A quoi ressemblerait la France de Nicolas Dupont-Aignan ?

Le candidat souverainiste veut, entre autres, renégocier les traités européens, inciter les entreprises à relocaliser leur production en France et réduire drastiquement le nombre d'immigrés illégaux.

Le candidat de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d\'un meeting à Paris, le 9 mars 2017.
Le candidat de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d'un meeting à Paris, le 9 mars 2017. (CHRISTOPHE BONNET / CITIZENSIDE / AFP)
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Camille CaldiniFrance Télévisions

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Le souverainiste se présente pour la seconde fois. Nicolas Dupont-Aignan, 55 ans, président de Debout la France (1,79% en 2012), se pose en alternative entre Marine Le Pen et François Fillon. Il entend défendre "les Français", avec une politique protectionniste, une gestion migratoire stricte et un projet sécuritaire.

Franceinfo a épluché son programme, pour vous décrire la France rêvée de Nicolas Dupont-Aignan.

Economie : "label Tricolore" et baisse d'impôts

Au cœur de son programme économique, Nicolas Dupont-Aignan place la préférence nationale et les petites entreprises. Il propose notamment de réduire de moitié l’impôt sur les bénéfices lorsqu'ils sont réinvestis sur le sol français et de supprimer la directive "travailleurs détachés" qui, selon lui, "légalise le travail low cost". Il veut créer un "label Tricolore" pour les produits fabriqués en France et ceux qui respectent "des normes de qualité sociale et environnementale" et, au contraire, taxer les importations qui ne respectent pas ces normes.

Le candidat entend en outre, grâce à un "Buy French Act", réserver les trois quarts des marchés publics aux entreprises qui produisent en France, et inciter les entreprises à relocaliser sur le territoire national avec un "fonds de relocalisation" doté de 10 milliards d'euros.

Pour les PME, Nicolas Dupont-Aignan veut par ailleurs réserver la moitié des commandes publiques et élargir le dispositif de crédit d'impôt recherche. Il envisage également, dans son projet, de nommer un "dirigeant de PME au poste de ministre de l'Economie", dont le nom n'est pas encore connu, contrairement à d'autres personnalités annoncées dans son livre-programme, Mon agenda de président

Au nom du pouvoir d'achat des Français, Nicolas Dupont-Aignan souhaite baisser des charges salariales en les réduisant de 30%, sur cinq ans, dans le but de voir augmenter les salaires de 10% net. Parmi les mesures plus discrètes de son projet : "Payer les salaires tous les 15 jours afin de réduire les découverts."

Le candidat de Debout la France souhaite aussi "favoriser l'accession sociale à la propriété", en proposant "des contrats de location accession qui transforment le loyer mensuel en mensualités de remboursement anticipé". Côté fiscalité, NDA envisage de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, de baisser l’impôt sur le revenu de 10% et de "supprimer les droits de succession jusqu'à 500 000 euros".

Les pensions de retraites "les plus modestes" seront augmentées de 100 euros par mois et indexées sur l'inflation, promet Nicolas Dupont-Aignan, qui ne touchera pas à l'âge minimum de départ en retraite, ni à la durée de cotisation. Les retraités étrangers en situation régulière, en revanche, seront soumis à "une durée de cotisation minimale de 10 ans" pour percevoir l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa).

La France rêvée de Nicolas Dupont-Aignan serait aussi un "paradis des chercheurs", écrit-il dans son programme, puisqu'il souhaite consacrer 3% du PIB à la recherche. Le candidat veut développer la recherche dans des domaines divers : fission et fusion nucléaire, stockage d'énergie, ordinateurs quantiques…

Europe : "dénoncer les traités européens"

En numéro un dans la liste de propositions en matière d'affaires européennes : "Mettre fin immédiatement au processus d'accession de la Turquie à l'Union européenne". Plus généralement, Nicolas Dupont-Aignan veut arrêter l'élargissement de l'UE.

Comment financer à la fois des baisses d'impôts, la hausse des pensions de retraites et la relocalisation d'entreprises ? Notamment en ne versant "plus 8 milliards d’euros par an en excédent à l'Union européenne", assure le candidat souverainiste. "Entre l'application servile des traités par Macron et Fillon, s'ils étaient élus, et le Frexit de Marine Le Pen, il y a une voie raisonnable", assure-t-il au Parisien. Il veut d'abord "dénoncer les traités européens les plus contraires à l'indépendance de la France" et "renégocier avec nos partenaires", écrit-il dans son projet.

Cela va jusqu'à transformer l'Union européenne en "Communauté des Etats européens" et "passer d'une monnaie unique à une monnaie commune", avec des "eurofrancs, des euromarks". Et si les pays membres de l'Union européenne ne sont pas d'accord ? "Je ferai ce qu'a fait le général de Gaulle, la chaise vide. Et si nos partenaires ne cèdent pas avant fin septembre 2017, nous nous en irons. J'organiserai un référendum", assure-t-il au Parisien.

Immigration : "contrôles aux frontières" et "refonte du droit d'asile"

Dans la lignée de sa politique hostile à l'Union européenne telle qu'elle existe, Nicolas Dupont-Aignan souhaite rétablir les contrôles aux frontières et recruter, pour cela, "10 000 policiers de l'air et des frontières". C'est la fin du système Schengen et le début d'une politique très restrictive en matière d'immigration, par laquelle Nicolas Dupont-Aignan pense "remettre de l'ordre".

