public, à l'instar du Parti socialiste et de son délétère congrès de Reims de 2008, au cours duquel Martine Aubry et Ségolène Royal s'étaient longuement disputé la victoire. Plusieurs jours après le vote, la seconde avait fini par concéder malgré elle sa défaite, une "commission de récolement" proclamant l'élection de Martine Aubry avec 102 voix d'avance, en dépit des tricheries dénoncées par les partisans de l'ancienne candidate à la présidentielle. 

3Nicolas Sarkozy, vrai vainqueur du congrès ?

Toujours est-il que ce déchirement du parti pourrait pleinement profiter à… Nicolas Sarkozy. Six mois après la défaite de l'ancien chef de l'Etat à l'élection présidentielle, les enquêtes d'opinion ont toutes révélé une très forte "sarko-nostalgie" à droite. Dans un sondage Ifop (PDF) publié le 11 novembre, pas moins de 64% des sympathisants UMP disaient souhaiter un retour de Nicolas Sarkozy en vue de la présidentielle de 2017. Soit onze points de plus que trois mois plus tôt !

Alors qu'aucun leader ne sortira du duel Copé-Fillon, cette hypothèse du recours devrait logiquement se voir renforcée. Ce que certains, comme le député Lionnel Luca ou le leader de la motion "La droite forte" Guillaume Peltier, n'ont pas manqué de relever dès dimanche soir :