Au Front national, rares étaient ceux qui croyaient réellement à la qualification de leur candidate pour le second tour de l'élection présidentielle. Même si le score de Marine Le Pen était sous-estimé par les instituts de sondage, l'écart sur François Hollande et Nicolas Sarkozy apparaissait trop important pour espérer réitérer l'exploit de Jean-Marie Le Pen en 2002. Mais en obtenant 17,9% des voix, dimanche 22 avril, le FN a fait un score historique.

"Face à un président sortant à la tête d'un parti considérablement affaibli, nous sommes désormais la seule et véritable opposition à la gauche ultralibérale, laxiste et libertaire", s'est enthousiasmée Marine Le Pen aussitôt les premiers résultats annoncés, dévoilant sa stratégie pour la suite : faire imploser l'UMP et récupérer dans ses filets de nombreux éléments de l'actuel parti présidentiel. Car à droite, une défaite risque d'ouvrir la porte à une guerre des chefs entre Jean-François Copé, Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand… "Ça va être épouvantable", salive déjà la candidate FN.

D'autant que les élections législatives de juin s'annoncent d'ores et déjà très compliquées pour l'UMP. Selon un décompte effectué par l'association Regards citoyens, si le Front national réitérait le 10 juin les scores obtenus le 22 avril par Marine Le Pen, il serait en mesure d'être au second tour dans 353 des 577 circonscriptions. Avec, à la clé, de multiples triangulaires PS-UMP-FN, bien plus défavorables au parti présidentiel qu'aux socialistes.

"On pourrait très bien voter Hollande en se bouchant le nez"

Pour accélérer cet éclatement de la droite, le Front national peut donc miser une victoire de François Hollande le 6 mai. "Après tout, les socialistes ont voté Chirac au second tour en 2002 en se bouchant le nez : on pourrait très bien voter Hollande en se bouchant le nez aussi. Car si on fait tomber le président sortant, on provoque une recomposition de la droite autour de Marine Le Pen", résume David Chevrier, candidat FN aux législatives dans le Val-d'Oise, interrogé sur France Info. 

La présidente du FN, Marine Le Pen, tient une conférence de presse avec trois de ses conseillers (Steeve Briois, Florian Philippot et Louis Aliot, de g. à d.), le 6 octobre 2011 au siège du Front national.
La présidente du FN, Marine Le Pen, tient une conférence de presse avec trois de ses conseillers (Steeve Briois, Florian Philippot et Louis Aliot, de g. à d.), le 6 octobre 2011 au siège du Front national. (CHAMUSSY / SIPA)

"D'un point de vue tactique, ce serait effectivement bon pour le FN. Mais d'un point de vue politique, ce serait mauvais pour la France", relativise l'eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch. "En l'état actuel des choses", les consignes de vote du FN ne pourraient pas donc être autre chose que "ni Sarkozy, ni Hollande", tranche le numéro 2 du parti, Louis Aliot. Les électeurs frontistes ne peuvent "pas choisir entre deux candidats interchangeables", confirme Florian Philippot, directeur de campagne de Marine Le Pen.

Une décision qui devait être entérinée collectivement dans une réunion à huis clos, lundi 23 avril dans l'après-midi, au siège du Front national, à Nanterre (Hauts-de-Seine). Et que la patronne du FN devrait défendre le 1er mai, lors du traditionnel hommage rendu à Jeanne d'Arc.