Présidentielle : quatre questions sur l'Alliance bolivarienne, que Jean-Luc Mélenchon veut rejoindre

Le leader de la France insoumise est critiqué pour sa volonté de rejoindre cette association économique qui regroupe des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, comme Cuba ou le Venezuela.

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, le 5 mars 2017, lors du sommet de l\'Alba à Caracas (Venezuela).
Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, le 5 mars 2017, lors du sommet de l'Alba à Caracas (Venezuela). (FEDERICO PARRA / AFP)
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C'est un point méconnu du programme de Jean-Luc Mélenchon. Dans l'engagement 62, où il propose de "construire des coopérations altermondialistes et internationalistes", le candidat de la France Insoumise indique son intention d'"instaurer une politique de codéveloppement avec l'Amérique latine et les Caraïbes en adhérant à l'Alba", l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. "Je n'ai pas regardé précisément ce point 62", a confessé Clémentine Autain, soutien du candidat, jeudi 13 avril sur franceinfo. Avant de glisser : "Je vais regarder dans le détail, je ne peux pas répondre à cette question comme ça."

Pour mieux comprendre (et aider Clémentine Autain à y voir plus clair), franceinfo revient sur les objectifs de cette organisation.

Pourquoi a-t-elle été créée ?

L'Alba a été créée en décembre 2004. Ses pères fondateurs, le Vénézuélien Hugo Chavez et le Cubain Fidel Castro l'ont pensée comme une réponse socialiste à la zone de libre-échange des Amériques, portée par les Etats-Unis. "L'idée consiste bien à proposer une autre démarche, afin de reconstuire les relations entre pays qui ne soient pas centrées sur le commerce, mais sur les principes de solidarité, de coopération, de complémentarité et de réciprocité", explique Olivier Dabène, professeur à Sciences Po et spécialiste de l'Amérique latine.

En avril 2005, les deux premiers pays membres, Cuba et le Venezuela, adoptent un accord qui prévoit l'envoi de 15 000 médecins cubains au Venezuela en échange de facilités de paiement pour le pétrole. Au fil des années et des adhésions, d'autres instruments de coopération ont été développés. Le Sucre, un système unitaire de compensation régionale, permet, comme l'explique une note du Trésor, de renforcer les échanges entre les pays et d'éviter les transactions en dollars. Il est géré par la banque de l'Alba, qui finance également "des projets de développement social".

Que signifie "bolivarienne" ?

L\'ancien président vénézuelien, Hugo Chavez, sous des portraits de Simon Bolivar, le 9 octobre 2012 à Caracas (Venezuela).
L'ancien président vénézuelien, Hugo Chavez, sous des portraits de Simon Bolivar, le 9 octobre 2012 à Caracas (Venezuela). (ENRIC MARTI/AP/SIPA / AP)

L'Alba doit son nom à Simon Bolivar, général et homme politique vénézuélien (1783-1830) surnommé le "Libertador". Au XIXe siècle, il fut l'un des libérateurs des colonies espagnoles d'Amérique du Sud, en participant à l'indépendance du Venezuela, de la Bolivie, de la Colombie, de l'Equateur, de Panama et du Pérou. Hugo Chavez lui a donné une seconde vie, en renommant en 2001 son pays en République bolivarienne du Venezuela.

Quels pays y participent ?

Aujourd'hui, l'Alliance bolivarienne regroupe onze pays d'Amérique du Sud et des Caraïbes. Outre Cuba et le Venezuela, on y trouve l'Equateur, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis, Grenade et Antigua-et-Barbuda. Des pays observateurs, comme la Russie en 2009, sont parfois conviés à ses sommets. Pour le dernier, en mars 2017, l'Iran et la Syrie étaient invitées. L'Alba regroupe donc avant tout des pays opposés aux Etats-Unis et pas toujours démocratiques.

Comment Mélenchon justifie cette proposition ?

Depuis la crise économique qui frappe le pays et la dérive autoritaire du successeur de Chavez, Nicolas Maduro, Jean-Luc Mélenchon parle rarement du Venezuela. Ses soutiens, comme Clémentine Autain ou Alexis Corbière, sont mal à l'aise sur le sujet.

Les archives de son blog nous éclairent sur ses intentions à propos de l'Alba. En février 2016, dans un entretien accordé à la Revue internationale stratégique, il plaidait pour que les départements d'outre-mer se tournent vers les structures de coopération de leur région. "C’est un avenir plus cohérent pour nos compatriotes de ces territoires que de subir le mépris de la Commission européenne pour les régions dites 'ultra-périphériques' ou que le marché unique avec l’Estonie, estimait-il. Cela vaut également en Amérique latine pour la Guyane à l’égard de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), par exemple !"