Civilisations : Claude Guéant persiste, signe et donne des exemples

Le ministre de l'Intérieur a suscité un tollé samedi en déclarant que "toutes les civilisations ne se valent pas". Il a maintenu ses propos dimanche. FTVi retrace le déroulé de la polémique.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant à l'Assemblée nationale (Paris) le 31 janvier 2012.
Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant à l'Assemblée nationale (Paris) le 31 janvier 2012. (PATRICK KOVARIK / AFP)

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Une nouvelle polémique est à mettre sur le compte de Claude Guéant, habitué des petites phrases chocs. Le ministre de l'Intérieur a suscité un tollé en déclarant samedi 4 février que "toutes les civilisations ne se valent pas".

Il a maintenu ses propos dimanche malgré une série de réactions indignées. Quel a été le déclencheur de la polémique et quelle est la position de chacun ? FTVi revient sur le déroulé de l'affaire.

• Acte I : des propos à huis clos qui circulent vite

Le ministre de l'Intérieur s'exprime lors d'un discours sur la République dans le cadre d'un colloque organisé samedi par l'association étudiante de droite Uni. La réunion n'est pas ouverte au médias, mais sa petite phrase fuite rapidement.

Elle se répand sur internet notamment via le site Fréquence ESJ, lié à l'Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Paris, qui l'a d'abord rapportée au conditionnel. La citation est ensuite confirmée dans la soirée par l'entourage de Claude Guéant, avant que l'AFP ne se procure l'ensemble du discours.

Le ministre y appelle à "protéger notre civilisation" et explique :"Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas". "Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique".

• Acte II : la gauche et les association s'indignent

Dès la mise en ligne des propos du ministre samedi soir, les réactions outrées se succèdent. Pour la gauche, il s'agit clairement d'une tentative de glaner des voix du Front national, à moins de 80 jours du premier tour de la présidentielle. 

Cécile Duflot, la secrétaire générale d'Europe Ecologie-Les Verts, parle d'un "retour en arrière de trois siècles" sur Twitter. Harlem Désir, numéro 2 du PS, y voit une "provocation pitoyable".

SOS Racisme "espère un démenti urgent""Si ces [propos], très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l'Intérieur en fonction, ils marqueraient une nouvelle étape dans une dérive vers des extrêmes inacceptables, structurés notamment par des logiques d'infériorisation de l'Autre".

• Acte III : la droite vient au secours du ministre

Devant les réactions scandalisées, l'entourage du ministre explique que "l'enjeu [du discours de Claude Guéant] était de condamner les civilisations qui ne respectent pas la liberté de conscience, la liberté d'expression et l'égalité entre les hommes et les femmes".

Puis c'est au tour de plusieurs représentants de la majorité de venir à son secours. Le ministre du Travail Xavier Bertrand trouve ainsi "surprenant" que ces déclarations "fassent polémique". "Accepter l'idée que n'importe quelle autre valeur égale les nôtres conduit un jour des hommes à collaborer avec ceux qui mettent des juifs dans des trains", a lâché pour sa part Philippe Juvin, secrétaire national de l'UMP, dans un communiqué.

Acte IV : Claude Guéant "ne regrette pas" ses propos

Alors que la polémique enfle, le ministre déclare dimanche sur RTL "ne pas regretter" ses déclarations, accusant la gauche de "continuer à extraire des petites phrases de leur contexte et [d'enlever] ainsi la dignité du débat démocratique". 

Pour étayer son propos, Claude Guéant a cité sur France Inter deux exemples. "Se pose la question de l'interdiction du voile intégral à l'Assemblée nationale. Eh bien, la majorité vote l'interdiction du voile intégral et le Parti socialiste ne participe pas au vote". "Autre exemple, poursuit le ministre, les prières de rue [autour des mosquées]. J'ai entendu un responsable socialiste très important dire que ça ne gêne personne; mais si, ça gêne beaucoup de Français. (...) Nous, nous avons interdit la prière de rue" qui "est une expression de civilisation"."

Il affirme cependant ne viser "aucune culture en particulier."