FN : "Ce programme va se traduire par un accroissement considérable du déficit public", selon un économiste

Frédéric Ansel, chef-économiste à la Fondation Concorde, a déclaré, dimanche sur franceinfo, que le programme de Marine Le Pen se traduirait par "beaucoup de dépenses économiques nouvelles, hormis de mythiques économies sur l'immigration".

Marine Le Pen, président du FN, le 5 février 2017 à Lyon.
Marine Le Pen, président du FN, le 5 février 2017 à Lyon. (JEFF PACHOUD / AFP)
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Marine Le Pen a érigé la "priorité nationale" en ligne directrice de son programme. La candidate du Front national était à Lyon, samedi et dimanche 5 février, pour des "assises présidentielles".

Dans son programme présidentiel, Marine Le Pen promet le retour de la retraite à 60 ans, une prime de pouvoir d'achat de 1 500 euros. En revanche, plus question de sortir de l'Euro. Le Front national parle désormais du rétablissement d'une monnaie nationale. Pour Frédéric Ansel, chef-économiste à la fondation Concorde, un think-tank économique de la droite libérale, ce programme "se traduit par beaucoup de dépenses économiques nouvelles, hormis de mythiques économies sur l'immigration", a-t-il affirmé, dimanche 5 février, sur franceinfo.

franceinfo : Ces propositions de Marine Le Pen vous paraissent-elles réalistes ?

Frédéric Ansel : C'est un programme qui se situe dans la lignée des propositions du FN lors de la présidentielle en 2012. On constate beaucoup de dépenses publiques nouvelles. À cette époque, nous les avions chiffrées à 100 milliards d'euros. Il y a peu de mesures d'économie, hormis celles sur l'immigration.

Le FN espère récupérer plus de 40 milliards d'euros en faisant des économies sur l'immigration. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

En 2012, nous avions creusé le sujet. On n'avait pas du tout trouvé. Au total, ce programme va se traduire par un accroissement considérable de nos déficits publics qui sont déjà les plus élevés de la zone Euro. D'ailleurs, on sent déjà une inquiétude des marchés financiers avec une remontée des taux d'emprunts de la dette française. Or 60% de notre dette est détenue par des investisseurs étrangers. Si Marine Le Pen était élue, on assisterait à une flambée des taux d'intérêt. Cela stopperait l'investissement des entreprises, renchérirait les crédits à la consommation et les prêts aux logements.

Marine Le Pen souhaite offrir une prime de pouvoir d'achat aux plus modestes qui est évaluée à 20 milliards d'euros. Peut-elle être un coup de pouce à la consommation ?

Pas du tout, malheureusement la France est un pays désindustrialisé. À l'heure actuelle, il n'y a plus aucun lien entre le pouvoir d'achat, qui est donné aux ménages, et l'activité sur le territoire français. Pour être caricatural, on peut dire que lorsque l'on donne du pouvoir d'achat, les Français achètent chez Carrefour ou Amazon des produits chinois. Cela crée un peu d'activité au niveau de la logistique mais pas du tout au niveau de la production.

Justement, Marine Le Pen veut la priorité nationale pour produire en France avec des salariés français. C'est un peu le modèle de Donald Trump ?

Les situations des deux pays n'ont rien à voir. Si un pays peut se permettre de faire un peu de protectionnisme, ce sont les États-Unis. Ils sont excédentaires en pétrole, en gaz. Ils ont la technologie et un marché de 300 millions d'habitants. La France, quant à elle, importe son énergie. Elle dépend du monde extérieur pour des tas de produits. Comparer la France et les États-Unis est complètement ridicule.

"Au total, ce programme va se traduire par un accroissement considérable de nos déficits publics qui sont déjà les plus élevés de la zone Euro", Frédéric Ansel

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