Marine Le Pen veut la fin de la scolarisation des enfants en situation irrégulière (mais cela paraît compliqué)

Une telle mesure se heurterait au principe d'égalité affirmé dans le préambule de la Constitution.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 8 décembre 2016 à Paris.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 8 décembre 2016 à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)
avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Elle prône la fin de la scolarisation des enfants en situation irrégulière et une "contribution" pour ceux dont les parents en situation régulière ne travaillent pas. Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle, a déclaré, jeudi 8 décembre : "Je n'ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : 'Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c'est terminé, c'est la fin de la récréation !'"

La présidente du FN, invitée de l'institut de sondage BVA pour un de ses petits-déjeuners "Pop 2017", a ensuite précisé sa pensée. "Je parlais des enfants de clandestins, a-t-elle dit. Plus de scolarisation des clandestins. Et contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s'ils cotisent en situation légale."

Un droit garanti par la Constitution 

Mais il y a un hic : si elle devait être appliquée, cette distinction entre élèves étrangers et français serait inconstitutionnelle. Car le principe d'égalité est affirmé dans le préambule de la Constitution de 1946, repris par le préambule de la Constitution de 1958 : "La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat."

Dans un communiqué que franceinfo a reçu, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, condamne les propos de Marine Le Pen. Mais surtout, elle rappelle qu'une telle mesure irait à l'encontre d'autres conventions internationales dont la France est signataire : l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 28 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme, et enfin l'article L131-1 du Code de l’éducation de la République française.

"Le vrai visage du FN"

"Cette déclaration vient abîmer l'image de notre pays et rappelle à tous ceux qui semblaient l'oublier que Mme Le Pen refuse de s'inscrire dans le cadre républicain qui forge l'histoire et la force de notre Nation", souligne Najat Vallaud-Belkacem.

De son côté, la porte-parole du Parti socialiste Corinne Narassiguin a dénoncé une "énorme provocation" de la part de la présidente du Front national, qui montre selon elle "le vrai visage du FN". "C'est le parti qui fait son beurre en dressant les plus fragiles contre les plus démunis, qui pervertit le patriotisme en livrant l'immigré à une vindicte populaire nourrie de haine de l'autre", a-t-elle fait valoir.