Le président de l'UMP a fini par céder. Alors que de plus en plus de ténors du parti appelaient ces derniers jours à faire l'inventaire du sarkozysme, une idée à laquelle il était très réticent, Jean-François Copé accepte d'ouvrir un débat "sérieux et objectif" sur le bilan de l'ancien chef de l'Etat. Dans un entretien accordé à Corse-Matin, samedi 17 août, le président de l'UMP pose toutefois deux conditions : que ce débat ne se "transforme" pas "en procès" contre Nicolas Sarkozy et François Fillon, et "qu'il serve exclusivement l'avenir"

Pas plus tard que jeudi, pourtant, Jean-François Copé se montrait une nouvelle fois circonspect face à ceux qui, à l'instar de Laurent Wauquiez, Jean-Pierre Raffarin ou encore Luc Chatel, appelaient à ouvrir cet inventaire. "Je trouve assez baroque tous ces anciens Premier ministre ou ministre qui éprouvent un pressant besoin de faire l'inventaire de l'action qu'ils ont eu la charge de conduire pendant cinq ans sans rien dire", déclarait-il, interrogé par Le Monde (article payant).

Une idée de plus en plus populaire à l'UMP

Dès juin 2012, Roselyne Bachelot avait été la première à réclamer cet inventaire du sarkozysme. "La lucidité est toujours douloureuse. Mais celui qui ne pratiquera pas la lucidité, bâtira la construction sur du sable", plaidait l'ancienne ministre de la Santé. A l'époque, cette sortie lui avait valu une volée de bois vert. "Le reniement est interdit !" avait par exemple sèchement répliqué le député-maire de Nice, Christian Estrosi. 

Depuis, l'idée a pourtant fait son chemin, et a rencontré de plus en plus d'adeptes. En février, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait ainsi listé les raisons pour lesquelles, à ses yeux, Nicolas Sarkozy n'avait pas été réélu en 2012. Début juillet, dans un discours qui avait suscité de nombreux commentaires, François Fillon avait, à son tour, fait le bilan de ce qui n'avait pas fonctionné entre 2007 et 2012.

Et ces derniers jours, les appels à ouvrir cet inventaire se sont multipliés. Les deux vice-présidents du parti, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, notamment, ont plaidé en faveur d'un bilan du quinquennat. "On ne construit pas un avenir sans tirer les leçons du passé", argumente Wauquiez. Une opinion partagée par les députés et les anciens ministres Valérie Pécresse, Rachida Dati, Patrick Devedjian ou Pierre Lellouche.

"Aujourd'hui, les conditions sont réunies", selon Copé

Frileux à l'égard de cette idée – il redoute que le débat tourne à "l'autoflagellation" –, Jean-François Copé s'y est finalement rallié, bon an mal an. La page douloureuse de l'affrontement avec François Fillon étant tournée, "les conditions sont réunies pour faire un travail sérieux et objectif", justifie le président du parti. "Nous devons pointer du doigt ce que nous n’avons pas osé faire et en tirer les conséquences. Mais nous dirons aussi aux Français : voilà ce que nous avions fait, les socialistes l’ont défait, regardez le résultat", conclut-il. 

Pas sûr, pourtant, que ce débat séduise les plus fervents sarkozystes. Contacté par francetv info, le député Patrick Balkany, proche parmi les proches de l'ancien chef de l'Etat, ne cache pas son agacement : "Si on fait un bilan, on n'est pas tourné vers l'avenir, juge-t-il. Copé ferait mieux de faire l'inventaire des conneries de la gauche depuis un an. D'ailleurs, pendant les vacances, le silence des dirigeants de l'UMP est assourdissant." 

Un avis partagé par le député Lionnel Luca. "La droite a mieux à faire que de s'autoflageller sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy : s'opposer et proposer en tenant compte des erreurs passées suffisentAprès le déchirement des élections, c'est une idée géniale de s'en remettre une couche avec le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy !", s'agace-il sur Twitter.

A l'UMP, la rentrée politique risque de connaître quelques turbulences.