Le candidat veut en effet "interdire les mariages avec les étrangers en situation irrégulière", "simplifier l'éloignement des étrangers en situation irrégulière", "voter chaque année un plafond d'immigration", "durcir les règles du regroupement familial", "refondre totalement le droit d'asile", "durcir les conditions d'accès à la naturalisation", "supprimer l'enseignement des langues et cultures d'origine en primaire". Il veut en outre imposer un "délai de carence de 5 ans pour les aides aux étrangers", supprimer l'Aide médicale d'Etat, et créer une "double peine automatique" en expulsant "tout étranger condamné à une peine de prison".

Dans le même chapitre, intitulé "cohésion nationale", Nicolas Dupont-Aignan vise particulièrement aux musulmans en voulant "promouvoir un contrat en six points avec les imams et responsables d'associations musulmanes". Dans ce contrat, le candidat souhaite notamment interdire le financement étranger des mosquées et mettre fin à l'abattage rituel des animaux. 

Sécurité : "40 000 places de prison" et un bagne aux Kerguelen

En plus de la fermeture des frontières, s'il est élu, Nicolas Dupont-Aignan veut recruter 30 000 policiers, gendarmes, douaniers et "effectifs mobiles" pour "relayer les effectifs militaires mobilisés sur l’opération Sentinelle". Pour lutter contre le terrorisme, il entend s'inspirer des "meilleures pratiques mondiales". Cela signifie, selon lui, "autoriser le port permanent de l'arme pour les personnes habilitées (policiers, gendarmes, douaniers, certains militaires)", renforcer la protection des aéroports internationaux, des grandes gares et des transports publics "et autres cibles", "créer une Cour de sûreté de la Nation" pour les affaires de terrorisme. 

Le président de Debout la France prévoit de construire 40 000 places de prison et de rétablir les peines planchers. En outre, il souhaite créer des "établissements pénitentiaires éloignés". Après avoir longtemps souhaité la réouverture du bagne de Cayenne (Guyane) pour les terroristes et jihadistes, Nicolas Dupont-Aignan envisage désormais de construire une prison sur les îles Kerguelen, un archipel français battu par les vents situé à environ 12 000 km de l'Hexagone, dans le sud de l'océan Indien. "Je considère qu’on ne peut pas prendre le risque d’avoir des bombes volantes sur notre sol", justifie-t-il.

Santé : consultation à 35 euros chez les généralistes et suppression du tiers payant

Pour lutter contre les déserts médicaux, le candidat à l’élection présidentielle souhaite augmenter le numerus clausus des médecins à 10 000 par an, et baisser les cotisations des praticiens qui s’installent dans ces déserts médicaux. S'il est élu, le prix de la consultation chez un généraliste grimpera à 35 euros (contre 25 euros actuellement), et le tiers payant généralisé par Marisol Touraine sera supprimé.

Nicolas Dupont-Aignan propose, par ailleurs, de rembourser intégralement les prothèses dentaires et "une paire de lunettes tous les quatre ans". Lors d'un grand oral organisé par la Mutualité française sur la question de la santé, il a expliqué vouloir passer à un régime général de Sécurité sociale unique, basé sur celui mis en place en Alsace-Moselle. "Il ne s’agit pas d’exclure les complémentaires santé ou les assurances, mais de mettre un coup d’arrêt à ce maquis, à ce manque de transparence." 

Le candidat de Debout la France a aussi promis de "faire de la dépendance et du handicap deux grandes causes nationales". Son programme dispose d'un volet entier consacré à la question du handicap, dans lequel il s'engage notamment à revaloriser l'Allocation adulte handicapé (AAH) de 200 euros, afin que "plus aucune personne en situation de handicap ne vive sous le seuil de pauvreté".

Vie publique : "retour au septennat" et référendum d'initiative populaire

Celui qui défend une "France libre" veut "rendre le pouvoir aux Français". Comment ? En réformant les institutions. Nicolas Dupont-Aignan souhaite autoriser le référendum d’initiative populaire dès "qu’un projet est soutenu par 500 000 personnes inscrites sur les listes électorales". En même temps que les élections législatives, Nicolas Dupont-Aignan voudrait organiser quatre référendums, sur les institutions, les frontières, "l'impunité zéro", la refondation de l'école, annonce-t-il dans son livre-programme.

Le candidat de Debout la France envisage aussi de réduire à 400 le nombre de députés (au lieu de 577 actuellement) et à 200 le nombre de sénateurs (au lieu de 348). Il souhaite exiger que tous les candidats à un mandat présentent un "casier judiciaire vierge". Il veut rémunérer les élus des deux assemblées en fonction de leur présence effective et supprimer les "privilèges et avantages indus des anciens présidents, Premiers ministres, ministres et des élus en général".

Le candidat de Debout la France souhaite également "revenir au septennat", et introduire "une dose de proportionnelle" pour élire un quart des députés. Surtout, il veut prendre en compte le vote blanc "pour respecter le sentiment populaire"  : si le vote blanc dépasse 50% lors d’une élection, le scrutin sera reporté et les candidats battus ne pourront pas se représenter.